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Note de lecture - We Are the Union: How Worker-to-Worker Organizing Is Revitalizing Labor and Winning Big, Eric Blanc

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    Note de lecture - We Are the Union: How Worker-to-Worker Organizing Is Revitalizing Labor and Winning Big, Eric Blanc

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Publié le
2026-02-17

Cette note de lecture est également disponible en anglais (International Labour Review, vol. 165, no 1), et en espagnol (Revista Internacional del Trabajo, vol. 145, no 1). Traduit par Laurence Rizet.

                                                                                                                               

Ce livre offre un aperçu passionnant de la formation et de la multiplication de collectifs de travailleurs auto-organisés aux États-Unis. L’auteur commence par définir cette notion, soulignant l’importance des travailleurs qui prennent l’initiative d’organiser des campagnes à la place de délégués syndicaux rémunérés. Il décrit aussi l’ampleur des difficultés auxquelles les syndicats sont confrontés aux États-Unis, qui ne sont d’ailleurs pas propres à ce pays: la croissance de l’emploi dans le secteur des services a entraîné une augmentation du nombre de lieux de travail de petite taille, qui sont dispersés et difficiles à syndiquer par les méthodes traditionnelles en raison des risques et des ressources importantes que cela implique. Le taux de rotation du personnel est également souvent élevé dans des secteurs tels que le commerce de détail et l’hôtellerie, ce qui peut compliquer les campagnes de syndicalisation.

L’auteur de l’ouvrage examine ensuite trois études de cas d’auto-organisation réussie, présentées de façon relativement approfondie dans trois chapitres principaux. Il en tire des enseignements qui illustrent les avantages des méthodes d’auto-organisation par rapport au recours à des organisateurs rémunérés. Ces exemples étayent l’argument central du livre: s’organiser à l’échelle nécessaire pour retrouver une présence significative dans la main-d’œuvre aux États-Unis ne peut pas reposer sur des campagnes de syndicalisation coûteuses menées principalement par des syndicalistes professionnels. Le pouvoir doit être transféré aux travailleurs, grâce à la formation en ligne et au réseautage, allègue Eric Blanc. Dans sa conclusion, il analyse trois facteurs externes au mouvement syndical qui ont contribué au regain de mobilisation et aux victoires remportées au lendemain de la pandémie de COVID-19: la politique gouvernementale, les outils numériques pour former et connecter les travailleurs, et un changement dans les valeurs politiques des jeunes travailleurs, qui sont, selon lui, plus ouverts aux syndicats que les générations précédentes.

Dans l’ensemble, cet ouvrage constitue une ressource appréciable pour toute personne qui s’intéresse à l’organisation syndicale contemporaine aux États-Unis. Même s’il est bref, son exposé sur le rôle de l’État est instructif et inhabituel dans le domaine de l’analyse des syndicats dans ce pays. L’auteur fournit un effort remarquable pour estimer approximativement les coûts du modèle économique qui place les organisateurs professionnels au centre des campagnes. Bien que le résultat soit inévitablement partiel en raison des limites des données disponibles, cette analyse est convaincante et précieuse pour les débats aux États-Unis et au-delà.

Néanmoins, cet ouvrage présente quelques points faibles, à commencer par un manque de clarté quant au public visé. Il est publié par une prestigieuse maison d’édition universitaire des États-Unis et se concentre sans complexe sur ce pays, mais son ton est moins formel que ce à quoi on pourrait s’attendre et il contient certaines affirmations catégoriques et non référencées qui peuvent être difficiles à suivre pour un lecteur extérieur aux réalités du pays. Le public visé apparaît un peu plus clairement dans la conclusion, qui s’adresse directement au lecteur à la deuxième personne et part du principe qu’il s’agit d’un travailleur aux États-Unis cherchant à se syndiquer. Cependant, les premières pages du livre n’indiquent rien de tel, ce qui rend ce revirement inattendu et le ton de l’analyse difficile à suivre par moments. De plus, si le public visé est réellement le travailleur étas-unien non syndiqué, une plus grande attention aurait pu – et sans doute dû – être accordée aux risques de la stratégie proposée. Ceux-ci sont mentionnés, mais l’auteur ne s’y attarde pas. Pourtant, l’auto-organisation entre travailleurs transfère une part importante de la responsabilité et du risque des syndicats aux travailleurs. Ceux qui participent à des campagnes d’organisation peuvent perdre leur emploi, et le perdent souvent. Beaucoup sont victimes de harcèlement et d’intimidation, ce qui a parfois des effets délétères sur leur santé physique et mentale. Bien sûr, cela peut également arriver aux organisateurs rémunérés qui mènent des campagnes, et les syndicats peuvent investir dans le soutien aux travailleurs qui ont à souffrir de telles répercussions. Il n’en reste pas moins que les stratégies et les tactiques proposées dans cet ouvrage comportent réellement un tel risque. Il aurait été utile d’en tenir davantage compte, surtout au vu de l’évolution de la situation politique aux États-Unis depuis la publication du livre.

Dans l’ensemble, ce livre fournit des informations précieuses sur les nouveaux modes d’organisation des travailleurs aux États-Unis et soulève des questions importantes pour les organisateurs et les stratèges syndicaux en général. Il présente également un intérêt académique certain en mettant en lumière les nouvelles tendances aux États-Unis, pays qui a longtemps été une source d’inspiration pour d’autres mouvements syndicaux à travers le monde. Il s’agit d’un ouvrage important et utile qui offre de l’espoir, pose de nouvelles questions et explore des stratégies syndicales innovantes.

Melanie Simms

Professeure spécialiste du travail et de l’emploi

Université de Glasgow