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Titres professionnels et aspiration au retour parmi les migrants: étude du secteur de l’assistance aux personnes âgées au Japon 

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  • Titres professionnels et aspiration au retour parmi les migrants: étude du secteur de l’assistance aux personnes âgées au Japon 

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    Titres professionnels et aspiration au retour parmi les migrants: étude du secteur de l’assistance aux personnes âgées au Japon 

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Résumé

La migration temporaire a en principe des retombées positives sur la croissance économique et le marché du travail des pays d’origine et d’accueil, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Les motivations de la migration de retour sont pourtant mal connues. À partir de données primaires sur les travailleurs étrangers employés dans le secteur japonais de l’assistance aux personnes âgées, les auteurs examinent l’influence des titres professionnels obtenus dans les pays d’origine et d’accueil, envisagés comme une preuve des compétences. Ils constatent que les migrants qui possèdent un tel titre dans leur pays d’origine envisagent d’y retourner plus rapidement que les autres. Leurs constatations laissent penser que les titres délivrés dans le pays d’origine et d’accueil ont un impact crucial sur la migration de retour.

Mots clés: migration de retour, qualification professionnelle, travailleur du soin, assistance aux personnes âgées, Japon

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Publié le
2026-06-10

Examen par les pairs

Les articles paraissant dans la Revue internationale du Travail n’engagent que leurs auteurs, de même que les désignations territoriales qui y sont utilisées, et leur publication ne signifie pas que l’OIT souscrit aux opinions qui y sont exprimées.

Titre original: «Occupational Credentials and Migrants’ Return Aspirations: Evidence from Foreign Elderly-Care Workers in Japan» (International Labour Review, vol. 165 no 2). Traduit par Isabelle Croix. Également disponible en espagnol (Revista Internacional del Trabajo, vol. 145, no 2).

                                                                                                                               

1. Introduction

La progression de la migration internationale du travail a d’importantes retombées sur l’économie mondiale (Banque mondiale, 2023; OIT, 2024). À l’échelle du globe, plus de la moitié des personnes qui émigrent le font temporairement, repartant de leur pays d’accueil dans les cinq ans suivant leur arrivée, soit pour regagner leur pays d’origine, soit pour s’installer ailleurs (Dustmann et Görlach, 2016)1. D’après les décideurs publics, les spécialistes et les chercheurs, les migrants de retour contribuent à la croissance économique de leur pays d’origine, parce qu’ils transfèrent des connaissances, perçoivent un revenu, acquièrent des compétences et importent les normes sociales des sociétés d’accueil (Domingues Dos Santos et Postel-Vinay, 2003; Appleton, Morgan et Sives, 2006; Dustmann, Fadlon et Weiss, 2011; Wahba, 2014; Batista et al., 2025), mais leur départ prive de personnel les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre des pays d’accueil, déjà confrontés à des pénuries chroniques de ressources humaines sous l’effet des changements démographiques. Or, si les conséquences du retour sont largement reconnues et si l’on sait qu’elles ne concernent pas seulement l’évolution de carrière individuelle des migrants, les déterminants de la décision de retourner ou non dans le pays d’origine mériteraient une exploration plus approfondie.

Les compétences de la population migrante et leur rendement dans les pays d’origine et d’accueil influent sur cette décision (Borjas et Bratsberg, 1996; Rooth et Saarela, 2007). Pour les quantifier, les auteurs s’appuient habituellement sur le niveau ou le nombre d’années d’études. Or, ces indicateurs ne fournissent pas nécessairement une vision complète des performances potentielles d’une personne sur le marché du travail, que ce soit dans le pays d’origine ou d’accueil, parce qu’ils sont déterminés avant l’entrée dans la vie active et ne tiennent pas compte de l’expérience ou des compétences acquises en dehors d’un parcours scolaire formel. D’après Gould et Moav (2016), les décisions en matière de migration dépendent non seulement des compétences générales, facilement transférables à l’étranger, mais aussi de celles qui sont propres à un pays, comme la maîtrise de la langue et les titres professionnels spécifiquement nationaux. L’étude de Patt et ses coauteurs (2021), consacrée à la migration du Mexique vers les États-Unis, est la première qui montre le poids des compétences professionnelles dans la sélection des migrants. Elle met en évidence une sélection plus positive des personnes dotées de compétences manuelles, comme celles liées à la force physique ou à l’utilisation de machines, comparativement aux individus disposant de compétences cognitives telles que la résolution de problèmes et la créativité. Il semble donc que les compétences professionnelles ou spécifiques à un pays influent davantage sur la décision d’émigrer ou non que les indicateurs habituellement mesurés, comme le niveau d’études. Si tel est bien le cas, il importe de chercher à savoir si elles jouent également un rôle important dans la décision de rentrer ou non au pays. Par ailleurs, les titres professionnels2 ont suscité un intérêt en tant que mécanismes de signalement sur le marché du travail (Spence, 1973; Kleiner et Krueger, 2010 et 2013), mais ils ne sont généralement pas transférables d’un pays à l’autre et ne sont valides que dans celui où ils ont été délivrés. Pourtant, peu de travaux ont été consacrés à leur influence sur le comportement des migrants.

Nous réalisons ici une étude quantitative pour déterminer si les titres professionnels obtenus par les migrants dans leur pays d’origine et d’accueil – envisagés comme signalant leurs compétences – ont ou non un impact sur leur aspiration à regagner leur pays d’origine. Nous nous penchons plus particulièrement sur la situation des étrangers qui fournissent des services dans le secteur du soin au Japon, dont l’arrivée a été facilitée par des mesures récemment introduites par le gouvernement japonais3. La plupart d’entre eux travaillent comme assistants ou aides-soignants dans des établissements de long séjour offrant un hébergement, des soins et une assistance aux personnes âgées dépendantes (Huynh et al., 2024). Dans le cadre de son régime de droit au séjour, le Japon délivre un permis de séjour permanent aux travailleurs qui obtiennent un titre professionnel dans le pays. Le renouvellement de ce permis est souple et s’effectue en fonction des projets migratoires plutôt que de dates d’expiration fixes, ce qui est idéal pour étudier le lien entre les qualifications professionnelles de ces migrants et leur décision de retourner ou non dans leur pays d’origine.

Les résultats que nous avons obtenus à partir d’une enquête en ligne réalisée auprès de travailleurs immigrés employés dans le secteur du soin laissent penser que les personnes titulaires d’un titre professionnel délivré dans leur pays d’origine envisagent d’y retourner plus tôt que les autres, a fortiori lorsqu’elles ne possèdent que cette qualification. En revanche, celles qui obtiennent un titre professionnel au Japon s’y installent en général plus durablement, même si ce lien perd sa significativité statistique après prise en compte de covariables socio-économiques. En d’autres termes, les titres professionnels acquis dans le pays d’origine ou dans le pays d’accueil jouent un rôle décisif dans le choix de rentrer au pays ou de rester au Japon, ce qui n’est pas le cas d’autres facteurs reflétant les compétences, comme le niveau d’études ou la maîtrise de la langue.

Notre étude contribue de plusieurs manières à la recherche sur la migration et le marché du travail. Premièrement, elle enrichit la réflexion sur les facteurs qui influent sur la décision des migrants temporaires de retourner dans leur pays d’origine. Alors que de nombreux chercheurs se sont intéressés à la migration de retour, en particulier Gibson et McKenzie (2011), Bijwaard, Schluter et Wahba (2014), Dustmann et Okatenko (2014), de Haas, Fokkema et Fihri (2015), Crescenzi, Holman et Orru’ (2017) ou encore Bekaert et al. (2024), le lien entre les intentions des migrants à cet égard et les compétences professionnelles, en particulier les qualifications, demeure trop peu étudié. Ainsi, la plupart des travaux de recherche consacrés à l’attitude des migrants vis-à-vis du retour portent sur des pays de destination occidentaux, alors que plus de 40 pour cent des travailleurs migrants sont originaires de pays asiatiques (OIM, 2024). En outre, même si l’attention portée à la chaîne mondiale du soin s’est intensifiée en réaction à la hausse de la demande de main-d’œuvre dans ce secteur (Sabio, Pandey et Parreñas, 2022; Walton-Roberts, 2020; King et al., 2021; King-Dejardin, 2019), il existe peu d’études quantitatives sur le comportement économique des migrants concernés. En analysant les intentions de retour dans un contexte géographique et sectoriel spécifique – en l’occurrence le secteur du soin au Japon –, nous apportons un nouvel éclairage sur les facteurs qui déterminent le choix des migrants de retourner ou non dans leur pays d’origine.

Deuxièmement, nous effectuons un examen approfondi du rôle des titres de qualification professionnelle sur les marchés du travail transfrontaliers en nous appuyant sur le cadre théorique élaboré par Dustmann et Görlach (2016). Ce cadre renvoie lui-même à la théorie du signal, qui fait l’objet de débats depuis l’article séminal de Spence (1973). Même si le niveau d’études est habituellement considéré comme le principal mécanisme de signalement sur le marché du travail, les titres professionnels suscitent désormais un intérêt, parce qu’ils reflètent directement les compétences, en particulier pour les catégories de la population qui doivent acquitter un coût plus élevé pour obtenir l’autorisation d’exercer une profession (Blair et Chung, 2021 et 2025). Par ailleurs, dans le cas des États-Unis, un lien a été établi entre la mobilité de la main-d’œuvre entre États et la réglementation de l’autorisation d’exercer (Deyo et Plemmons, 2022; Johnson et Kleiner, 2020; Mulholland et Young, 2016). Plusieurs études laissent penser que l’obligation de détenir un titre professionnel fait obstacle à l’accès au marché du travail, mais que ces titres sont associés à un avantage salarial pour les travailleurs immigrés dans les pays de destination (Kugler et Sauer, 2005; Federman, Harrington et Krynski, 2006; Peterson, Pandya et Leblang, 2014; Gomez et al., 2015; Cassidy et Dacass, 2021; Tani, 2021; Koumenta, Pagliero et Rostam-Afschar, 2022; Brown, 2023; Chung, 2024; Kleiner et Xu, 2025). En revanche, Tani (2023) constate qu’aux États-Unis les régimes d’autorisation professionnelle corrigent peu l’inadéquation des compétences parmi les immigrés et améliorent peu le salaire. Au Japon, les titres professionnels sont généralement associés à une prime salariale plus élevée, mais leur impact sur l’offre de main-d’œuvre est variable d’une profession à l’autre (Kawaguchi, Murao et Kambayashi, 2014; Ramseyer et Rasmusen, 2015; Morikawa, 2018). Notre étude apporte également un nouvel éclairage pour la recherche sur la reconnaissance des qualifications étrangères (par exemple Sweetman, McDonald et Hawthorne, 2015). Il est établi que cette reconnaissance est favorable aux travailleurs migrants en Allemagne (Brücker et al., 2021) et en Suisse (Pecoraro et Tani, 2023), mais on ne sait rien sur le lien entre le choix des immigrés de retourner ou non dans leur pays natal et les titres professionnels acquis dans les pays d’accueil et d’origine. Enfin, notre recherche est la première étude portant sur le lien entre qualifications professionnelles et offre de main-d’œuvre au sein de la population immigrée vivant au Japon. Nous apportons un nouvel éclairage sur le rôle de ces titres sur les marchés du travail internationaux en l’analysant sous l’angle de la migration temporaire.

Dans les parties qui suivent, nous décrivons notre cadre théorique et le contexte de l’étude (partie 2), puis présentons nos données (partie 3) et notre stratégie d’estimation (partie 4) avant d’exposer les résultats de ces estimations (partie 5) et de livrer nos conclusions (partie 6).

2. Cadre théorique et contexte

2.1. Cadre théorique

Notre cadre théorique repose sur celui élaboré par Dustmann et Görlach (2016) et concerne le rôle des compétences acquises dans les pays d’origine et d’accueil dans la décision des migrants de rentrer. Dans leur article fondateur, Dustmann et Görlach (2016) décomposent le logarithme du revenu d’activité réel Y en deux éléments:

ln Y L S = α 0 L + α 1 L lnS, L d,o     (1)

α 0 L est le logarithme du prix de location du capital humain dans le pays L, où d désigne le pays de destination et o le pays d’origine, tandis que α 1 L est le taux de rendement des compétences S dans le pays L. Il y a accumulation de compétences selon la formule S a = S a1 + θ S L , où a est l’âge, et θ S L >0 l’augmentation du stock de compétences au cours de chaque période passée dans le pays L. Les auteurs font la différence entre ces deux composantes ( α 0 L et α 1 L ) susceptibles d’expliquer une hausse du revenu d’activité. L’une et l’autre peuvent varier d’un pays à l’autre, la première (le logarithme du prix de location) en raison de facteurs tels qu’un écart au niveau des technologies disponibles, la seconde (le rendement des compétences) à cause, par exemple, de «différences au niveau de la composition sectorielle et, par conséquent, des compétences recherchées» (Dustmann et Görlach, p. 109). La durée optimale de la migration découle des gains d’utilité calculés dans chacun des deux pays. La condition d’indifférence s’écrit:

μ d π,  Y d S a + 1+r A a A a+1 d +βV a+1, A a+1 d , S a + θ s d =  μ o Y o S a + 1+r x A a x A a+1 o +β V o a+1,x A a+1 o , S a + θ s o     (2)

La partie gauche de l’équation représente la valeur d’une poursuite du séjour dans le pays de destination (Vd(Ω)), et la partie droite celle d’un retour dans le pays d’origine (Vo(Ω)). La valeur associée à chacun des deux pays correspond à: la préférence π pour le pays d’accueil par rapport au pays d’origine; le revenu réel en fonction des compétences YL(S) accumulées à l’âge a dans chacun des deux pays L ∈ {d, o}; le stock d’actifs A accumulé à l’âge a; l’accumulation de compétences dans chacun des pays θ s L ; le taux d’intérêt réel r; et le taux de change réel x. À partir de l’équation (2), les auteurs dérivent la condition dont dépend la durée optimale, à savoir qu’un migrant décide de retourner dans son pays d’origine si le gain d’utilité présent associé à ce retour durant la période considérée est supérieur au gain d’utilité futur associé à une poursuite du séjour dans le pays d’accueil pendant une période supplémentaire.

Parmi les divers facteurs favorisant la migration temporaire examinés par Dustmann et Görlach, un «revenu d’activité temporairement plus élevé dans le pays de destination» est celui qui est le plus pertinent pour notre étude. Si les travailleurs qualifiés sont peu nombreux dans le pays d’origine – en raison de différences de structure sociale et d’une moindre demande de ce type de main-d’œuvre –, l’offre est limitée, ce qui signifie que le rendement des compétences y est plus élevé que dans le pays de destination (autrement dit α 1 o > α 1 d ). En revanche, le logarithme du prix de location du capital humain devrait être plus élevé dans le pays de destination ( α 0 o < α 0 d ) en raison d’écarts au niveau des technologies disponibles. Qui plus est, le taux d’accumulation des compétences est probablement supérieur dans le pays de destination ( θ s d > θ s o ) , où la structure sectorielle est plus développée et l’intensité capitalistique plus forte. En pareil cas, les candidats à l’émigration peuvent être attirés par une migration temporaire du fait que les salaires sont supérieurs dans le pays de destination et que, dans un premier temps, l’accumulation des compétences y est plus rapide. Toutefois, comme les compétences sont rares dans le pays natal, leur rendement est plus élevé, si bien que les migrants peuvent avoir davantage intérêt à y retourner à certaines périodes. Dustmann et Görlach soulignent que, si «le différentiel de prix des compétences est grand4, les migrants peuvent opter pour un départ temporaire, parce qu’à un moment ou à un autre la hausse de leur potentiel de productivité dans le pays d’origine fait plus que compenser les écarts de prix de location» (2016, p. 114). La simulation montre qu’en pareil cas la courbe du revenu d’activité évolue au cours de la période d’immigration.

Ce cadre peut être appliqué aux travailleurs du secteur du soin au Japon (pays de destination), qui viennent essentiellement de pays en développement du continent asiatique (pays d’origine). Comme la population japonaise est vieillissante, le Japon dispose d’un secteur du soin plus développé que d’autres pays asiatiques sur le plan de l’infrastructure et de la réglementation. Le rendement des compétences liées au soin y est donc plus faible que dans les pays d’origine α 1 o > α 1 d . Le secteur étant plus développé, les travailleurs migrants peuvent cependant espérer percevoir une rémunération plus élevée ( α 0 o < α 0 d ) et acquérir des compétences plus rapidement au Japon ( θ s d > θ s o ) – par exemple dans le cadre de programmes de formation spécialisée. En conséquence, même s’ils sont initialement attirés par le Japon, ils peuvent finalement choisir d’en repartir.

Le cadre théorique de Dustmann et Görlach est adapté à notre étude de cas, mais il ne tient pas compte de l’hétérogénéité des facteurs individuels qui influent sur les décisions en matière de retour5. Ces facteurs sont nombreux – le revenu d’activité (Reagan et Olsen, 2000; Bijwaard et Wahba, 2014), l’aversion au risque et la patience (Gibson et McKenzie, 2011), l’intégration au marché du travail ou à la société dans les pays d’origine et d’accueil (Constant et Massey, 2003; Bijwaard, Schluter et Wahba, 2014; Crescenzi, Holman et Orru’, 2017), le réseau social et l’intégration dans le pays de destination ou les liens familiaux (de Haas, Fokkema et Fihri, 2015) et l’évolution de la situation économique et environnementale dans les deux pays (Bekaert et al., 2024). Ici, nous nous concentrons essentiellement sur le rôle des titres professionnels. Ces titres constituent souvent une preuve objective des compétences professionnelles pour les employeurs et ne sont généralement valables que dans le pays qui les délivre. Nous postulons qu’être titulaire d’un titre professionnel obtenu dans les pays d’origine ou d’accueil a une incidence sur la décision de retourner ou non dans le pays d’origine, parce que ces titres réduisent l’incertitude sur le marché du travail (Spence, 1973; Kleiner et Krueger, 2010 et 2013).

En toute hypothèse, les migrants qui possèdent des qualifications professionnelles acquises dans leur pays d’origine pourraient être plus sensibles aux facteurs de répulsion qui favorisent le retour au pays, comme la diminution du différentiel de salaire entre pays d’accueil et pays d’origine. Ces qualifications leur donnent en effet plus de chances de trouver un emploi adapté et correctement rémunéré dans leur pays natal, réduisant ainsi l’incertitude associée à la réintégration au marché du travail de ce pays. Cette réintégration peut avoir un coût d’ajustement élevé en raison d’un décalage entre les compétences acquises à l’étranger et celles recherchées localement et d’un salaire de réserve inadéquat (Wahba, 2014 et 2021), ou encore d’un manque, voire d’une absence de relations professionnelles (Redbird, 2017; Kim, 2020). Les titres professionnels délivrés dans le pays d’origine peuvent atténuer ces difficultés, parce qu’ils témoignent d’un niveau de compétences élevé. Blair et Chung (2021) constatent que, lorsqu’ils sont difficiles à obtenir, ils jouent le rôle d’un signal d’information sur le marché du travail et s’accompagnent d’une prime salariale pour les minorités démographiques (dans notre cas, les migrants de retour). En réalité, l’obtention d’un titre délivré par les autorités publiques a un coût élevé par rapport aux avantages qui en résultent, en particulier dans le secteur du soin ou le secteur infirmier (Kleiner et Krueger, 2013; Dill et al., 2022).

À l’inverse, les titres professionnels acquis dans le pays d’accueil agissent comme un facteur d’attraction et incitent les migrants à rester, parce que les employeurs attachent du prix à des compétences (S) plus élevées, si bien que l’écart de rémunération entre les deux pays persiste plus longtemps. Les qualifications professionnelles obtenues dans le pays d’origine sont peu avantageuses dans celui de destination, parce qu’elles sont rarement considérées comme une preuve de compétences professionnelles6. Qui plus est, dans la plupart des pays de destination, dont le Japon, les travailleurs du secteur du soin subissent une pénalité salariale par rapport à ceux d’autres secteurs (Lightman, 2017; Budig et Misra, 2010; Razavi et Staab, 2010; England, Budig et Folbre, 2002). En revanche, être titulaire d’un titre professionnel délivré dans le pays d’accueil agit comme un signal de compétences et permet d’espérer un revenu d’activité plus élevé. Dans ce contexte, il faut parfois plus de temps pour que l’écart de salaire entre pays d’origine et pays d’accueil se résorbe suffisamment pour faire du retour une perspective séduisante. À partir de ce cadre, nous cherchons à déterminer empiriquement si les titres acquis dans l’un ou l’autre pays sont associés à la durée de la migration.

2.2. Titres professionnels et main-d’œuvre immigrée dans le secteur du soin au Japon

Le vieillissement rapide de la population japonaise a entraîné un essor du secteur de l’assistance aux personnes âgées. Le régime national de certification professionnelle des travailleurs du secteur du soin, placé sous la responsabilité de l’État, délivre un certificat de travailleur du soin. Il s’agit non pas d’une autorisation imposée par la réglementation, mais d’un certificat qui atteste que son titulaire possède les connaissances et compétences spécialisées nécessaires pour fournir un service de qualité dans le secteur du soin. Dans la plupart des établissements, les professionnels qui le possèdent sont mieux rémunérés et ont des perspectives d’évolution de carrière plus intéressantes. Pour pouvoir passer l’examen, les candidats doivent être diplômés d’une école professionnelle agréée par l’État ou justifier d’au moins trois années d’expérience professionnelle et de formation pratique dans le secteur du soin. L’examen est organisé annuellement, et 70 pour cent des candidats environ obtiennent le certificat, accordé définitivement. Les personnes de nationalité étrangère n’ont pas à satisfaire de conditions supplémentaires pour passer l’examen; elles ont en outre le droit d’utiliser des aides à la lecture et disposent de temps supplémentaire pour compenser leurs difficultés linguistiques. Par ailleurs, la plupart de celles qui travaillent dans le secteur du soin au Japon ont déjà acquis dans leur pays d’origine des qualifications professionnelles liées aux activités infirmières ou à l’assistance aux personnes âgées. Chaque pays organise son propre système pour garantir la qualité de ce type de services (voir l’annexe supplémentaire en ligne (en anglais) pour de plus amples informations), et les titres professionnels délivrés ont valeur de preuve des compétences de leur titulaire, auquel ils permettent d’accéder à de meilleurs postes et à une meilleure rémunération. Toutefois, en l’absence de système de reconnaissance entre le Japon et les pays d’origine, ils ne remplissent cette fonction que dans le pays où ils ont été émis.

L’offre de main-d’œuvre japonaise est insuffisante dans le secteur de l’assistance aux personnes âgées. Ainsi, un article publié en 2023 (Kakizoe, 2023) évaluait à 2,43 millions le nombre de travailleurs supplémentaires nécessaires à l’horizon 2025. La croissance de ce secteur étant vue comme une évolution positive pour le marché du travail et l’économie du Japon (Sugawara et Nakamura, 2014; Fu et al., 2017) et l’augmentation de la main-d’œuvre immigrée ne semblant pas avoir d’effet négatif sur l’emploi et la rémunération des travailleurs natifs (Nakamura, 2010; Tomohara, 2022), le gouvernement a introduit des mesures pour faciliter le recours aux travailleurs immigrés afin de pallier les pénuries de personnel. Il existe désormais quatre régimes de séjour différents pour les personnes étrangères qui viennent travailler dans le secteur de l’assistance aux personnes âgées: le séjour autorisé dans le cadre d’un accord de partenariat économique (APE), le permis «personnel infirmier», le permis délivré dans le cadre du programme de stages techniques (Technical Intern Trainee Program – TITP) et le permis réservé à certaines professions qualifiées (Specified Skilled Worker – SSW). Les caractéristiques de chacun de ces régimes sont synthétisées dans le tableau 1 et décrites de façon plus précise dans l’annexe supplémentaire en ligne. L’autorisation délivrée en vertu d’un APE et le permis «personnel infirmier» sont des titres de séjour permanents, tandis que les permis «stages techniques» et «professions qualifiées» sont temporaires. La délivrance d’un titre de séjour permanent est subordonnée à l’obtention du certificat de travailleur du soin. À noter également que les travailleurs immigrés employés dans ce secteur peuvent changer de régime en fonction de l’évolution de leur situation professionnelle. Les titulaires d’un permis de séjour temporaire qui obtiennent le certificat de travailleur du soin peuvent ainsi changer de régime au profit du régime «personnel infirmier» pour accéder à un titre de séjour permanent. De même, les stagiaires arrivés dans le cadre du programme de stages techniques peuvent opter, sans avoir à passer d’examen, pour le permis «professions qualifiées», qui leur ouvre un droit au séjour de dix ans sans conditions. Cette souplesse nous permet de comparer les intentions des migrants quant à la durée de leur expérience migratoire et de leur séjour au Japon.

Tableau 1. Types de titre de séjour

Accord de partenariat économique (APE) Personnel infirmier Programme de stages techniques (Technical Intern Trainee Program – TITP) Professions qualifiées(Specific Skilled Worker – SSW)
Classification Migrants permanents(travailleurs immigrés très qualifiés) Migrants temporaires(travailleurs immigrés peu qualifiés)
Objectif Admettre au séjour, dans le cadre d’un APE, des migrants travaillant dans le secteur du soin pour qu’ils puissent obtenir le certificat national de travailleur du soin. Admettre au séjour des migrants spécialisés dans l’assistance aux personnes âgées. Transférer des compétences depuis le Japon vers d’autres pays dans le cadre de la coopération internationale. Admettre au séjour des ressortissants étrangers dotés d’une expertise ou de compétences spécifiques pour pallier des pénuries de personnel.
Année d’introduction 2008 2017 2017 2019
  • Le Japon a conclu un APE avec le Viet Nam en 2008, avec les Philippines en 2009 et avec l’Indonésie en 2014.

  • L’assistance aux personnes âgées a été ajoutée aux métiers couverts par ce programme, qui est le plus vaste programme japonais de stages destinés aux étrangers et a démarré en 1993.

Nombre de titulaires du permis 3 820 (décembre 2020) 1 714 (décembre 2020) 12 068 (mars 2021) 3 947 (septembre 2021)
Obligation d’être titulaire du certificat de travailleur du soinlors de l’arrivée au Japon Aucune obligation, mais il faut en principe obtenir le certificat par la suite Oui Non Non
  • Les détenteurs d’un permis de séjour APE doivent avoir obtenu dans leur pays d’origine un diplôme délivré par une école de formation aux soins infirmiers ou une qualification professionnelle spécifique aux métiers du secteur infirmier ou de l’assistance aux personnes.

  • La plupart des titulaires du permis de séjour «personnel infirmier» ont suivi des études au Japon et obtenu un diplôme délivré par une école professionnelle pour obtenir leur qualification.

  • Les titulaires d’un permis «stages techniques» peuvent changer de régime au profit d’un permis «personnel infirmier» en obtenant le certificat de travailleur du soin.

  • Les titulaires d’un permis «professions qualifiées» peuvent changer de régime au profit d’un permis «personnel infirmier» en obtenant le certificat de travailleur du soin.

Durée du séjour Séjour permanent après réussite à l’examen. Séjour permanent. Cinq ans au maximum. Cinq ans au maximum.
  • Obligation de repartir dans un délai de quatre ans en cas d’échec à l’examen.

  • Renouvellement du permis subordonné à des tests d’évaluation des compétences.

  • Possibilité de changer de régime au profit du permis «professions qualifiées» sans avoir à passer d’examen.

  • Le renouvellement du permis «professions qualifiées» n’est pas subordonné à des tests d’évaluation.

Niveau minimal au JLPT N3 N2 N4 N5
Possibilité de venir avec des membres de famille Impossible(possible uniquement après la réussite à l’examen) Possible Impossible Impossible
  • Notes: Le test d’aptitude en japonais (Japanese Language Proficiency Test – JLPT) est un test standardisé qui évalue les compétences des non-japanophones. Il mesure les compétences linguistiques, notamment en compréhension écrite et orale. Il comporte cinq niveaux, de N5, qui est le niveau débutant, à N1, qui est le niveau avancé, et il faut obtenir une certaine note pour valider chaque niveau.

    Source: Les descriptions des différents types de titre de séjour reposent sur des informations provenant du ministère japonais de la Santé, du Travail et de la Protection sociale (2019). Les données relatives aux régimes APE, «personnel infirmier» et «professions qualifiées» proviennent des services de l’immigration du Japon et celles portant sur le permis «stages techniques» proviennent de l’organisme chargé du programme de stages techniques (Organization for Technical Intern Training – OTIT).

3. Données

En août et septembre 2021, nous avons réalisé une enquête en ligne pour recueillir des données complètes sur le comportement économique des immigrés travaillant dans le secteur du soin7. Pour recruter les répondants, nous avons utilisé les données ouvertes du ministère de la Santé, du Travail et de la Protection sociale et des informations diffusées dans les médias8, et avons envoyé une lettre d’invitation à plus de 4 500 établissements de long séjour accueillant des personnes âgées (soit 34,5 pour cent des établissements existant sur le territoire national) et employant du personnel étranger. Les salariés immigrés de ces établissements pouvaient accéder à l’enquête9 à partir de la lettre d’invitation adressée à leur lieu de travail. La version initiale du questionnaire a été rédigée en japonais (niveau débutant), étant donné que tous les candidats à l’immigration qui veulent travailler dans le secteur du soin doivent démontrer dans leur demande de titre de séjour qu’ils maîtrisent le japonais. Elle a été révisée sous la supervision d’un spécialiste de l’apprentissage du japonais. Pour aider les répondants, nous avons traduit des termes techniques complexes en plusieurs langues, avec vérification par des locuteurs natifs. Enfin, nous leur avons conseillé de se faire aider en cas de besoin par des personnes ayant une bonne maîtrise de la langue10. Plus de 76 pour cent des répondants ont indiqué qu’il était facile ou relativement facile de répondre au questionnaire.

Nous avons recueilli des informations socio-économiques, dont le type de titre de séjour, la date d’arrivée au Japon, l’âge, le revenu, le genre, le niveau d’études, l’expérience professionnelle dans le pays d’origine et les prêts éventuellement contractés pour financer l’émigration. Nous avons aussi collecté des renseignements sur la famille restée dans le pays d’origine. Pour obvier aux faiblesses typiques des enquêtes en ligne – le risque que les individus ne répondent pas toujours avec l’application attendue du chercheur –, nous avons introduit trois «tests de lecture des instructions» à mi-parcours du questionnaire (Oppenheimer, Meyvis et Davidenko, 2009) et n’avons inclus dans l’échantillon que les répondants ayant réussi deux de ces tests au moins, ce qui a permis de pallier les erreurs aléatoires dues aux réponses incorrectes. Sur les 218 observations obtenues, 200 satisfaisaient à ce critère et ont donc été conservées11. À noter qu’environ 20 000 immigrés travaillaient dans le secteur du soin au Japon à la date d’administration de l’enquête, en 2021 (tableau 1).

Le tableau 2 et les figures 1 et 2 présentent les statistiques synthétiques de l’échantillon12. Les répondants de l’échantillon étaient à 84 pour cent des femmes, ils avaient en moyenne 28 ans et un niveau d’études équivalent à la fin du deuxième cycle du secondaire dans leur pays d’origine; 33 pour cent avaient obtenu le certificat de travailleur du soin au Japon, tandis qu’environ 70 pour cent étaient titulaires d’un titre professionnel dans le domaine du soin ou des activités infirmières délivré dans leur pays d’origine. Parmi les travailleurs qualifiés, 45 (soit 22,5 pour cent) avaient une qualification à la fois au Japon et dans leur pays d’origine. Soixante pour cent travaillaient dans une agglomération, comme Tokyo; 7 pour cent étaient venus au Japon accompagnés de membres de leur famille. Par ailleurs, 83 pour cent des répondants étaient originaires du Viet Nam, de l’Indonésie ou des Philippines, c’est-à-dire de pays liés par un accord de coopération économique avec le Japon, tandis que les autres venaient d’autres pays d’Asie, comme la Chine et le Myanmar. Quelque 108 personnes étaient titulaires d’un titre de séjour en vertu d’un APE ou d’un permis «personnel infirmier» (c’est-à-dire de titres de séjour définitifs), tandis que 92 détenaient un permis temporaire, soit une répartition quasi équilibrée entre titres de séjour définitifs et titres de séjour temporaires. Comme le revenu des répondants et des ménages13 a été indiqué dans diverses monnaies, nous avons converti les montants en dollars des États-Unis en utilisant les prix ajustés de la parité de pouvoir d’achat (PPA)14. Le revenu des répondants était supérieur au revenu des ménages moyen dans leur pays d’origine.

Figure 1. Répartition des répondants par type de titre de séjour

Source: Calcul des auteurs.

Figure 2. Répartition des répondants par pays d’origine

Source: Calcul des auteurs.

Tableau 2. Statistiques descriptives

Variable Observations Moyenne Écart type
Indicateur de retour(0~11: retour prévu X années plus tard; 12: installation définitive) 200 5,945 4,319
Durée prévue du séjour (nb. de jours, du 1er juillet 2021 au 31 décembre 2032 (max.)) 200 2263,045 1452,070
Intention de s’installer définitivement (= 1 dans l’affirmative) 200 0,25 0,434
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’origine (= 1 dans l’affirmative) 200 0,68 0,468
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’accueil (= 1 dans l’affirmative) 200 0,33 0,471
Titulaire de titres professionnels obtenus dans les deux pays (= 1 dans l’affirmative) 200 0,225 0,419
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’origine seulement (= 1 dans l’affirmative) 200 0,455 0,499
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’accueil seulement (= 1 dans l’affirmative) 200 0,105 0,307
Score de perception des compétences professionnelles (score maximal: 100 points)a 200 72,3399 16,899
Niveau en japonais (de 1 (N5) à 5 (N1))b 200 3,315 0,877
Nombre d’années d’études 200 13,32 2,832
Durée du séjour au Japon
(nb. de jours, de la date d’arrivée au 1er juillet 2021)
200 956,8 737,693
Période restante avant l’expiration du titre de séjour en cours de validité
(nb. de jours, du 1er juillet 2021 à la date d’expiration du titre de séjour en cours de validité)
200 399,4 292,542
Genre (= 1 si la personne est une femme) 200 0,84 0,368
Âge (en années) 200 27,715 4,433
Type de titre de séjour (= 1 si le titre est temporaire) 200 0,46 0,500
Situation matrimoniale (= 1 si la personne est mariée) 200 0,175 0,381
Nombre d’enfants dans le ménage 200 0,225 0,766
Travaille dans une agglomération (= 1 dans l’affirmative)c 200 0,59 0,493
Souscription d’un prêt pour financer la migration (= 1 dans l’affirmative) 200 0,44 0,498
Revenu transformé en logarithme 200 7,14413 0,448
Revenu du ménage resté au pays, transformé en logarithme 200 6,458129 1,864
Date de retour prévue lors de l’arrivée au Japon (nb. d’années à partir de l’arrivée) 200 5,82911 3,047
Réseau social dans le pays d’accueil à l’arrivée (= 1 dans l’affirmative) 200 0,605 0,490
Personne accompagnée de membres de famille (= 1 dans l’affirmative) 200 0,075 0,264
Nombre mensuel de jours au cours desquels un contact avec la famille restée au pays a lieu (max.: 28 jours) 200 10,82 10,393
  • a Pour établir le score de perception des compétences professionnelles, nous avons demandé aux répondants d’autoévaluer leurs capacités professionnelles pour 15 tâches au moyen d’une échelle de Likert graduée de 0 à 4, de la manière suivante: 0 = «Je n’ai jamais exécuté cette tâche», 1 = «Je suis incapable d’exécuter cette tâche», 2 = «Je ne suis pas vraiment capable d’exécuter cette tâche»; 3 = «Je suis relativement capable d’exécuter cette tâche»; 4 = «Je sais exécuter cette tâche correctement». Les tâches évaluées sont les suivantes: faire le ménage, entretenir le linge, faire les lits, aider à la toilette, repositionner une personne pour prévenir les escarres, appliquer des compresses, mesurer la température corporelle, administrer un collyre, aider à manger et à boire, appliquer une pommade, couper les ongles, prendre en charge des personnes atteintes de démence sénile, assister une personne en fin de vie, apporter une assistance pour l’alimentation parentérale et l’aspiration des secrétions. Le score total a ensuite été normalisé sur une échelle comportant 100 points. b Nous avons converti les niveaux en échelle numérique comme suit: N5 = 1, N4 = 2, N3 = 3, N2 = 4 et N1 = 5. c Nous avons réparti les préfectures dans trois agglomérations, voir note 16.

    Source: Calculs des auteurs.

4. Stratégie d’estimation

Nous avons exploré les intentions des migrants et non les retours effectivement réalisés. D’après Dustmann et Görlach (2016), la durée prévue de la migration – par opposition à la durée effective – est déterminante pour mesurer le lien entre durée de l’expérience migratoire et comportement économique, parce qu’à mesure que le temps passe les migrants revoient en permanence leurs projets pour les optimiser, ce qui signifie que leurs choix présents dépendent de leurs anticipations. Dustmann et Okatenko (2014), citant Manski (1990), avancent qu’il y a une divergence entre les intentions exprimées par les travailleurs migrants et leur comportement réel, parce qu’ils peuvent avoir connaissance de nouvelles informations après avoir fait part de ces intentions. Tjaden, Auer et Laczko (2019) observent, à partir de statistiques sur les flux migratoires couvrant 160 pays, qu’il existe une corrélation forte entre les intentions des migrants et les flux bilatéraux enregistrés, de même qu’entre ces intentions et le total des flux migratoires sortants. Pour notre part, nous examinons principalement l’influence que les compétences professionnelles des migrants au moment de l’enquête – mesurées par les titres professionnels obtenus dans les pays d’origine et d’accueil – exercent sur leurs stratégies de retour. Les intentions présentes des migrants sont donc essentielles pour comprendre leurs projets. Nous utilisons nos données transversales, comportant 200 observations, pour estimer le modèle suivant:

Retou r i =α+ OS i β+ X i δ+ C j + μ i     (3)

Retour i désigne l’intention du ie migrant de retourner ou non dans son pays d’origine et constitue la variable de résultat de modèle. Pour la mesurer, nous avons posé la question suivante à tous les répondants, quelle que soit la date d’expiration de leur titre de séjour: «Quand prévoyez-vous de rentrer dans votre pays d’origine?». Ils devaient sélectionner une année comprise entre celle de l’enquête (2021) et 2032 ou, le cas échéant, indiquer qu’ils avaient l’intention de s’installer définitivement au Japon. À partir de cette question, nous avons construit trois variables. La première est l’indicateur de retour, dont la valeur peut être comprise entre 0 (a l’intention de rester jusqu’en 2021) et 11 (a l’intention de rester jusqu’en 2032) ou être égale à 12 (a l’intention de s’installer définitivement) et qui renseigne sur la plus ou moins grande intention de rester définitivement au Japon. À noter qu’il ne s’agit pas d’un indicateur cardinal. Deuxièmement, nous avons créé une variable représentant la durée prévue du séjour, égale au nombre de jours compris entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre de l’année de départ indiquée, en partant du principe que le départ aurait lieu en fin d’année. Pour des raisons descriptives, nous définissons le 31 décembre 2032 comme la date la plus éloignée possible pour le calcul de cette variable, même pour les répondants projetant de s’installer définitivement au Japon. Enfin, nous avons créé une variable fictive représentant l’intention de s’installer définitivement (elle prend la valeur 1 si le répondant indique projeter de rester définitivement au Japon). Nous utilisons des modèles de probabilité linéaire pour les résultats binaires.

OS i est le vecteur des variables correspondant aux compétences professionnelles du répondant i. Il inclut les titres professionnels obtenus dans les pays d’origine et d’accueil. Nous avons créé une variable fictive représentant ceux acquis dans le pays d’origine à partir d’une question invitant les répondants à indiquer s’ils en possédaient un. Les détenteurs d’un titre de séjour «personnel infirmier» ont été considérés comme titulaires d’un certificat de travailleur de soin (= 1) compte tenu des conditions à satisfaire pour l’obtention de ce titre de séjour. En revanche, les personnes possédant un permis de séjour «stages techniques» ou «professions qualifiées» ont été considérées comme n’ayant pas de titre professionnel (= 0). Les répondants en possession d’un permis de séjour délivré dans le cadre d’un APE étaient invités à répondre à des questions supplémentaires concernant leurs qualifications. Le questionnaire comportait également des questions sur les tâches accomplies, l’assistance aux personnes âgées incluant des tâches élémentaires (par exemple faire le ménage, entretenir le linge, faire les lits) et des tâches paramédicales (par exemple alimentation parentérale, aspiration des secrétions). Nous avons demandé aux répondants d’autoévaluer leurs capacités professionnelles sur une échelle de Likert graduée de 0 («je n’ai jamais exécuté cette tâche») à 4 («je sais exécuter cette tâche correctement») pour 15 tâches différentes. Nous avons additionné tous les scores et avons normalisé le résultat pour créer un score de perception des compétences professionnelles dont la valeur maximale était de 100 points15.

La maîtrise de la langue du pays d’accueil est déterminante pour la réussite des migrants employés dans un secteur comme celui de l’assistance aux personnes âgées, où la communication est importante. Nous avons retenu comme indicateur les résultats au test d’aptitude en japonais (Japanese Language Proficiency Test – JLPT), un test standardisé qui évalue les compétences linguistiques des non-japanophones, notamment en compréhension écrite et orale. Le test comporte cinq niveaux (de N5, qui est le niveau débutant, à N1, qui est le niveau avancé), et il faut obtenir une certaine note pour valider chaque niveau. Nous avons interrogé les répondants sur le niveau validé au JLPT le plus récent. Pour ceux qui ne s’en souvenaient pas, nous avons remplacé cette valeur par le niveau minimal exigé pour obtenir le titre de séjour possédé (permis «professions qualifiées»: N5, permis «stagiaires techniques»: N4, APE: N3, et permis «personnel infirmier»: N2). Nous avons attribué une valeur numérique à chaque niveau en fonction de sa difficulté (1 pour N5, 5 pour N1). Nous avons également inclus le nombre d’années de scolarité ou d’études dans un vecteur HC représentant le capital humain général.

Xi est le vecteur des caractéristiques socio-économiques individuelles du migrant i. Il inclut la durée du séjour au Japon (nombre de jours entre la date d’arrivée et le 1er juillet 2021), la période restante entre le 1er juillet 2021 et la date d’expiration du titre de séjour en cours de validité, l’âge, le genre (1 = féminin), le type de titre de séjour (1 = temporaire, correspondant aux permis «stages techniques» et «professions qualifiées»), la situation matrimoniale (1 = marié), le nombre d’enfants vivant dans le ménage, le lieu géographique de travail (1 = agglomération)16, l’existence d’un prêt souscrit pour financer l’émigration (1 = oui), le revenu mensuel moyen du migrant i, transformé en logarithme, le revenu mensuel moyen de la famille du migrant i restée au pays et la date de retour prévue lors de l’arrivée au Japon (en nombre d’années à partir de l’arrivée). Comme le réseau social joue un rôle central dans le comportement économique des migrants (Dustmann et Görlach, 2016), nous avons également introduit une variable fictive indiquant si le répondant avait déjà des membres de famille ou des amis dans le pays d’accueil lorsqu’il y est arrivé, une variable fictive indiquant s’il est arrivé accompagné de membres de famille et une variable représentant l’intensité de ses relations avec ses proches restés au pays, évaluée d’après le nombre mensuel de jours au cours desquels il a un contact avec eux. C j désigne les effets fixes du pays d’origine j; et μ i, le terme d’erreur.

Dans l’analyse de référence, nous avons régressé ce modèle par la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO). Toutefois, l’obtention d’une qualification professionnelle est, dans une certaine mesure, la résultante d’un processus d’autosélection risquant d’entraîner des problèmes d’endogénéité. Pour atténuer ce biais d’autosélection sur la base de caractéristiques observables, nous avons testé la robustesse de nos résultats au moyen de la méthode de l’ajustement de régression pondéré par probabilité inverse (inverse probability weighted regression adjustment – IPWRA). Nous avons également fait appel à une régression binomiale négative pour tester la robustesse de l’analyse dans laquelle la variable dépendante consiste en données de comptage. Les résultats de ces tests de robustesse sont cohérents avec les résultats principaux. Par ailleurs, nous constatons que la possession de titres professionnels délivrés dans le pays d’accueil est associée à une rémunération plus élevée. Les résultats des tests de robustesse et de l’analyse de cette prime salariale sont présentés dans l’annexe supplémentaire en ligne (en anglais).

5. Résultats

Nos principaux résultats sont présentés dans le tableau 317. Les colonnes 1 à 3 contiennent les résultats de la régression concernant l’indicateur de retour, qui mesure l’intention de rester ou non au Japon. Les immigrés titulaires d’un titre professionnel obtenu dans leur pays d’origine expriment une aspiration plus forte à retourner dans leur pays plus tôt, et ce résultat se confirme après prise en compte des covariables socio-économiques. Ceux qui possèdent le certificat de travailleur du soin délivré par le Japon ont l’intention de rester plus longtemps dans le pays d’accueil (colonne 1), mais cet effet perd sa significativité statistique après inclusion des covariables de contrôle. Les résultats figurant dans les colonnes 4 à 6, qui concernent la durée prévue, mettent en lumière les mêmes tendances: les travailleurs immigrés possédant un titre professionnel délivré dans leur pays d’origine avaient l’intention de rentrer 1 à 1,6 an plus tôt (résultats significatifs aux seuils de 5 et 10 pour cent), tandis que, dans les modèles réduits, ceux qui ont obtenu le certificat de travailleur du soin au Japon comptaient rester environ 1,8 an de plus. Les estimations issues des modèles de probabilité linéaire (colonnes 7 à 9) montrent que posséder ce certificat augmente de 17,3 points de pourcentage la probabilité d’exprimer l’intention de s’installer définitivement au Japon (résultats significatifs au seuil de 5 pour cent), mais seulement dans les modèles incluant le vecteur des variables de capital humain. Les autres covariables relatives au capital humain, telles que le niveau d’études, n’ont pas d’impact significatif; les preuves de compétences professionnelles se révèlent donc plus importantes que les indicateurs habituellement utilisés pour mesurer les compétences. Les estimations révèlent une relation positive entre la durée de séjour prévue à la date d’arrivée au Japon et la période restante avant l’expiration du titre de séjour d’une part et les intentions du migrant quant à son séjour au Japon à la date de l’enquête d’autre part. En d’autres termes, lorsque les différences de durée de séjour prévue à la date d’arrivée et de période restante avant expiration du titre de séjour sont maintenues constantes, les titres professionnels continuent d’influencer de manière significative la durée de séjour prévue.

Tableau 3. Résultats des estimations (analyse principale)

Indicateur de retour(0~11: retour prévu X années plus tard; 12: installation définitive) Durée prévue du séjour (nb. de jours, à partir du 1er juillet 2021) Intention de s’installer définitivement (= 1 dans l’affirmative)
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’origine –1,775*
(0,717)
–1,183+
(0,641)
–1,055
(0,645)
–602,192*
(238,673)
–394,866+
(213,891)
–353,559
(214,532)
–0,126
(0,077)
–0,102
(0,071)
–0,087
(0,072)
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’accueil 1,997**
(0,685)
–0,526
(0,874)
–0,693
(0,865)
666,278**
(229,708)
–167,754
(297,555)
–220,619
(294,206)
0,173*
(0,071)
–0,067
(0,085)
–0,089
(0,086)
Score de perception des compétences professionnelles 0,027
(0,018)
–0,003
(0,017)
–0,003
(0,017)
9,727
(6,164)
–0,782
(5,549)
–0,507
(5,567)
0,001
(0,002)
–0,001
(0,002)
–0,001
(0,002)
Niveau en japonais 0,048
(0,381)
–0,246
(0,339)
–0,306
(0,337)
9,467
(128,069)
–87,068
(111,415)
–106,344
(110,335)
0,022
(0,040)
–0,008
(0,041)
–0,015
(0,041)
Années d’études 0,02
(0,126)
–0,031
(0,095)
–0,016
(0,096)
12,204
(41,546)
–4,631
(31,481)
0,541
(31,965)
–0,013
(0,013)
–0,019+
(0,011)
–0,018
(0,011)
Date prévue de retour lors de l’arrivée 0,607***
(0,094)
0,615***
(0,096)
211,185***
(31,212)
213,965***
(31,931)
0,028*
(0,012)
0,029*
(0,012)
Période restante avant l’expiration du titre de séjour en cours de validité 0,002*
(0,001)
0,003*
(0,001)
0,816*
(0,405)
0,900*
(0,414)
0
(0,000)
0,000+
(0,000)
Constante 3,107
(2,090)
8,501+
(4,636)
9,614+
(4,916)
1 225,006+
(703,080)
3 169,210*
(1 584,110)
3 514,472*
(1 679,168)
0,254
(0,211)
0,325
(0,506)
0,493
(0,533)
R2 0,157 0,418 0,422 0,155 0,425 0,429 0,142 0,286 0,293
Variables de contrôle socio-économiques N Y Y N Y Y N Y Y
Variables de contrôle des caractéristiquesdu réseau social N N Y N N Y N N Y
Nombre d’observations 200 200 200 200 200 200 200 200 200
  • + Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. * Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 0,1 pour cent.

    Notes: Les erreurs types robustes figurent entre parenthèses. Les estimations présentées dans les colonnes 1 à 6 ont été obtenues par la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO), et celles figurant dans les colonnes 7 à 9 sont issues d’un modèle de probabilité linéaire. Les variables de contrôle incluses pour obtenir les estimations figurant dans les colonnes 2, 5 et 8 sont les suivantes: durée du séjour au Japon, âge, genre, type de titre de séjour, situation matrimoniale, nombre d’enfants dans le ménage, lieu géographique de travail, souscription d’un prêt pour financer l’émigration, revenu mensuel moyen (en logarithme) du répondant et revenu mensuel moyen (en logarithme) de la famille restée au pays. Concernant les colonnes 3, 6 et 9, les variables de contrôle supplémentaires sont les suivantes: une variable fictive indiquant si le répondant avait déjà des membres de famille ou des amis au Japon lorsqu’il y est arrivé, une variable fictive indiquant s’il est arrivé accompagné de membres de famille, et une variable égale au nombre mensuel de jours au cours desquels il a un contact avec sa famille restée au pays. Toutes les estimations incluent des effets fixes du pays d’origine. Par souci de concision, seules les variables pertinentes et statistiquement significatives sont présentées.

    Source: Calculs des auteurs.

Pour examiner de façon plus précise cet impact des qualifications, nous avons défini trois catégories: i) les migrants titulaires de titres professionnels obtenus dans les deux pays, ii) ceux titulaires d’un titre obtenu dans le pays d’origine seulement, iii) ceux titulaires d’un titre obtenu dans le pays d’accueil seulement. Les résultats sont présentés dans le tableau 4. Les répondants ne possédant qu’un titre délivré par leur pays d’origine envisageaient de quitter le Japon 1 à 1,5 an plus tôt que ceux du groupe de référence (ne possédant aucun titre professionnel), et ces résultats étaient statistiquement significatifs aux seuils de 5 et 10 pour cent (colonnes 1 à 6). Plusieurs explications peuvent être envisagées. La durée prévue s’établissant à 6,2 ans en moyenne (tableau 2), les migrants temporaires titulaires d’un titre professionnel obtenu dans leur pays d’origine et d’un permis de séjour «stages techniques» ou «professions qualifiées» (autorisant l’un comme l’autre un séjour de cinq ans au maximum) sont peu susceptibles de solliciter un autre type de permis de séjour ou de prolonger leur séjour, d’où une perte de ressources humaines qualifiées pour les établissements du pays d’accueil; ces migrants peuvent cependant transférer dans leur pays d’origine l’expérience professionnelle acquise pendant cinq ans au Japon. Les migrants qui ne possèdent qu’un titre professionnel délivré dans leur pays d’accueil restent au Japon plus de deux ans de plus que ceux qui n’ont aucun titre de qualification (colonnes 1 et 4), et leur probabilité de s’installer définitivement au Japon est supérieure de 23 points de pourcentage (p < 0,10) (colonne 7) dans les modèles réduits. En revanche, pour les titulaires de titres professionnels délivrés dans les deux pays, le lien mis en évidence est négatif et statistiquement significatif après inclusion des variables socio-économiques (colonnes 3, 6 et 9), ce qui semble révélateur d’un désir de retourner dans le pays d’origine malgré l’obtention d’un titre professionnel au Japon. Les résultats des tests de robustesse réalisés avec d’autres méthodes d’estimation sont présentés dans l’annexe supplémentaire en ligne (en anglais).

Tableau 4. Résultats des estimations (analyse de décomposition)

Indicateur de retour(0~11: retour prévu X années plus tard; 12: installation définitive) Durée prévue du séjour (nb. de jours, à partir du 1er juillet 2021) Intention de s’installer définitivement (= 1 dans l’affirmative)
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Titulaire de titres professionnels obtenus dans les deux pays 0,221
(1,000)
–1,732
(1,062)
–1,796+
(1,030)
63,811
(335,188)
–570,861
(360,430)
–589,763+
(349,371)
0,046
(0,102)
–0,169
(0,106)
–0,182+
(0,105)
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’origine seulement 1,609*
(0,810)
–1,241+
(0,680)
–1,171+
(0,676)
–550,652*
(270,531)
–415,270+
(227,530)
–390,932+
(225,711)
–0,101
(0,081)
–0,104
(0,070)
–0,101
(0,072)
Titulaire d’un titre professionnel obtenu dans le pays d’accueil seulement 2,373*
(1,108)
–0,685
(1,292)
–1,023
(1,341)
783,130*
(365,088)
–223,133
(438,358)
–326,503
(452,403)
0,230+
(0,138)
–0,074
(0,142)
–0,129
(0,152)
Score de perception des compétences professionnelles 0,027
(0,018)
–0,003
(0,017)
–0,002
(0,017)
9,57
(6,225)
–0,704
(5,594)
–0,363
(5,614)
0
(0,002)
–0,001
(0,002)
–0,001
(0,002)
Niveau en japonais 0,051
(0,383)
–0,251
(0,345)
–0,319
(0,344)
10,637
(128,510)
–88,905
(113,239)
–110,282
(112,414)
0,022
(0,040)
–0,008
(0,042)
–0,017
(0,042)
Années d’études 0,021
(0,126)
–0,032
(0,095)
–0,019
(0,097)
12,62
(41,669)
–5,005
(31,514)
–0,27
(32,090)
–0,013
(0,014)
–0,019+
(0,011)
–0,018
(0,011)
Date de retour prévue lors de l’arrivée 0,607***
(0,094)
0,616***
(0,095)
211,370***
(31,211)
214,336***
(31,850)
0,028*
(0,012)
0,029*
(0,012)
Période restante avant l’expiration du titre de séjour en cours de validité 0,002+
(0,001)
0,003*
(0,001)
0,827+
(0,424)
0,922*
(0,440)
0
(0,000)
0,000+
(0,000)
Constante 3,000
(2,099)
8,504+
(4,653)
9,648+
(4,938)
1 191,782+
(704,814)
3 170,374*
(1 590,197)
3 525,555*
(1 686,586)
0,238
(0,213)
0,325
(0,508)
0,497
(0,534)
R2 0,154 0,415 0,419 0,151 0,422 0,426 0,139 0,282 0,289
Variables de contrôle socio-économiques N Y Y N Y Y N Y Y
Variables de contrôle des caractéristiquesdu réseau social N N Y N N Y N N Y
Nombre d’observations 200 200 200 200 200 200 200 200 200
  • + Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. * Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 0,1 pour cent.

    Notes: Les erreurs types robustes figurent entre parenthèses. Les estimations présentées dans les colonnes 1 à 6 ont été obtenues par la méthode des MCO, et celles figurant dans les colonnes 7 à 9 sont issues d’un modèle de probabilité linéaire. Les variables de contrôle incluses pour obtenir les estimations figurant dans les colonnes 2, 5 et 8 sont les suivantes: durée du séjour au Japon, âge, genre, type de titre de séjour, situation matrimoniale, nombre d’enfants dans le ménage, lieu géographique de travail, souscription d’un prêt pour financer l’émigration, revenu mensuel moyen (en logarithme) du répondant et revenu mensuel moyen (en logarithme) de la famille restée au pays. Concernant les colonnes 3, 6 et 9, les variables de contrôle supplémentaires sont les suivantes: une variable fictive indiquant si le répondant avait déjà des membres de famille ou des amis au Japon lorsqu’il y est arrivé, une variable fictive indiquant s’il est arrivé accompagné de membres de famille et une variable égale au nombre mensuel de jours au cours desquels il a un contact avec sa famille restée au pays. Toutes les estimations incluent des effets fixes du pays d’origine. Par souci de concision, seules les variables pertinentes et statistiquement significatives sont présentées.

    Source: Calculs des auteurs.

6. Conclusions

Dans cet article, nous nous sommes intéressés aux intentions de retour des migrants en retenant, comme prisme d’observation, les compétences signalées par les titres professionnels qu’ils possèdent. D’après notre analyse quantitative, lorsqu’ils ont été acquis dans le pays d’origine, ces titres conduisent les migrants à y retourner plus tôt, tandis que, lorsqu’ils ont été obtenus dans le pays d’accueil, ils sont associés à un séjour au Japon plus long. Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur les différences de valeur de ces qualifications d’un pays à l’autre, et sont riches d’enseignements pour la compréhension de la mobilité internationale du travail.

Premièrement, nos constatations montrent que les compétences professionnelles attestées par les titres professionnels jouent un rôle non négligeable dans le comportement économique des migrants temporaires. Jusqu’à présent, le débat porte essentiellement sur l’impact du niveau d’études sur le choix d’émigrer ou de retourner dans son pays d’origine, et repose souvent sur des indicateurs comme le niveau d’études et les primes salariales associées à ce niveau dans les pays d’accueil et d’origine. Or, nous n’avons pas mis en évidence d’impact statistiquement significatif du niveau d’études. En revanche, les compétences attestées par un titre professionnel sont apparues comme un déterminant important des intentions des migrants quant au retour dans leur pays d’origine. Autrement dit, pour comprendre le comportement économique des migrants temporaires, il faut prendre en compte l’ensemble de leur capital humain spécifique à une profession, y compris les qualifications professionnelles.

Deuxièmement, nous mettons en lumière le rôle important des titres professionnels acquis dans le pays d’origine dans le choix de rentrer au pays. Les migrants qui en sont titulaires sont plus susceptibles d’envisager un retour plus rapide, parce qu’ils escomptent percevoir une rémunération correcte en contrepartie de leurs compétences et auront moins de difficultés à se réinsérer sur le marché du travail de leur pays. Qui plus est, ils peuvent également être encouragés dans ce sens par la sous-valorisation de leurs compétences dans le pays d’accueil (OIT, 2019). De fait, le Japon éprouve des difficultés à retenir la main-d’œuvre, malgré de gros besoins et d’importants débouchés économiques dans le secteur du soin. La recherche montre que la propension des travailleurs étrangers à continuer de travailler dans ce secteur au Japon varie grandement selon qu’ils ont ou non le sentiment que leurs compétences sont appréciées à leur juste valeur (Kameyama et al., 2022), ainsi qu’en fonction des possibilités d’accès à un poste d’encadrement et de leurs relations avec leurs collègues (Asis et Carandang, 2020). Ainsi, certains infirmiers de retour dans leur pays après avoir travaillé au Japon ont indiqué avoir été relégués à des tâches subalternes et avoir ainsi eu des difficultés à entretenir leurs compétences (Efendi et al., 2019). Cette situation peut conduire à une démotivation, limiter le transfert de savoir-faire et la progression professionnelle, et entraîner une érosion des compétences ou une «fuite des cerveaux» (Kurniati et al., 2017). Ce phénomène de transférabilité imparfaite étant bien connu (Chiswick et Miller, 2009), il est possible que les travailleurs migrants titulaires de titres professionnels obtenus dans leur pays d’origine choisissent de rentrer plus tôt pour éviter une dégradation leurs capacités professionnelles.

Malgré le recours croissant de beaucoup de pays à la main-d’œuvre immigrée dans le secteur du soin, ces travailleurs sont défavorisés, principalement en raison de la faiblesse des politiques publiques et des cadres juridiques (Pastor-Bravo et Nelson, 2019). Dans le cas du Japon, l’intégration est compliquée par un système de droit au séjour défaillant (Hirano, Tsubota et Ohno, 2020). Le gouvernement envisage de réformer le permis «stages techniques» à compter de 2027 pour autoriser les titulaires d’un permis de séjour temporaire à changer d’emploi et d’entreprise (The Japan News, 2023), ce qui pourrait faciliter la mobilité mais compromettre la fidélisation du personnel. Dans notre enquête, une répondante titulaire de ce permis de séjour a exprimé la volonté d’exploiter ses progrès en japonais dans d’autres secteurs s’il devenait possible de changer d’emploi. Bien que nos données ne permettent pas de repérer avec précision les mécanismes qui expliquent l’impact des titres professionnels sur les décisions en matière de retour, nos résultats laissent penser que, pour attirer une main-d’œuvre étrangère qualifiée, il est indispensable d’améliorer les conditions de travail dans les établissements pour personnes âgées. Alors que le gouvernement prévoit d’accorder des subventions aux établissements pour le recrutement de travailleurs étrangers et de participer au financement de programmes de formation aux soins infirmiers dans les pays d’origine sur fond de «guerre mondiale pour attirer les talents» (The Japan News, 2024), notre analyse montre qu’aider les travailleurs qualifiés, en particulier les immigrés qui ont acquis un titre de qualification dans leur pays d’origine, contribuerait à résorber la pénurie de personnel dans le secteur japonais du soin. Le groupe consultatif chargé par le gouvernement d’une réflexion sur les permis de séjour temporaires a proposé la mise en place d’un système de reconnaissance mutuelle des qualifications (Immigration Services Agency of Japan, 2024). Étant donné les débats qui ont lieu à l’échelle mondiale sur la mobilité de la main-d’œuvre qualifiée (Sweetman, McDonald et Hawthorne, 2015; Abarcar et Theoharides, 2024), la création d’un système international de certification pour le secteur du soin pourrait être un moyen de réduire la surqualification dans les pays d’accueil.

Enfin, bien que les migrants qui ont obtenu un titre professionnel dans leur pays d’origine soient plus enclins à y retourner, ce retour ne se fait pas toujours sans difficultés. D’après certaines études (par exemple Efendi et al., 2021), les immigrés employés dans le secteur du soin peinent à utiliser leurs compétences en rentrant dans leur pays. Alors que leur retour devrait renforcer le capital humain, financier et social dans le secteur du soin du pays d’origine, leurs compétences sont souvent sous-exploitées en raison d’un manque d’infrastructure, par exemple parce que le système de santé est sous-financé ou parce que les règles protégeant les travailleurs et favorisant l’emploi formel sont insuffisantes. La faiblesse des systèmes de recrutement dans les pays en développement est un autre obstacle à l’emploi des migrants de retour dans leur pays (Kurniati et al., 2017). Traditionnellement, l’assistance aux personnes âgées était fournie par les membres de la famille. Toutefois, les évolutions économiques ont transformé les structures familiales et les normes sociales concernant la prise en charge des personnes âgées. Les systèmes d’assistance institutionnalisés devenant indispensables dans les pays en développement, il est nécessaire de prendre des mesures pour permettre aux émigrés qui rentrent d’utiliser pleinement les compétences acquises dans leur pays d’origine.

Notre étude n’est pas exempte de limites. Premièrement, l’utilisation de données en coupe transversale ne permet pas d’établir des liens de causalité clairs. Efendi et ses coautrices (2021) analysent les facteurs qui influent sur les décisions des migrants en matière de retour, par exemple les raisons familiales et les obstacles à la communication, que nous avons pris en compte sous la forme des caractéristiques du ménage et de la maîtrise de la langue. Leur étude révèle cependant aussi que des dimensions psychologiques et émotionnelles, dont les aspirations professionnelles et la discrimination au travail, exercent une influence sur l’acquisition de titres professionnels et sur l’aspiration au retour. Il faudrait donc, dans le cadre de futurs travaux, recueillir des informations sur les motivations, le vécu au travail et les dynamiques psychosociales, dont nous ne disposions pas ici. Deuxièmement, la politique migratoire japonaise visant le secteur du soin est encore en cours d’évolution. Les titulaires de permis de séjour temporaires, qui ont commencé à arriver en 2018 (permis «stages techniques») et en 2020 (permis «professions qualifiées»), n’ont pu tenter d’obtenir le certificat de travailleur du soin qu’en 2022, soit un an après la collecte de nos données18. Quant au système de droit au séjour applicable aux immigrés employés dans le secteur du soin, il est en cours de réforme, comme souligné plus haut. De plus, nos données portent sur les intentions de retour et ne permettent pas d’observer les comportements réels. Il faudrait à l’avenir analyser sur la base de données de panel les facteurs qui influent sur la décision de passer l’examen permettant d’obtenir le certificat et sur le retour effectif des migrants. Enfin, nous nous sommes concentrés sur un seul secteur (celui de l’assistance aux personnes âgées) et un seul pays d’accueil (le Japon), ce qui limite la validité externe de l’étude. La réglementation des titres professionnels étant variable selon les secteurs (Kleiner et Krueger, 2010), des recherches supplémentaires s’imposent avant de généraliser nos résultats à d’autres contextes de destination. Malgré ces limites, nous estimons avoir apporté un éclairage important sur les politiques migratoires à l’heure où la demande mondiale de travailleurs migrants augmente rapidement, en particulier dans le secteur du soin.

Remerciements

Cette recherche a bénéficié du soutien du programme d’aide à la recherche scientifique (KAKENHI) de la société japonaise pour la promotion de la science (subventions nos JP21J10147 et JP24K16380), de la fondation Zengin pour la recherche sur l’économie et la finance (Zengin Foundation for Studies on Economics and Finance) et de la fondation K. Matsushita. Nous tenons à remercier pour leurs commentaires précieux les évaluateurs anonymes, l’équipe éditoriale de la Revue et les personnes qui ont participé à l’édition 2024 de la conférence de la société asiatique et australasienne d’économie du travail (Asian and Australasian Society of Labour Economics 2024 Conference). Nous sommes également reconnaissants à Mitsuru Iwaki, Guenwoo Lee, Rogerson Dennis R. Fernandez, Ayu Pratiwi, Nguyễn Thị Thanh Huyền, Lingfeng Zheng, Win Sithu Maung et Daw Wai Soe Zin, qui nous ont aidés à élaborer la version finale du questionnaire utilisé pour les besoins de cette étude. Enfin, nous exprimons aussi notre gratitude à ceux qui ont pris le temps d’y répondre. Une précédente version de cet article a été diffusée en tant que Discussion Paper 23 de l’institut de recherche Ogata de l’agence japonaise de coopération internationale (JICA Ogata Research Institute).

Conflits d’intérêts

Les auteurs n’ont pas d’intérêts concurrents à déclarer.

Notes

  1. En 2023, la migration temporaire à destination des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a continué de progresser, et plus de 2,4 millions de permis de travail temporaires ont été accordés dans ces pays (hors Pologne) (OCDE, 2024).
  2. D’après la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2024, pp. 14 et 15), les titres professionnels prévus par la réglementation peuvent revêtir diverses formes, dont celles d’une certification, d’une inscription, de la reconnaissance d’une qualification et d’une autorisation ou licence professionnelle. La certification est un «mécanisme par lequel l’autorité chargée de la réglementation délivre un certificat attestant la capacité d’un professionnel de santé à exercer certaines activités ou spécialités, et ce en se fondant sur ses qualifications ou sur la démonstration de sa compétence». L’inscription est un mécanisme qui consiste à faire figurer le nom des professionnels sur «des listes de personnes habilitées à dispenser certains services, ce qui les autorise à faire usage de titres professionnels réservés». La reconnaissance des qualifications est un dispositif qui «repère les similitudes (et différences) entre pays ou juridictions concernant les programmes de formation et/ou exigences requis pour exercer certaines professions». Les systèmes d’autorisation ou de licence professionnelle réservent le droit d’exercer certaines professions ou activités aux personnes titulaires d’une autorisation ou licence en plus d’un titre professionnel. Les définitions varient cependant d’une profession et d’un pays à l’autre. Dans cet article, nous utiliserons les termes «titre professionnel», «qualification professionnelle» ou «titre de qualification» dans un sens générique, et adapterons la terminologie en fonction des caractéristiques de cette qualification.
  3. La notion de «soin» et sa définition sont larges (King-Dejardin, 2019) mais, dans cet article, nous utiliserons en général le terme «soin» pour désigner l’assistance aux personnes âgées, qui a vocation à répondre aux besoins propres à cette catégorie de la population.
  4. Dustmann et Görlach montrent également qu’un différentiel «très grand» est associé à une migration définitive.
  5. Dustmann et Görlach le reconnaissent, puisqu’ils écrivent: «À noter que nous avons fait abstraction de l’hétérogénéité individuelle» (2016, p. 114).
  6. King-Dejardin (2019) constate également que la plupart des pays d’accueil ne reconnaissent pas les titres professionnels obtenus dans le pays d’origine pour travailler comme aide-soignant ou infirmier et que les travailleurs étrangers possédant des compétences spécifiques sont considérés comme des «auxiliaires», ce qui signifie en d’autres termes qu’il existe un phénomène de surqualification (Shutes et Chiatti, 2012).
  7. La description des données et de leur recueil est en grande partie tirée de l’étude de Nakamura et Suzuki (2024), qui utilise les mêmes données.
  8. La méthode d’échantillonnage est décrite dans l’annexe supplémentaire en ligne (en anglais).
  9. Nous avons administré l’enquête par l’intermédiaire de plateformes numériques pour limiter les erreurs de mesure et réduire les coûts, ainsi que pour permettre aux personnes de répondre pendant la pandémie de COVID-19. La population cible étant relativement jeune (73,6 à 76,3 pour cent des immigrés qui travaillent dans le secteur du soin ont entre 20 et 30 ans d’après des données publiées par la fondation Mitsubishi UFJ Research and Consulting), nous sommes partis du principe que les répondants maîtrisaient bien le numérique et utilisaient régulièrement un Smartphone et un ordinateur.
  10. Les répondants étaient invités à indiquer s’ils avaient réussi à compléter le questionnaire sans se faire aider; 171 d’entre eux ont répondu par l’affirmative. L’analyse réalisée sur un échantillon exclusivement composé de ces 171 personnes a abouti à des résultats cohérents avec ceux présentés ici (ils peuvent être obtenus sur demande).
  11. Quelque 464 personnes ont accédé au questionnaire, mais seulement 200 des réponses soumises ont été jugées valides. On ne connaît pas avec certitude le nombre de personnes qui ont fermé le questionnaire sans l’avoir complété, par exemple en raison de la difficulté des questions ou d’une mauvaise connexion Internet.
  12. Au Japon, il n’existe pas de microdonnées sur les travailleurs migrants issues d’une enquête nationale. Toutefois, l’institut de recherche Mitsubishi UFJ Research and Consulting Co. a conduit de vastes enquêtes sur les travailleurs immigrés du secteur du soin avec le concours, notamment financier, du ministère de la Santé, du Travail et de la Protection sociale. Les données de notre échantillon sont très proches de celles issues de ces enquêtes à grande échelle (voir l’annexe supplémentaire en ligne (en anglais)).
  13. Certains répondants ne connaissaient pas le montant exact du revenu perçu par les membres du ménage restés dans le pays d’origine, ce qui s’est traduit par des valeurs manquantes. Pour les répondants originaires du Viet Nam, de l’Indonésie, des Philippines, du Myanmar et de la Chine, nous avons remplacé ces valeurs manquantes par la moyenne de l’échantillon pour chaque pays et période. Dans le cas du Népal, du Sri Lanka, de la République de Corée et du Kirghizistan, comme les observations étaient moins nombreuses, nous avons retenu le revenu des ménages annuel par habitant publié par le CEIC (https://www.ceicdata.com/en/indicator/annual-household-income-per-capita). Il n’y avait pas de valeurs manquantes pour les répondants des autres pays.
  14. Pour calculer la valeur de chaque revenu, nous avons employé le facteur de conversion PPA, consommation privée (unités de devises locales par dollar international), issu de la base de données de la Banque mondiale (https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/PA.NUS.PRVT.PP).
  15. Voir les notes figurant sous le tableau 2 pour de plus amples informations sur ce score.
  16. Nous avons réparti les préfectures dans trois agglomérations (variable «agglomération»): Tokyo (comprenant les préfectures de Tokyo, Saitama, Chiba et Kanagawa), Osaka (Osaka et Hyogo) et Nagoya (Aichi).
  17. Du fait de la présence de valeurs extrêmes ou d’erreurs de mesure dans les variables relatives au niveau d’études, à l’âge d’arrivée et au revenu, nous avons exclu les 19 répondants qui ont indiqué avoir été scolarisés moins de neuf ans, être âgés de moins de 18 ans lors de leur arrivée au Japon ou avoir un revenu inférieur à 100 000 yens. Nous avons ensuite réestimé le même modèle. Les résultats n’ont qu’une valeur informative et sont présentés dans l’annexe supplémentaire en ligne.
  18. À titre d’exemple, une Sri-Lankais titulaire d’un permis «professions qualifiées» et travaillant à Okinawa et une Indonésienne titulaire d’un permis «stages techniques» travaillant à Nagano ont réussi l’examen en 2022.

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