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Titre original: «Friend or foe? The IMF, Labour Market Reform and Women’s Labour Force Participation» (International Labour Review, vol. 165 no 2. Traduit par Isabelle Croix. Également disponible en espagnol (Revista Internacional del Trabajo, vol. 145, no 2.
1. Introduction
Le Fonds monétaire international (FMI) joue un rôle central dans la gouvernance mondiale, influant sur la situation des pays en développement par le biais de programmes conditionnels qui exigent des réformes en contrepartie des prêts octroyés. Il est établi que les réformes du marché du travail, qui font partie de longue date des mesures recommandées par le FMI, ont un impact négatif sur le revenu et les droits des travailleurs (Anner et Caraway, 2010; Caraway, 2006; Reinsberg et al., 2019; Vreeland, 2002). L’institution soutient cependant qu’elles accroissent la flexibilité du marché du travail et permettent ainsi à des catégories de la population habituellement en position défavorable, comme les femmes et les jeunes, d’entrer dans la vie active. Ainsi, Margaret Kelly, directrice du département des ressources humaines du FMI, voit un lien de cause à effet direct entre flexibilité du marché du travail et taux d’activité des femmes. Elle s’exprime en ces termes:
L’accès à des emplois rémunérés est primordial pour faire progresser la condition des femmes, tant dans les pays développés que dans le monde en développement. Le FMI plaide en faveur de politiques qui renforcent la flexibilité des marchés du travail afin d’accroître les débouchés professionnels, et en faveur de mesures telles que des actions de formation, qui améliorent la productivité et, par conséquent, les salaires (FMI, 2000).
Les services du FMI expriment la même position dans les conclusions formulées à l’issue des consultations au titre de l’article IV1. En 2009 par exemple, ils ont recommandé que «la Grèce [favorise] une augmentation du travail à temps partiel afin de faire progresser le taux d’activité des jeunes et des femmes et assouplisse la législation sur la protection de l’emploi» (FMI, 2009, p. 30). Les préconisations adressées au Chili en 2006 allaient dans le même sens: «Les services du FMI exhortent les autorités à prendre des mesures ambitieuses […] pour faire reculer un taux de chômage qui reste élevé – en particulier parmi les jeunes – et pour faire progresser la participation au marché du travail»; ils suggèrent au pays d’introduire plus de flexibilité, d’allonger le temps de travail, d’autoriser des contrats à durée déterminée plus longs et de s’abstenir de revaloriser rapidement le salaire minimum (FMI, 2006, p. 23). Deux chercheurs du département de recherche du FMI avancent que des institutions du marché du travail fortes ont pour effet de réserver les emplois alliant bonne rémunération, sécurité et protection aux travailleurs déjà bien intégrés (les insiders) et de créer d’importants obstacles à l’accès des femmes et des jeunes à l’emploi (Duval et Loungani, 2019). Le FMI estime donc que, parce qu’elles accentuent la flexibilité, les réformes du marché du travail qu’il impose favorisent l’intégration professionnelle de groupes jusqu’alors éloignés de l’emploi, comme les femmes et les jeunes.
Des chercheurs ont déjà analysé l’impact des programmes du FMI sur les droits économiques et politiques des femmes (Detraz et Peksen, 2016) et ont comparé l’écart de taux d’activité entre hommes et femmes selon qu’un programme est ou non en place (Kern, Reinsberg et Lee, 2024). Toutefois, aucune étude n’a cherché à déterminer si l’effet des réformes du marché du travail sur le taux d’activité diffère en fonction du genre. Or, comme le FMI prétend que ce sont les mesures qui accentuent la flexibilité du marché du travail qui facilitent l’intégration professionnelle des femmes, il est important d’examiner si les réformes du marché du travail qu’il préconise ont réellement cette vertu.
Dans cet article, nous battons en brèche les allégations du FMI, montrant que ces réformes sont en réalité associées à une réduction globale du taux d’activité des femmes après prise en compte de l’effet des crises économiques et de plusieurs covariables. Une analyse plus approfondie impute l’essentiel de cet impact négatif à la baisse de la rémunération qui accompagne les réformes du marché du travail dictées par le FMI. La baisse du coût du licenciement pourrait en revanche aller de pair avec une augmentation temporaire du taux d’activité des femmes, parce qu’elle accélère la rotation de la main-d’œuvre2.
Pour réaliser cette étude, nous faisons appel à une analyse par variables instrumentales composées. Après prise en compte du caractère non aléatoire de la participation à un programme du FMI et de l’acceptation de conditions relatives au marché du travail, ainsi que des covariables de contrôle pertinentes, nous observons que les réformes du marché du travail exigées par le FMI sont associées à un moindre taux d’activité des femmes. Nos tests de robustesse confortent cette thèse. Une analyse de médiation causale complémentaire montre que c’est parce qu’elles entraînent une baisse des salaires que ces réformes freinent l’activité des femmes. Enfin, il apparaît aussi qu’un coût du licenciement plus bas va de pair avec davantage de mobilité sur le marché du travail et favorise, dans un premier temps, un taux d’activité féminine plus élevé.
Dans la partie qui suit, nous proposons une revue des études sur l’impact des programmes du FMI sur le marché du travail en général et sur le taux d’activité des femmes en particulier. Nous avançons une hypothèse susceptible d’expliquer l’effet négatif des réformes du marché du travail préconisées par le FMI sur la participation des femmes au marché du travail. La troisième partie décrit notre protocole de recherche, et la quatrième présente les résultats empiriques, qui valident notre hypothèse. Dans la dernière partie, nous formulons des recommandations et proposons des pistes pour de futurs travaux de recherche.
2. Le FMI et les réformes du marché du travail
Le FMI est probablement l’organisation internationale qui exerce le plus d’influence sur les pays emprunteurs (Stone, 2004), parce qu’il peut leur imposer des réformes économiques d’ampleur, qui ont d’importantes retombées sur leur situation économique et politique. Ses programmes peuvent porter un coup d’arrêt à la croissance (Dreher, 2006; Hajro et Joyce, 2009; Przeworski et Vreeland, 2000; Vreeland, 2003), nourrir la corruption (Reinsberg, Kentikelenis et Stubbs, 2021), aggraver les inégalités et la pauvreté (Forster et al., 2019; Lang, 2021; Oberdabernig, 2013), modifier la répartition du revenu au détriment des travailleurs (Garuda, 2000; Vreeland, 2002), affaiblir les droits de négociation collective et de liberté syndicale (Caraway, 2006; Reinsberg et al., 2019) et faire supporter l’essentiel du coût de l’ajustement économique par les travailleurs plutôt que par les groupes d’intérêt financiers (Metinsoy, 2025).
Comme elles sont lourdes de conséquences sur l’économie et la redistribution des ressources, les interventions du FMI peuvent aussi engendrer une forte instabilité politique (Abouharb et Cingranelli, 2007). Elles peuvent mécontenter les catégories de travailleurs qui n’ont pas de possibilité de mobilité et entraîner des manifestations, grèves et troubles sociaux d’ampleur (Reinsberg, Stubbs, et Bujnoch, 2023; Metinsoy, 2024). Outre cette instabilité et ces mouvements eux-mêmes, elles peuvent se solder par une répression des pouvoirs publics et, par conséquent, fragiliser la protection des droits humains dans les pays emprunteurs (Abouharb et Cingranelli, 2009; Franklin, 1997; Mukherjee et Yadav, 2024; Pion-Berlin, 1983).
De plus en plus de travaux récents laissent penser que les conséquences des interventions du FMI ne sont pas les mêmes pour les hommes et pour les femmes. D’après Detraz et Peksen (2016), parce qu’ils limitent les dépenses publiques et les ressources administratives, ces programmes affaiblissent la capacité des États à protéger les droits économiques et politiques des femmes. De surcroît, comme celles-ci sont plus susceptibles que les hommes d’être employées dans la fonction publique (Iversen et Rosenbluth, 2010; Steiber et Haas, 2012), les privatisations mises en œuvre sous la pression du FMI les pénalisent davantage (Detraz et Peksen, 2016). Plus récemment, Reinsberg et ses coauteurs (2024) ont montré que la présence d’au moins une femme ministre dans le gouvernement atténuait cet impact négatif sur l’emploi des femmes fonctionnaires, ce qui témoigne de l’importance de la représentation.
D’après Mathers (2020), les femmes sont les principales victimes du recul de la protection sociale induit par les cures d’austérité et la contraction des dépenses sociales imposées par les institutions financières internationales. Lorsque l’investissement dans des services sociaux tels que la santé et l’éducation diminue, les écoles sont moins sûres pour les filles, et les femmes et les filles sont les premières à être privées d’accès aux soins de santé (Marphatia, 2010). La baisse des dépenses peut en effet peser sur l’encadrement et les infrastructures scolaires et augmenter le coût des soins; or, les normes sociales conduisent souvent les familles à faire primer la scolarité et la santé des garçons et des hommes sur celles des filles et des femmes. Dans la même veine, Kern, Reinsberg et Lee (2024) observent que, en plus de creuser l’écart de taux d’activité entre hommes et femmes, l’austérité et les privatisations exigées par les programmes du FMI s’accompagnent d’une hausse des suicides féminins et d’autres effets négatifs sur la santé des femmes. D’après Ortiz et Cummins (2013 et 2021), les coupes budgétaires imposées après la crise financière de 2008 ont pénalisé les enfants et les femmes, souvent via un recul de l’aide sociale et des services de santé publique. Kentikelenis et Stubbs (2023) montrent en outre que les «planchers de dépenses sociales» du FMI fonctionnent en réalité souvent comme des plafonds ou sont mal appliqués et n’empêchent généralement pas la baisse des dépenses sociales pendant l’application des programmes d’ajustement, portant une fois de plus préjudice aux plus vulnérables. Enfin, Buenaventura et Miranda (2017) observent que les hausses de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) exigées par le FMI nuisent davantage aux femmes, qui sont plus susceptibles de consacrer une part de leur revenu – déjà plus faible que celui des hommes – aux produits de première nécessité et ont moins accès aux terres et aux actifs. D’après Elson (1991), les programmes d’ajustement structurel comportent un «biais masculin» qui explique que le plus lourd tribut soit payé par les femmes.
On pourrait objecter que les réformes du marché du travail dictées par le FMI améliorent néanmoins le sort des femmes, parce qu’elles agissent sur la flexibilité du marché du travail et compensent ainsi les méfaits des privatisations, de l’austérité et des coupes dans les dépenses sociales. Dans cette étude, nous cherchons donc à déterminer si, comme l’affirme l’institution, ces mesures peuvent faire progresser le taux d’activité féminine.
Comparativement aux hommes, les femmes ont généralement plus d’obstacles à surmonter pour accéder à l’emploi et ne bénéficient ensuite pas des mêmes conditions de travail (Shen, 2021). Dans l’ensemble, elles perçoivent une rémunération plus faible, sont davantage en butte à un comportement discriminatoire de la part des employeurs, consacrent plus de temps au travail domestique non rémunéré et travaillent souvent gratuitement dans une entreprise familiale (Brettell, 2012; Buenaventura et Miranda, 2017; Iversen et Rosenbluth, 2010; Lutz et Palenga-Möllenbeck, 2012; Schäfer et Gottschall, 2015; Schmitz et Spiess, 2022; Steiber et Haas, 2012; Waylen, 2022). Elles ont toujours eu un taux d’activité plus faible que celui des hommes (Petit, 2007).
Le FMI fait valoir que les réformes du marché du travail qu’il impose aux pays emprunteurs éliminent l’avantage dont jouissent les insiders (généralement des hommes d’âge très actif), qui occupent des emplois protégés et bien rémunérés, et qu’elles facilitent l’accès à l’emploi des outsiders, dont font partie les femmes (Duval et Loungani, 2019). Cet argument transparaît dans les recommandations formulées à l’issue des consultations au titre de l’article IV et justifie la conditionnalité des programmes de prêts. D’après la littérature, la dualisation du marché du travail des pays industrialisés se traduit par l’existence d’un petit groupe de travailleurs privilégiés, tandis que d’autres (les outsiders) sont relégués à des emplois précaires, mal rémunérés et offrant une faible protection (Hooijer et Picot, 2015; Rueda, 2014). Dès lors, affaiblir la position des travailleurs les mieux lotis pourrait améliorer le sort des catégories plus en marge, comme les femmes, les jeunes et les travailleurs migrants (Duval et Loungani, 2019). Cette stratégie conduit certes probablement à créer des emplois de mauvaise qualité pour tous, mais améliore les chances d’insertion des personnes jusqu’alors éloignées de l’emploi (OIT, 1999; Iversen et Rosenbluth, 2010).
Il est cependant aussi fort possible que ces réformes ne fassent pas progresser le taux d’activité féminine en raison des diminutions de salaire qu’elles induisent. Elles sont souvent conçues pour abaisser le coût unitaire du travail et stimuler les exportations afin de combler le déficit de la balance des paiements courants (écart entre exportations et importations) (FMI, 2009 et 2013), autrement dit pour réduire les salaires (Vreeland, 2002). Il en résulte une régression du salaire minimum, dont témoigne l’expérience du Brésil en 2013, du Chili en 2014 et de la Hongrie en 2005, pour ne citer que quelques exemples (Duval et Loungani, 2019). Par ailleurs, la conditionnalité peut entraîner une décentralisation des institutions de la négociation collective vers l’échelon de l’entreprise ou le niveau individuel, ce qui affaiblit le pouvoir de négociation des travailleurs et exerce donc une pression à la baisse sur les rémunérations – les expériences vécues par le Portugal en 2011 et par la Grèce en 2010 en sont des illustrations (Koukiadaki et Kretsos, 2012; FMI, 2013). Elle se traduit parfois par une baisse directe des salaires de la fonction publique, comme ce fut le cas en 1994 en Albanie et en Algérie (Kentikelenis, Stubbs et King, 2016) ou impose le licenciement de fonctionnaires et l’intensification de la concurrence sur le marché du travail, faisant alors indirectement baisser des salaires (ibid.; Rickard et Caraway, 2019).
Or, la contraction des salaires peut s’accompagner d’un recul du taux d’activité des femmes et des filles. Même si, selon la théorie économique classique, l’offre de main-d’œuvre diminue lorsque le prix du travail est plus bas, la situation diffère clairement en fonction du genre. Dans les sociétés patriarcales, les femmes sont coupées du monde et isolées, et sont découragées de travailler à l’extérieur du foyer. Lorsque les salaires augmentent, il y a plus de chances que ce contrôle patriarcal s’assouplisse (Evans, 2022), tandis que l’inverse est vrai lorsqu’ils régressent; en pareil cas, il arrive que les femmes et les filles quittent la population active. Qui plus est, si les salaires se contractent au point d’être inférieurs aux frais de garde d’enfants, les femmes peuvent également être tentées de renoncer à travailler. À noter cependant que l’impact négatif d’une baisse de rémunération est observé aussi bien pour les femmes en âge de procréer que pour les autres, les femmes de plus de 40 ans se retirant également du marché du travail en cas de recul des salaires. Enfin, il est également possible que les femmes elles-mêmes décident de ne pas travailler, en particulier pour échapper à la «double charge» que représente le cumul d’un emploi et du travail domestique.
La diminution du coût du licenciement pourrait en revanche avoir un impact positif sur le taux d’activité féminine, parce que, dans un premier temps, elle accélère la rotation de la main-d’œuvre. Or, toutes choses égales par ailleurs, dans un marché du travail où les mouvements d’entrée dans l’emploi et de sortie sont plus grands, les femmes et les filles ont plus de chances de trouver un poste offrant une sécurité. Toutefois, si les femmes peuvent tirer parti de cette plus grande mobilité à brève échéance, à plus long terme elles peuvent voir leurs conditions de travail se dégrader et être condamnées à occuper des emplois précaires (Goos et Manning, 2007). Lorsque le coût du licenciement est plus bas, il peut leur être impossible d’accumuler l’ancienneté nécessaire pour accéder à un emploi décent. Couplé avec le niveau plus faible des salaires, ce phénomène peut se solder par une «pauvreté au travail» (Gammarano, 2019). Comme le montre la recherche, les travailleurs permanents perçoivent une rémunération plus élevée que les titulaires d’un contrat temporaire (OIT, 2015). En outre, les femmes qui passent d’un emploi à l’autre sans bénéficier d’une couverture sociale suffisante risquent fort d’aller grossir les rangs des «travailleurs pauvres» (Gammarano, 2019).
3. Protocole de recherche: situation des filles et des femmes sur le marché du travail
Les réformes du marché du travail soutenues par le FMI améliorent-elles le taux d’activité des femmes en facilitant leur accès à l’emploi comme le prétend l’institution? Pour répondre à cette question, nous avons rassemblé un ensemble de données se rapportant à 109 pays au cours de la période 1990-2014, et nous nous sommes concentrée sur les conditions imposées en matière de marché du travail. Pour l’institution, il est plus facile de faire respecter la conditionnalité que les recommandations formulées à l’issue des consultations au titre de l’article IV, celles-ci étant facultatives et ne conditionnant pas l’octroi d’un prêt. La conditionnalité en revanche illustre bien son influence sur les réformes du marché du travail. La période analysée commence en 1990, année qui marque le début d’un intérêt plus grand du FMI pour les questions liées au marché du travail (la figure 1 montre l’évolution de la place des conditions relatives au marché du travail dans l’ensemble des conditions imposées entre 1980 et 2014). Elle s’achève en 2014, parce que nous voulions inclure les années consécutives à la crise financière mondiale, pendant lesquelles le FMI s’est livré à un examen de conscience (Clift, 2018). Durant cette période, certaines de ses convictions sur l’égalité et les inégalités ont évolué, et il a accordé davantage d’importance à «l’appropriation par les pays» (Konstantinidis et Reinsberg, 2023) et au recul des inégalités. Il est cependant encore trop tôt pour analyser si ce changement a amélioré les résultats de ses programmes sur le plan de l’égalité de genre. L’unité d’analyse est la paire pays-année, conformément à la pratique habituelle dans ce domaine (Dreher, 2006; Vreeland, 2003).
Figure 1 Fréquence relative des conditions visant le marché du travail dans les programmes du FMI, 1980-2014 (en pourcentage)
Source: Base de données sur la conditionnalité du FMI (Kentikelenis, Stubbs et King, 2016).
Pour mesurer l’effet des réformes du marché du travail sur le taux d’activité des femmes, nous réalisons une analyse par variables instrumentales composées dans un modèle à trois équations simultanées. Le risque de biais lié au caractère non aléatoire de la participation des pays aux programmes du FMI et à l’existence systématique de points communs entre pays emprunteurs – situation de crise économique, faiblesses politiques et institutionnelles, par exemple – est connu de longue date des chercheurs (Abouharb et Cingranelli, 2007 et 2009; Dang et Stone, 2021; Stone, 2008; Vreeland, 2003). De même, les pays en développement empruntent plus souvent que les pays développés et affichent en général un taux d’activité féminine plus faible. Dans ce type d’études, il est désormais habituel d’y remédier en tenant compte du fait que la participation aux programmes découle d’une décision des pays.
Plus récemment, Stubbs et ses coauteurs (2020) et Vreeland (2007), entre autres, ont souligné que la nature des conditions imposées pouvait également ne pas être le fruit d’une sélection aléatoire. L’influence de groupes jouant un rôle important dans la vie politique nationale peut en effet permettre aux pays de négocier des dérogations à certaines conditions (Caraway, Rickard et Anner, 2012; Nooruddin et Simmons, 2006); il peut aussi arriver qu’un gouvernement exige certaines conditions pour faire porter au FMI la responsabilité de réformes impopulaires et éviter ainsi de se heurter à une opposition au niveau national (Vreeland, 2007). La conditionnalité et la situation politique et économique peuvent donc être endogènes. Après prise en compte de cette endogénéité, nous pouvons analyser l’influence de la conditionnalité sur la participation des femmes au marché du travail.
Suivant Stubbs et ses coauteurs (2020), nous faisons appel à des variables instrumentales composées et à un modèle à trois équations simultanées estimées par la méthode du maximum de vraisemblance. Cette modélisation tient compte d’un risque d’endogénéité, la décision de participer à un programme du FMI et d’accepter des conditions relatives au marché du travail pouvant être prise sur la base de facteurs susceptibles d’avoir une incidence sur le taux d’activité des femmes. À titre d’exemple, dans un contexte national où le marché du travail est très réglementé, un gouvernement pourrait décider de signer un accord avec le FMI et de demander l’application d’un plus grand nombre de conditions pour empêcher une fronde des représentants des travailleurs. Il en résulterait un recul de l’activité des femmes en raison d’une forte dualisation du marché du travail entre les emplois stables et les emplois précaires.
La première équation examine la participation aux programmes du FMI. La variable correspondante prend la valeur 1 si un pays a bénéficié d’un programme pendant au mois cinq mois au cours d’une année donnée, et la valeur 0 dans les autres cas. Les données sont issues de l’étude de Dreher, Sturm et Vreeland (2015). Utilisant une innovation récente dans la recherche, nous instrumentons la participation par l’interaction entre la participation moyenne au cours de la période sur laquelle porte l’analyse (1990-2014) et les contraintes budgétaires du FMI (Lang, 2021; Nelson et Wallace, 2017; Stubbs et al., 2020). L’interaction entre une variable endogène (ici, la participation à un programme du FMI) et une variable exogène (les contraintes budgétaires du FMI) peut être considérée comme exogène (ibid.), parce que les ressources du FMI sont indépendantes de la situation politique et économique d’un pays emprunteur quel qu’il soit (elles satisfont au critère d’exclusion) (Lang, 2021). Elles sont cependant prédictives de la participation à un programme du FMI. En effet, si ses ressources sont limitées, l’institution risque de refuser de consentir un prêt conditionnel au pays qui le sollicite. Pour mesurer ces contraintes, nous rapportons ses ressources liquides, constituées des droits de tirage spéciaux (DTS) et de la somme des monnaies utilisables, à ses engagements liquides, constitués des sommes restant dues aux emprunteurs et des prêts contractés auprès de ses membres (Lang, 2021; Nelson et Wallace, 2017; Stubbs et al., 2020). Les données relatives aux contraintes budgétaires sont issues de Lang (2021). L’instrument de la participation à un programme du FMI a une capacité prédictive statistiquement forte de cette participation (p < 0,0001, n = 4 610) (voir l’annexe 5, qui décrit l’impact marginal de cet instrument). Dans notre analyse, nous le retardons d’une année pour tenir compte du décalage entre l’application du programme et son impact sur la participation des femmes au marché du travail.
Les réformes du marché du travail résultant d’une intervention du FMI sont représentées indirectement par les conditions relatives au marché du travail exigées par le FMI. Les conditions qui figurent dans le jeu de données sont les mesures visant à accroître la flexibilité du marché du travail (réforme des institutions de la négociation collective et diminution de leur couverture via une décentralisation à l’échelon de l’entreprise ou au niveau individuel; facilitation de l’embauche et du licenciement grâce à l’assouplissement de la législation sur la protection de l’emploi et à la diminution des indemnités de licenciement et de la durée de préavis; baisse du salaire minimum; obligation de procéder à des compressions d’effectifs dans le secteur public; réduction du taux de remplacement garanti par les prestations de chômage et raccourcissement de la durée d’indemnisation; allongement de la durée maximale des contrats à durée déterminée et augmentation du nombre d’heures autorisé dans le cadre d’un contrat à temps partiel). Les données utilisées proviennent de Kentikelenis, Stubbs et King (2016). L’annexe 11 décrit, à partir de données brutes extraites de Kentikelenis, Stubbs et King (2016), les principaux types de réformes du marché du travail mises en œuvre en contrepartie d’interventions du FMI et fournit des exemples pour chaque catégorie.
Les conditions peuvent prendre la forme de critères de réalisation quantitatifs, de mesures préalables et de repères structurels. En plus du nombre de conditions (c’est-à-dire de la somme des critères de réalisation, des mesures préalables et des repères), nous analysons un indicateur pondéré (conditions pondérées) pour évaluer la dureté des réformes prévues dans le programme. Pour calculer cet indicateur, nous suivons la littérature existante et attribuons plus de poids aux deux premières conditions (mesures préalables et critères de réalisation), qui doivent impérativement être remplies pour que le prêt soit octroyé (Caraway, Rickard, et Anner, 2012). À l’instar de Kentikelenis, Stubbs et King (2016), nous leur affectons un poids deux fois plus grand. En revanche, comme le non-respect des repères ne risque pas d’entraîner une suspension longue de l’aide financière, nous ne leur attribuons qu’un poids unitaire dans l’indicateur du coût de l’ajustement (ibid.)3.
Pour prédire les conditions relatives au marché du travail, nous suivons de nouveau Stubbs et ses coauteurs (2020) et examinons l’interaction entre le nombre moyen de conditions imposées à un pays au cours de la période analysée et les contraintes budgétaires du FMI. En effet, des phénomènes endogènes produisent sans doute des conditions similaires pour tous les pays qui empruntent de façon répétée. De surcroît, le nombre de conditions diminue lorsque les ressources du FMI sont moins sollicitées (le niveau de liquidité est alors plus élevé) et augmente quand elles se raréfient (le niveau de liquidité est plus faible) (Dreher et Vaubel, 2004; Stubbs et al., 2020), l’institution se montrant alors plus parcimonieuse dans l’utilisation de ses moyens et plus exigeante dans l’application des règles (Dreher et Vaubel, 2004). L’interaction entre une variable exogène et une variable endogène donne en principe des résultats exogènes en présence d’hypothèses faibles4. La variable est retardée d’une année, parce que nous postulons que les retombées des réformes du marché du travail ne sont pas immédiates. Il existe une association statistiquement forte entre l’instrument et les conditions dans le jeu de données, même si la significativité substantielle est plus faible que la capacité prédictive de l’instrument de la participation au programme. Pour les tests de robustesse, nous répétons l’analyse sans les instruments en faisant appel à la méthode des moindres carrés ordinaires et à un modèle de l’effet du traitement incluant des effets fixes pays et année (les résultats sont rapportés dans l’annexe 4).
La figure 1 montre que la part des conditions visant le marché du travail dans l’ensemble des exigences auxquelles le FMI subordonne son assistance financière a évolué dans le temps. Après avoir augmenté jusqu’en 2005, elle a régressé à partir de 2006. Cette diminution peut être imputée à la création de l’Independent Evaluation Office, le bureau d’évaluation indépendante, en 2001, et aux vives critiques adressées au FMI pour sa gestion de la crise financière asiatique, à la fin de la décennie 1990. Ces critiques ont apparemment eu une traduction, certes limitée, dans la réalité, sous la forme d’un assouplissement des conditions relatives au marché du travail. Pour tenir compte de cet éventuel impact induit par le FMI et d’autres chocs non observés communs à l’ensemble des pays emprunteurs, nous incluons des effets fixes année. Nous introduisons aussi des effets fixes pays pour prendre en compte les facteurs propres à un pays et invariants dans le temps susceptibles d’influer sur la participation à un programme, sur les conditions visant le marché du travail et sur le taux d’activité des femmes.
Enfin, nous faisons appel à plusieurs indicateurs pour analyser l’impact des réformes du marché du travail sur l’activité des femmes. Les deux premiers sont le taux d’activité féminine, égal au pourcentage de femmes et de filles de plus de 15 ans occupant ou recherchant activement un emploi, et le taux d’activité des adolescentes et des jeunes femmes, mesuré par la proportion d’adolescentes et de jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans exerçant une activité en contrepartie d’un salaire ou d’un bénéfice et participant à la production de biens et services. Ensuite, nous décomposons un peu plus l’échantillon et mesurons les taux d’activité des femmes de 20 à 44 ans et de 45 à 65 ans. Les données utilisées pour calculer ces indicateurs sont issues des indicateurs clés du marché du travail du Bureau international du Travail. Nous nous intéressons également à plusieurs covariables de l’activité des femmes. Toutes nos variables sont retardées d’un an, ce qui nous permet d’isoler des effets indépendants.
La recherche a déjà mis en évidence les retombées négatives d’un ralentissement ou d’une crise économique sur le taux d’activité féminine (Detraz et Peksen, 2016; Erten et Metzger, 2019; Kern, Reinsberg et Lee, 2024; Mathers, 2020). Nous introduisons donc parmi les variables de contrôle le produit intérieur brut (PIB) par habitant et le PIB afin d’isoler l’impact des réformes susceptible de coïncider avec une baisse de la production pendant la mise en œuvre d’une intervention du FMI. Ces deux variables, converties en logarithmes, sont calculées à partir de données provenant des indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale (World Development Indicators – WDI).
Le taux de fécondité est un fort prédicteur de la participation des femmes au marché du travail (Erten et Metzger, 2019; Iversen et Rosenbluth, 2010). Il est égal au nombre moyen d’enfants auxquels une femme en âge de procréer peut avoir donné naissance compte tenu du taux de fécondité moyen mesuré dans le pays et dans sa classe d’âge au cours de l’année considérée. Les données sont issues des WDI.
Le niveau d’études pouvant également jouer un rôle dans la situation professionnelle des femmes, nous en mesurons l’impact en rapportant le nombre moyen d’années de scolarité des femmes de plus de 15 ans (âge considéré comme celui à partir duquel il est possible de travailler) au nombre moyen d’années de scolarité au sein de la population dans son ensemble. Plus le ratio est élevé, plus le niveau d’études des femmes est haut. Les données, extraites des WDI, sont malheureusement peu nombreuses, si bien que nous avons dû éliminer plus de la moitié de l’échantillon dans l’analyse. Pour conserver le plus grand nombre d’observations possibles et garantir la robustesse de nos résultats, nous avons aussi estimé le modèle sans cette variable et avons ajouté celle-ci dans les tests de robustesse. Les résultats sont rapportés à l’annexe 7.
L’urbanisation pourrait être associée à une plus grande présence féminine dans la population active, parce qu’elle atténue l’influence des valeurs traditionnelles sur l’emploi des femmes et augmente les débouchés professionnels, en particulier dans la fonction publique et dans les pôles manufacturiers orientés vers l’exportation (Erten et Metzger, 2019). Elle pourrait cependant aussi avoir l’effet inverse, les femmes étant plus souvent employées dans l’agriculture dans des régions rurales. Nous mesurons son impact, dans un sens ou dans l’autre, en incluant parmi les variables le pourcentage de la population résidant en milieu urbain, calculé à partir de données des WDI.
Nous considérons que les règles officielles relatives à l’égalité entre hommes et femmes pourraient elles aussi jouer un rôle et incluons donc dans notre analyse l’indice «les femmes, l’entreprise et le droit» (Women, Business and the Law – WBL) calculé par la Banque mondiale. Cet indice mesure l’égalité sous l’angle des lois officielles et des débouchés économiques et permet des comparaisons entre pays. Le score, calculé sur 100, est d’autant plus élevé que l’égalité est grande. En 2020, il était de 95,2 pour les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), contre 53 pour les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Les données sont issues des WDI (les statistiques synthétiques de l’ensemble des variables sont présentées à l’annexe 2).
Enfin, la baisse du taux d’activité féminine pourrait être imputée non pas aux réformes du marché du travail imposées par le FMI, mais aux effets persistants des institutions du marché du travail qui étaient en place dans le pays emprunteur avant l’intervention et qui protégeaient peut-être les travailleurs intégrés au détriment des autres (le FMI avance en effet qu’une forte réglementation du marché du travail freine l’activité des femmes et d’autres catégories éloignées de l’emploi). Pour tenir compte de cet argument, nous ajoutons une variable qui représente la réglementation du marché du travail, renseignant sur la rigidité des institutions du marché du travail avant l’intervention du FMI (annexe 1). Nous retardons cette variable d’une année de plus que celle correspondant à la participation à un programme (autrement dit, nous la retardons de deux ans quand la deuxième est retardée d’un an) pour nous assurer qu’elle ne subit pas l’influence des réformes exigées. Plus la valeur est élevée, plus le marché du travail est réglementé. Dans nos tests de robustesse, nous la remplaçons par la variable reflétant le coût du licenciement, également retardée de deux ans, pour tester l’argument selon lequel le coût du licenciement avant la mise en place du programme pourrait être le principal facteur d’explication de la baisse du taux d’activité féminine. Cette variable englobe l’indemnité légale de licenciement et a une valeur élevée quand cette indemnité est plus généreuse. Les données reposent sur l’indice de rigueur de la réglementation établi par le Centre for Business Research (CBR-LRI) et les résultats figurent à l’annexe 9.
Nous examinons également deux mécanismes susceptibles d’expliquer l’incidence des réformes sur le taux d’activité féminine. Le premier est la modification du coût du licenciement consécutive à l’intervention du FMI, qui pourrait agir sur la participation des femmes au marché du travail via une accélération de la rotation de la main-d’œuvre. Le deuxième est la baisse des salaires, qui, d’après la littérature, pourrait dissuader les femmes de chercher à travailler (Winkler, 2022), surtout dans les sociétés patriarcales. Les résultats présentés à l’annexe 8 confortent ceux d’études antérieures, mettant en évidence une relation positive entre les salaires et le taux d’activité des femmes. La variable relative au salaire correspond au salaire ou revenu d’activité annuel par travailleur occupé. Exprimé en indice, il est compris entre 0,016 et 220. Il est calculé à partir des données nationales communiquées au FMI, conservées dans sa base de données des statistiques financières internationales.
4. Constatations empiriques
4.1. Impact des réformes du marché du travail imposées par le FMI
Les résultats de l’analyse économétrique sont présentés dans le tableau 1. D’après le tableau 1, après prise en compte des variables pertinentes, les réformes dictées par le FMI n’entraînent pas de hausse du taux d’activité des femmes et ont même un effet négatif. Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, l’ajout d’une condition induit une diminution de 0,082 point de pourcentage de la participation des femmes au marché du travail (résultat significatif au seuil de 5 pour cent). Le taux d’activité moyen calculé pour l’échantillon s’établissant à 50,24 pour cent, le recul du taux d’activité est de 0,16 pour cent en termes relatifs. La participation des femmes au marché du travail étant encore plus faible dans les pays en développement, l’impact négatif est plus fort. Ainsi, pour un taux d’activité féminine égal à 30 pour cent, la contraction qu’entraîne l’application de cinq mesures relatives au marché du travail est de 0,41 point, ce qui correspond à une baisse de 1,37 pour cent en termes relatifs. Dans un pays comptant 40 millions de femmes par exemple, environ 164 000 d’entre elles cesseraient de travailler ou de chercher un emploi à cause de ces cinq mesures.
Tableau 1. Taux d’activité des femmes et réformes du marché du travail imposées par le FMI
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) | Participation à un programme du FMI | Conditions relatives au marché du travail | |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 1,560 (1,441) |
||
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,0820** (0,0390) |
||
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –0,106* (0,0561) |
0,000307 (0,0306) |
0,00717 (0,0233) |
| PIB (log) (variable retardée) | –2,390 (1,893) |
–1,509** (0,625) |
–1,409*** (0,484) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,0872 (0,700) |
–0,259 (0,238) |
–0,191 (0,173) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans) | –0,428 (0,291) |
0,0310 (0,138) |
–0,0583 (0,103) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,0177 (0,110) |
0,0205 (0,0369) |
–0,0119 (0,0186) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0766* (0,0393) |
–0,00284 (0,0117) |
0,0160 (0,0107) |
| Instrument de la participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,755 (0,500) |
||
| Instrument des conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,973*** (0,315) |
||
| Constante | 72,00 (46,51) |
39,56*** (15,01) |
35,52*** (11,85) |
| Observations | 2 510 | 2 510 | 2 510 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Analyse à variables instrumentales composées dans un modèle à trois équations simultanées; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Nous évaluons également l’impact à plus long terme des réformes, afin de répondre à la thèse selon laquelle leurs bienfaits ne se font sentir qu’avec le temps et qu’une année n’offre pas le recul suffisant. Nous avons donc réalisé des estimations en retardant la variable relative aux conditions de deux années ou plus et observons que l’impact négatif d’une condition supplémentaire reste significatif pendant treize ans.
Nous n’interprétons pas les coefficients des variables de contrôle, des travaux récents montrant de façon convaincante qu’ils dépendent grandement d’autres covariables et ne devraient être interprétés que si toutes ces covariables ont été spécifiées (Hünermund et Louw, 2023). En d’autres termes, nous n’interprétons pas l’effet des variables relatives à la réglementation du marché du travail, parce que l’existence de covariables non spécifiées nous empêche d’isoler leur impact, sauf à spécifier les covariables en question. Pour la même raison, nous renonçons à interpréter les colonnes 2 (participation à un programme du FMI) et 3 (conditions relatives au marché du travail), parce que la spécification de ces modèles ne permet pas d’expliquer quels pays passent un accord avec le FMI ou acceptent les conditions relatives au marché du travail. Nous préférons prendre en compte l’effet de variables qui influent sur l’activité des femmes, par exemple la réglementation du marché du travail ou l’indice WBL dans le processus d’autosélection à l’œuvre concernant la participation à un programme du FMI et les conditions relatives au marché du travail. Cette méthode est un garde-fou, pour le cas où les pays caractérisés par un indice WBL plus élevé seraient plus ou moins susceptibles que les autres de conclure un accord avec le FMI ou d’accepter les conditions visant le marché du travail.
Pour étudier plus précisément le mécanisme expliquant l’impact négatif des réformes sur le taux d’activité des femmes, nous réalisons une analyse de médiation causale au moyen d’un modèle à équations structurelles. Nous faisons appel à deux médiateurs, à savoir le salaire (mesuré par l’indice de salaire retardé) et le coût du licenciement, et estimons l’effet direct des réformes du marché du travail et de la participation à un programme du FMI. Le modèle inclut des effets fixes pays et année, ce qui nous permet d’isoler la variation intrapays entre 1990 et 2014 et de tenir compte des chocs ponctuels et de l’hétérogénéité non observée. Les résultats sont présentés dans le tableau 2.
Tableau 2. Analyse de médiation causale des réformes du marché du travail, de la baisse des salaires, du coût du licenciement et de la participation à un programmes du FMI
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des femmes | Salaire (variable retardée) | Coût du licenciement (variable retardée) | |
| Salaire (variable retardée) | 0,0602*** (0,0125) |
||
| Coût du licenciement (variable retardée) | –11,44*** (0,918) |
||
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | –1,194 (0,929) |
||
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,162 (0,168) |
–2,694*** (0,505) |
–0,0220*** (0,00681) |
| Constante | 50,55*** (1,088) |
77,11*** (1,188) |
0,422*** (0,0160) |
| Observations | 611 | 611 | 611 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Modèle à équations structurelles avec effets fixes pays et année; erreurs types robustes entre parenthèses.
Source: Calculs de l’autrice.
Le tableau 2 démontre l’existence d’une relation forte entre chacun des deux médiateurs et le taux d’activité des femmes. Ce lien est significatif et positif dans le cas de l’indice de salaire, qui, en augmentant de 1 point, fait progresser de 0,06 point de pourcentage la participation des femmes au marché du travail (p < 0,01). Il est en revanche significatif et négatif dans le cas du coût du licenciement, qui, en progressant de 1 point entraîne une baisse de 11,44 points de pourcentage du taux d’activité féminine (p < 0,01). Il semble donc que le salaire et le coût du licenciement soient pour beaucoup dans l’impact des réformes soutenues par le FMI sur la situation professionnelle des femmes.
Autre enseignement du tableau 2: les réformes du marché du travail entraînent une baisse sensible de l’indice de salaire (–2,694, p < 0,01) et du coût du licenciement (–0,022, p < 0,01). L’effet direct des réformes sur la participation des femmes au marché du travail est négatif (–0,162), mais il n’est pas statistiquement significatif une fois les médiateurs inclus. Autrement dit, il est possible que les réformes influent davantage sur le taux d’activité via leur impact sur le coût du licenciement et les salaires que directement. Le coefficient estimé de la participation à un programme du FMI reste négatif (–1,194), mais il n’est pas significatif statistiquement, ce qui laisse penser que la participation seule n’a pas d’impact indépendant sur le taux d’activité des femmes après prise en compte des médiateurs et des réformes.
4.2. Tests de robustesse
Pour vérifier la robustesse de nos constatations, nous faisons appel à d’autres spécifications, à d’autres variables dépendantes et à une analyse de médiation causale supplémentaire; nous procédons également à un test placebo et à un test de sensibilité au moyen d’une analyse par imputation multiple.
Nous estimons en premier lieu une régression par les moindres carrés ordinaires incluant des effets fixes en panel, ainsi qu’un modèle de l’effet du traitement dans lequel la décision de participer à un programme du FMI repose sur des variables telles que le PIB, le PIB par habitant, la balance des paiements courants (en pourcentage du PIB) et la participation répétée à des programmes du FMI. S’agissant de l’emploi et du taux d’activité des femmes, les covariables sont les mêmes (les résultats sont présentés à l’annexe 4). L’estimation de ces modèles supplémentaires confirme que les conditions relatives au marché du travail entraînent une baisse du taux d’activité des femmes. En réalité, la significativité, statistique comme substantielle, est même plus forte.
Deuxièmement, pour distinguer l’incidence des réformes du marché du travail de celle d’autres mesures susceptibles d’avoir des retombées négatives, nous nous intéressons aux conditions concernant les privatisations et les politiques sociales, en utilisant la même procédure de pondération que pour celles relatives au marché du travail (à savoir que les critères de réalisation et les mesures préalables ont un poids plus grand que les repères). Les données sont issues de Kentikelenis et Stubbs (2023). Les résultats (annexe 6) révèlent que ni les privatisations ni les mesures de politique sociale n’entraînent une baisse statistiquement significative du taux d’activité des femmes, ce qui conforte l’idée que cette baisse est imputable aux réformes visant le marché du travail.
Troisièmement, pour tester l’effet placebo, nous remplaçons les conditions relatives au marché du travail par des conditions concernant la politique budgétaire, et constatons que celles-ci ne sont pas associées à une moindre participation des femmes au marché du travail. Quatrièmement, nous nous penchons sur la thèse selon laquelle les conditions visant le marché du travail pourraient, par l’intermédiaire des mesures portant sur le travail à temps partiel et les contrats temporaires, favoriser l’emploi des filles et des femmes âgées de 15 à 24 ans comparativement aux générations plus âgées. Nous mettons certes en évidence un léger effet positif des réformes dans cette tranche d’âge, mais cet effet n’est pas statistiquement significatif (annexe 3).
Nous répondons aussi à l’argument selon lequel les réformes du marché du travail voulues par le FMI auraient également des répercussions négatives sur l’activité masculine, auquel cas leur impact ne varierait pas selon le genre. Or nous observons que, même s’il existe effectivement un effet négatif, cet effet n’est pas statistiquement significatif (p = 0,437). Qui plus est, la significativité substantielle est également nettement plus faible que celle observée pour les femmes, une condition supplémentaire faisant régresser le taux d’activité des hommes de 0,03 point de pourcentage, contre plus de 0,08 point pour les femmes (annexes 9 et 10). Le FMI soutient que les mesures de flexibilité du marché du travail qu’il impose améliorent l’intégration au marché du travail de groupes qui en sont éloignés, comme les femmes. En tout état de cause, même si les hommes étaient autant pénalisés que les femmes, nos résultats ne confirmeraient pas cette allégation dans le cas des femmes.
Enfin, pour traiter le problème des données manquantes, en particulier dans le cas des indicateurs se rapportant à l’emploi, nous procédons à une analyse par imputation multiple qui confirme l’impact négatif des réformes du marché du travail sur le taux d’activité féminine (les résultats figurent à l’annexe 12). Une condition supplémentaire est associée à un recul de 0,111 point en moyenne de la participation des femmes au marché du travail, toutes choses égales par ailleurs et compte tenu d’effets fixes pays et année.
Toutefois, les pays de l’échantillon pour lesquels des données sont manquantes présentent certains points communs – ils ont par exemple un PIB nettement plus élevé et accordent davantage de droits aux femmes d’après l’indice WBL –, ce qui signifie que les résultats sont surtout représentatifs des pays à revenu intermédiaire et à revenu élevé et qu’il faut faire preuve de prudence avant d’en tirer des conclusions pour les pays à faible revenu ou les États plus fragiles. Il pourrait être envisagé, dans le cadre de travaux ultérieurs, de s’appuyer sur des données plus complètes pour mieux tenir compte de la situation des pays plus pauvres ou dotés d’institutions plus faibles.
5. Conclusions
Dans cet article, nous avons cherché à savoir si, comme l’allègue le FMI, la flexibilité qu’entraînent les réformes du marché du travail qu’il préconise favorise l’entrée dans la population active de catégories habituellement éloignées de l’emploi comme les femmes et les jeunes. Nous invalidons cette thèse, en montrant que, dans l’ensemble, ces réformes vont de pair avec un recul de la participation des femmes au marché du travail, en particulier lorsqu’elles induisent une baisse des salaires. À cet égard, des forces patriarcales pourraient être à l’œuvre, les hommes dissuadant les femmes de la famille de travailler à l’extérieur quand la rémunération est faible (Evans, 2022). Il est aussi possible que les femmes elles-mêmes jugent le salaire trop faible pour justifier la «double charge» que représente le cumul d’une activité professionnelle et du travail au foyer (Hochschild et Machung, 2012). En revanche, la baisse du coût du licenciement peut temporairement faciliter l’accès des femmes à l’emploi. Nous contribuons à enrichir l’état de l’art, parce que nous étudions si les réformes du marché du travail voulues par le FMI ont des conséquences différentes pour les hommes et pour les femmes et isolons les mécanismes par l’intermédiaire desquels elles influent sur l’activité féminine (en l’occurrence, la baisse des salaires et le coût du licenciement).
À l’avenir, il faudrait examiner de près les retombées à long terme de la réduction du coût du licenciement, parce que, à plus longue échéance, une moindre réglementation du marché du travail est susceptible de peser sur les salaires et, par conséquent, de dissuader les femmes de travailler. Il pourrait aussi être envisagé d’explorer plus précisément les mécanismes qui lient baisse des salaires et recul du taux d’activité des femmes, en distinguant l’influence du patriarcat des décisions des femmes elles-mêmes. Des méthodes qualitatives, telles que des entretiens et des groupes de discussion, pourraient apporter un éclairage sur ces aspects.
Enfin, le FMI s’efforce depuis peu de faire du genre une dimension transversale de ses activités d’assistance financière, de surveillance et de renforcement des capacités. De futurs travaux pourraient être consacrés à l’impact de l’équipe chargée des questions de genre, instituée en 2022, sur l’effet différencié selon le genre des programmes du FMI en général et des réformes du marché du travail en particulier. À l’avenir, cette instance pourrait veiller à ce que les réformes du marché du travail exigées permettent d’éliminer les inégalités entre hommes et femmes imputables au patriarcat et à la double charge subie par les femmes.
Notes
- Dans le cadre de ses activités de surveillance et de suivi, le FMI organise des consultations régulières avec ses États membres au sujet de leurs indicateurs macroéconomiques. ⮭
- Il faut cependant faire preuve de prudence pour ce qui est de l’impact à long terme de la baisse du coût du licenciement. La partie 2 aborde les conséquences que peut avoir le fait de travailler durablement dans le cadre de contrats temporaires. ⮭
- L’indicateur pondéré des réformes du marché du travail pour le pays j et l’année t peut s’écrire: indicateur pondéré des réformes du marché du travail j, t = [(mesures préalables x 2) + (critères de réalisation x 2) + repères]. ⮭
- Pour de plus amples informations, voir Stubbs et al. (2020). ⮭
Remerciements
Nous tenons à remercier pour leurs suggestions et commentaires précieux sur de précédentes versions de cet article Anna Minasyan et Bernhard Reinsberg, les participants à l’atelier organisé par le Conseil académique sur le système des Nations Unies à Londres en juin 2022 (et en particulier Rod Abouharb et Inken von Borzyskowski), les participants à l’International Political Economy Colloquium qui s’est tenu à l’Université de Groningue (en particulier Donya Ahmadi, Malcolm Campbell-Verduyn, Gregory Fuller, Herman Hoen, Lukas Linsi et Caitlin Ryan), ainsi que les personnes qui ont assisté au European and Global Governance Colloquium, qui a eu lieu à l’Erasmus University Rotterdam (Geske Dijkstra, Clara Egger, Markus Haverland, Michal Onderco, Stefano Scibilia, Pieter Tuytens et Asya Zhelyazkova).
Conflits d’intérêts
Les auteurs n’ont pas d’intérêts concurrents à déclarer.
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Annexe 1. Indicateurs inclus dans la variable relative à la réglementation du marché du travail
Durée maximale des contrats à durée déterminée
Majorations pour heures supplémentaires
Plafond des heures supplémentaires
Temps de travail journalier maximal
Délai de préavis légal
Indemnité de licenciement légale
Ancienneté minimale requise pour pouvoir engager une action pour licenciement abusif
Existence de conditions de fond prévues par la loi en matière de licenciement
Extension des conventions collectives
Grèves (prend la valeur 1 si les grèves ne sont pas autorisées et la valeur 0 si elles le sont)
Annexe 2. Statistiques synthétiques
Statistiques synthétiques – tableau 1
| Variable | Observations | Moyenne | Écart type | Min. | Max. |
| Taux d’activité des femmes | 2 510 | 49,798 | 14,558 | 10,041 | 85,03 |
| Participation à un programme du FMI | 2 508 | 0,303 | 0,46 | 0 | 1 |
| Conditions relatives au marché du travail | 2 510 | 0,562 | 2,001 | 0 | 26 |
| PIB par habitant (log) | 2 510 | 8,261 | 1,667 | 1,792 | 11,861 |
| PIB (log) | 2 510 | 25,789 | 1,728 | 21,207 | 30,535 |
| Taux de fécondité total | 2 510 | 2,885 | 1,549 | 1,078 | 7,208 |
| Réglementation du marché du travail | 2 447 | 5,259 | 1,407 | 1,21 | 7,8 |
| Population urbaine | 2 510 | 58,408 | 22,576 | 8,49 | 100 |
| Indice WBL | 2 510 | 67,049 | 18,312 | 22,5 | 100 |
Statistiques synthétiques – tableau 2
| Variable | Observations | Moyenne | Écart type | Min. | Max. |
| Indice de salaire | 611 | 75,737 | 29,356 | 0,024 | 186,795 |
| Coût du licenciement | 611 | 0,411 | 0,39 | 0 | 1 |
Statistiques descriptives – annexe 10
| Variable | Observations | Moyenne | Écart type | Min. | Max. |
| Taux d’activité des hommes | 2 421 | 73,609 | 8,258 | 48,749 | 96,067 |
Statistiques descriptives du modèle de l’effet du traitement – annexe 4
| Variable | Observations | Moyenne | Écart type | Min. | Max. |
| PIB par habitant (log) | 2 067 | 7,117e+11 | 1,843e+12 | 1,761e+09 | 1,781e+13 |
| PIB (log) | 2 067 | 10335,153 | 13681,344 | 15 | 141635 |
| Balance des paiements courants (pourcentage du PIB) | 2 067 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Participation répétée à des programmes du FMI | 2 067 | 1,588 | 1,918 | 0 | 5 |
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 3. Taux d’activité des filles et des femmes
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des filles et des femmes (15-24 ans) | Participation à un programme du FMI | Conditions relatives au marché du travail | |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 1,680 (1,081) |
||
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
0,0157 (0,0814) |
||
| Instrument de la participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,601 (0,437) |
||
| PIB par habitant (variable retardée) | 0,133 (0,107) |
0,00134 (0,0310) |
0,00639 (0,0230) |
| PIB (variable retardée) | 2,374 (2,648) |
–1,751*** (0,554) |
–1,402*** (0,483) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,259 (1,282) |
–0,217 (0,227) |
–0,184 (0,170) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans) | 0,377 (0,570) |
0,0294 (0,142) |
–0,0605 (0,103) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,0706 (0,157) |
0,00897 (0,0328) |
–0,0113 (0,0184) |
| Indice WBL (variable retardée) | –0,0558 (0,0574) |
–0,00264 (0,0115) |
0,0159 (0,0107) |
| Instrument des conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,916*** (0,287) |
||
| Constante | –29,89 (67,69) |
45,09*** (13,59) |
35,32 (11,84) |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
| Observations | 2 510 | 2 510 | 2 510 |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Analyse à variables instrumentales composées dans un modèle à trois équations simultanées; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 4. Tests de robustesse: régression par les moindres carrés ordinaires (MCO) et modèle de l’effet du traitement
Tableau A4.1. Régression par les MCO avec effets fixes en panel
| Variables | 1 |
| Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) | |
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,0979*** (0,0355) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,0726*** (0,0249) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,698*** (0,193) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,128*** (0,0101) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans) | –0,365*** (0,124) |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 0,540*** (0,177) |
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –0,0863* (0,0468) |
| PIB (log) (variable retardée) | –0,842*** (0,322) |
| Constante | 63,32*** (7,720) |
| Observations | 2 617 |
| Nombre de pays | 109 |
| R² | 0,121 |
| Effets fixes pays | OUI |
| Effets fixes année | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Régression par les MCO sur données de panel avec effets fixes pays et année; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Tableau A4.2. Modèle de l’effet du traitement et taux d’activité des femmes
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) | Participation à un programme du FMI | Risque | |
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,0956*** (0,0350) |
||
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,734*** (0,234) |
||
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0498*** (0,0123) |
||
| Réglementation du marché du travail (variable retardée) | –0,422*** (0,143) |
||
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 1,183*** (0,279) |
||
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –1,68e–05 (1,08e–05) |
||
| PIB (log) (variable retardée) | –0* (0) |
||
| Balance des paiements courants (variable retardée) (en pourcentage du PIB) | 9,054e+07 (7,796e+07) |
||
| Participation répétée à des programmes du FMI (variable retardée) | 0,717*** (0,0437) |
||
| Lambdaa | –0,624*** (0,194) |
||
| Constante | 17,61*** (1,890) |
–1,683** (0,669) |
|
| Observations | 2 067 | 2 067 | 2 067 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent. a Dans le modèle 3, le coefficient de lambda est égal à –0,624 (p < 0,01). Il est donc négatif et significatif, ce qui indique que les pays qui ont une plus forte probabilité prédite de participer à un programme du FMI se caractérisent généralement par un taux d’activité féminine plus faible que s’il y avait sélection aléatoire. Autrement dit, le lambda négatif signifie que la participation à un programme n’est pas le résultat d’une sélection aléatoire et qu’elle est liée à des facteurs non observés influant également sur la participation des femmes au marché du travail.
Notes: Modèle de l’effet du traitement avec effets fixes pays et année dans l’équation de traitement et dans l’équation de résultat, estimé en deux étapes avec erreurs types robustes; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 5. Instruments de la participation à un programme du FMI et des conditions relatives au marché du travail
Annexe 6. Conditions relatives aux privatisations et aux politiques sociales et taux d’activité des femmes
| Variables | 1 | 2 |
| Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) | Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) | |
| Conditions relatives aux privatisations (variable retardée) | 0,0451 (0,0417) |
|
| Conditions relatives aux politiques sociales (variable retardée) | –0,0471 (0,0762) |
|
| Population urbaine (variable retardée) | 0,0225 (0,0253) |
0,0237 (0,0253) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,0937 (0,206) |
–0,0969 (0,206) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0738*** (0,0118) |
0,0741*** (0,0118) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans). | –0,389*** (0,123) |
–0,383*** (0,123) |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 0,279 (0,172) |
0,336** (0,170) |
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –0,109** (0,0464) |
–0,107** (0,0464) |
| PIB (log) (variable retardée) | –2,816*** (0,419) |
–2,875*** (0,419) |
| Constante | 116,2*** (10,65) |
81,91*** (10,28) |
| Observations | 2 617 | 2 617 |
| R² | 0,149 | |
| Nombre de pays | 109 | 109 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Régression par les MCO sur données de panel avec effets fixes; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 7. Réformes du marché du travail et taux d’activité des femmes, avec ajout de la variable relative au niveau d’études
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des femmes | Participation à un programme du FMI | Conditions relatives au marché du travail | |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,335 (3,367) |
||
| Conditions pondérées relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,285** (0,118) |
||
| Instrument de la participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,181 (1,762) |
||
| Niveau d’études des femmes (en pourcentage du total) (variable retardée) | –0,712 (1,162) |
3,112 (2,365) |
0,327 (0,224) |
| PIB par habitant (variable retardée) | –0,169 (0,158) |
0,131 (0,102) |
–0,0879 (0,0798) |
| PIB (variable retardée) | –1,171 (3,140) |
–3,074 (2,154) |
–0,415 (0,634) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | 0,600 (0,885) |
0,0614 (0,629) |
–0,269 (0,313) |
| Coût du licenciement (variable retardée) | –1,338 (1,546) |
0,390 (1,397) |
–0,490 (0,654) |
| Population urbaine (variable retardée) | –0,00835 (0,137) |
0,0148 (0,120) |
–0,0529 (0,0483) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0697 (0,0477) |
0,00118 (0,0233) |
0,0389* (0,0214) |
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,388 (0,676) |
||
| Constante | 40,53 (77,81) |
73,25 (51,87) |
12,56 (15,47) |
| Observations | 393 | 393 | 393 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 8. Relation positive entre hausse de salaire et taux d’activité des femmes
| Variables | Taux d’activité des femmes |
| Variation, en pourcentage, du salaire du marché du travail (variable retardée) |
0,0436*** (0,00531) |
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –0,115 (0,0831) |
| PIB (log) (variable retardée) | 3,311*** (0,946) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | 0,787 (0,543) |
| Coût du licenciement (variable retardée) | –5,683*** (0,864) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,263*** (0,0533) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,150*** (0,0255) |
| Constante | –65,69*** (23,43) |
| Observations | 579 |
| Nombre de pays | 33 |
| R² | 0,323 |
| Effets fixes pays | OUI |
| Effets fixes année | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Régression par les MCO sur données de panel avec effets fixes; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 9. Impact des réformes du marché du travail imposées par le FMI sur le taux d’activité des femmes: modèle incluant le coût du licenciement
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des femmes | Participation à un programme du FMI (variable retardée) | Conditions relatives au marché du travail | |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 1,540 (1,448) |
||
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,0826** (0,0396) |
||
| PIB par habitant (variable retardée) | –0,107* (0,0581) |
0,00286 (0,0300) |
0,00962 (0,0249) |
| PIB (variable retardée) | –2,235 (1,928) |
–1,505** (0,646) |
–1,439*** (0,472) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,00963 (0,699) |
–0,234 (0,243) |
–0,167 (0,173) |
| Coût du licenciement (variable retardée) | –2,340** (1,118) |
0,438 (0,643) |
–0,0295 (0,424) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,0117 (0,111) |
0,0198 (0,0380) |
–0,0104 (0,0186) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0727* (0,0383) |
–0,00266 (0,0117) |
0,0155 (0,0104) |
| Instrument de la participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,700 (0,509) |
||
| Instrument des conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,967*** (0,315) |
||
| Constante | 67,66 (47,62) |
39,16** (15,38) |
35,91*** (11,49) |
| Observations | 2 528 | 2 528 | 2 528 |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Analyse à variables instrumentales composées dans un modèle à trois équations simultanées; erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 10. Impact des réformes du marché du travail imposées par le FMI sur le taux d’activité des hommes: modèle n’incluant pas le coût du licenciement
| Variables | 1 | 2 | 3 |
| Taux d’activité des hommes (en pourcentage de la population masculine) | Participation à un programme du FMI | Conditions relatives au marché du travail | |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,0400 (0,355) |
||
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,0293 (0,0377) |
||
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | 0,00302 (0,0292) |
0,000808 (0,0310) |
0,00658 (0,0231) |
| PIB (log) (variable retardée) | 0,614 (1,353) |
–1,744*** (0,550) |
–1,404*** (0,483) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,130 (0,565) |
–0,215 (0,226) |
–0,185 (0,171) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans) | –0,347 (0,259) |
0,0243 (0,143) |
–0,0599 (0,103) |
| Population urbaine (variable retardée) | –0,0485 (0,0773) |
0,00915 (0,0326) |
–0,0115 (0,0184) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,0202 (0,0213) |
–0,00280 (0,0114) |
0,0159 (0,0107) |
| Instrument de la participation à un programme du FMI (variable retardée) | –0,620 (0,438) |
||
| Instrument des conditions relatives au marché du travail (variable retardée) | –0,929*** (0,296) |
||
| Constante | 65,26** (33,23) |
44,95*** (13,49) |
35,37*** (11,84) |
| Observations | 2 510 | 2 510 | 2 510 |
| Effets fixes pays | OUI | OUI | OUI |
| Effets fixes année | OUI | OUI | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Erreurs types robustes entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.
Annexe 11. Catégories de réformes du marché du travail
| Catégorie | Description et exemples |
| Suppression d’emplois dans la fonction publique | Compression d’effectifs, départs en retraite volontaires ou accompagnés, définition d’objectifs de réduction des effectifs de la fonction publique |
| Maîtrise de la masse salariale et réforme de la rémunération | Plafonds de salaire, gels de salaire, suppression de primes, nouvelles grilles de salaire, évaluation des performances, rémunération au mérite, régimes de rémunération à la performance |
| Réforme du système de retraite | Modification du système de retraite et des prestations |
| Prestations de sécurité sociale et allocations familiales | Coupes dans les prestations de sécurité sociale, les aides financières et les prestations familiales |
| Maîtrise et gel des embauches | Suspension des recrutements, limites au recrutement de personnel dans l’éducation et la santé |
| Négociations collectives et dialogue tripartite | Modification des institutions de la négociation collective, des conseils salariaux, des négociations entre employeurs et salariés et des pactes sociaux |
| Assouplissement de l’embauche et du licenciement | Contrats à durée déterminée, flexibilité du marché, modification des règles relatives à l’embauche et au licenciement |
Annexe 12. Analyse par imputation multiple – taux d’activité des femmes
| Variables | Taux d’activité des femmes (en pourcentage de la population féminine) |
| Participation à un programme du FMI (variable retardée) | 0,489** (0,177) |
| Conditions relatives au marché du travail (variable retardée) |
–0,111*** (0,035) |
| PIB par habitant (log) (variable retardée) | –0,087* (0,047) |
| PIB (log) (variable retardée) | –0,792** (0,329) |
| Taux de fécondité (variable retardée) | –0,702*** (0,196) |
| Réglementation du marché du travail (variable retardée de deux ans) | –0,388*** (0,123) |
| Population urbaine (variable retardée) | 0,074*** (0,026) |
| Indice WBL (variable retardée) | 0,125*** (0,010) |
| Constante | 62,340*** (7,891) |
| Observations | 2 508 |
| Effets fixes pays | OUI |
| Effets fixes année | OUI |
-
* Statistiquement significatif au seuil de 10 pour cent. ** Statistiquement significatif au seuil de 5 pour cent. *** Statistiquement significatif au seuil de 1 pour cent.
Notes: Erreurs types entre parenthèses. WBL (Women, Business and the Law) = indice «les femmes, l’entreprise et le droit».
Source: Calculs de l’autrice.

