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The Informal Sector in Ecuador: Artisans, Entrepreneurs and Precarious Family Firms, Alan Middleton.

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    The Informal Sector in Ecuador: Artisans, Entrepreneurs and Precarious Family Firms, Alan Middleton.

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Publié le
2025-12-04

Cette note de lecture est également disponible en anglais (International Labour Review, vol. 164, no 4) et en espagnol (Revista Internacional del Trabajo, vol. 144, no 4). Traduit par Alexia Auzière.

                                                                                                                               

Nous avons affaire à une étude très singulière – et sans doute unique en son genre – de l’économie informelle. Dans cette analyse de longue durée (près de cinquante ans) riche en enseignements, Alan Middleton étudie l’évolution des scénarios économiques sur cette période et examine autant qu’il critique les travaux antérieurs sur le sujet, notamment les simplifications excessives auxquelles ont parfois succombé un certain nombre d’organisations internationales, dont la Banque mondiale, l’Organisation internationale du Travail (OIT) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Certains travaux consacrés à l’économie informelle et à sa place dans l’économie au sens large se sont révélés plus pertinents que d’autres. Il existe toujours deux types de difficultés qui tiennent aux interactions entre développement de l’informalité et de l’économie et à la compréhension des dynamiques suivies par différents groupes d’entreprises informelles. Comme on peut s’y attendre s’agissant d’un secteur objet de tant de désaccords et étudié selon des angles si variés, la définition même de l’économie informelle reste débattue. Il peut être utile de garder à l’esprit plusieurs définitions, comme le fait l’auteur pour introduire l’analyse qu’il consacre aux artisans. L’Équateur est une petite économie qui dépend depuis toujours d’un seul produit d’exportation (autrefois les bananes, aujourd’hui le pétrole) et où les phases macroéconomiques se sont succédé à un rythme soutenu durant la période considérée, caractéristiques qui en font un intéressant cas d’étude. Dans le même temps, la taille et la composition du secteur de l’artisanat ont également évolué. Dans son analyse, l’auteur s’intéresse aussi, entre autres, aux tendances qui ont structuré l’organisation politique de différents groupes et sous-groupes, et au degré d’indépendance ou de subordination entre eux.

L’auteur mobilise de façon constructive plusieurs grilles d’analyse de l’action publique: le paradigme néolibéral, le concept de «main-d’œuvre excédentaire» que l’on retrouve dans le modèle élaboré par W. Arthur Lewis1, mais aussi des thèses progressistes généralement plus favorables aux groupes à bas revenus. Il critique à juste titre la croyance véhiculée par les imprécisions et les raccourcis de l’approche néolibérale poussée à son paroxysme, qui veut que, tant que cette stratégie sera maintenue, «tout ira bien à tous points de vue». L’auteur aurait, à mon sens, pu s’attarder davantage sur le concept de main-d’œuvre excédentaire, dont les principaux contributeurs sont de fins connaisseurs des théories du développement. Middleton fait remarquer que la taille du secteur informel en Équateur – comme dans beaucoup d’autres pays – n’a pas diminué aussi rapidement que le prédisaient, ou l’espéraient, certains tenants de ce modèle, même si, il faut le souligner, cela a été le cas dans des pays bénéficiant d’une croissance et d’une création d’emplois plus dynamiques (à commencer par certains pays d’Asie de l’Est au succès économique fulgurant). Cependant, il aurait pu être utile de se concentrer davantage sur les analyses plus approfondies exposées dans les travaux de chercheurs comme Guillermo E. Perry et ses coauteurs2 et William F. Maloney3.

L’une des principales réflexions développées par Middleton porte sur la différence entre les entreprises capitalistes et les entreprises non capitalistes, ces dernières se caractérisant par des liens sociaux et familiaux plus étroits qui aboutissent à des types de comportement différents4. Selon la théorie néolibérale – et c’est là l’une de ses erreurs –, les propriétaires d’entreprises familiales sont uniquement mus par le profit et bénéficient naturellement des politiques néolibérales, puisque la réglementation est préjudiciable en ce qu’elle fausse presque toujours le marché. Middleton critique cette position (p. 83): «[l]orsque les individus s’identifient à leur travail, lorsqu’ils le jugent motivant, qu’ils y trouvent un sens intrinsèque et que les résultats leur procurent une forme de fierté, ils ont tendance à accorder moins d’importance aux gratifications matérielles». Qui plus est, toutes ces entreprises ne visent pas la croissance.

Très peu d’études se sont attachées à suivre sur un temps aussi long et avec autant de détails l’évolution du secteur artisanal informel, où Middleton distingue les entreprises familiales, les travailleurs à domicile et les entreprises à domicile. Entre 1975 et 2015, soit quarante ans seulement, la composition du secteur artisanal à Quito a changé de manière stupéfiante. Les nombreux entretiens réalisés au fil des années révèlent beaucoup d’éléments intéressants, et aident ce faisant à se prémunir des biais menant aux simplifications excessives qu’ont pu formuler certains acteurs engoncés dans leur idéologie, et très éloignés du terrain et de ses nuances. Ils soulèvent des questions sur les structures de marché au sein desquelles travaillent les artisans (souvent une concurrence monopolistique, là où, à l’inverse, la pensée néolibérale suppose implicitement que tous les acteurs économiques évoluent dans un modèle de concurrence pure et parfaite). Ces mêmes entretiens mettent en évidence l’existence des relations avec les clients et de liens globalement limités entre le secteur formel et le secteur informel. L’auteur apporte aussi un éclairage très intéressant sur les principales difficultés que les artisans estimaient avoir à surmonter, et sur leur évolution au fil du temps. Ainsi, en 1975, ces derniers avaient avant tout besoin de capital; autour de 1982, leurs principales préoccupations portaient sur l’aide gouvernementale et sur les erreurs de gestion, tandis qu’en 1995, dans le sillage de l’ouverture de l’économie, ce sont les problématiques liées à la demande qui les inquiétaient le plus. L’ouvrage est également une mine d’informations pour qui souhaite connaître les événements qui agitaient alors la vie économique, et savoir comment ce secteur a réussi à s’organiser alors qu’il en était réputé incapable – sur la base d’une idée reçue, car, en réalité, les relations sociales des artisans hors lieu de travail existaient déjà au Moyen Âge. Au fil des années, des entreprises très variées se sont affrontées pour prendre la tête d’une alliance des artisans d’Équateur, même si aucun groupe ne s’est jamais battu pour être leur champion attitré.

Quant à la microfinance, Middleton y est plutôt défavorable. Les défenseurs les plus simplistes de ce mode de financement partagent avec leurs homologues néolibéraux une tendance à l’exagération des bénéfices potentiels, même si eux regardent directement le bien-être des groupes aux revenus les plus faibles. Le principe de la microfinance étant de proposer des prêts sur de courtes échéances et à taux annualisé élevé, ses créateurs cherchaient à répondre aux besoins des vendeurs ambulants et d’autres métiers semblables et non à ceux d’un groupe comme celui que forment les artisans bien établis. Des auteurs comme Milford Bateman, que Middleton cite fréquemment, critiquent ce que l’on pourrait appeler un modèle de microfinance caricatural et excessivement réducteur. Cette critique, cependant, n’invalide pas le succès de ce dispositif dans le contexte prévu par ses inventeurs. Diverses études empiriques ont d’ailleurs montré que la microfinance peut bel et bien produire des résultats positifs non négligeables. Si Middleton doute, probablement à juste titre, de la capacité de la microfinance à améliorer le sort des groupes qu’il analyse, il n’en reconnaît pas moins qu’elle constitue un appréciable substitut aux prêts proposés par les requins de la finance.

Adam Middleton signe donc un ouvrage reposant sur un corpus d’informations d’une richesse peu commune dont il a su tirer tous les enseignements qu’il pouvait fournir.

Albert Berry

Université de Toronto

Notes

  1. W. Arthur Lewis, «Economic Development with Unlimited Supplies of Labour», Manchester School, vol. 22, no 2 (1954): 139-191. https://doi.org/10.1111/j.1467-9957.1954.tb00021.x.
  2. Guillermo E. Perry, William F. Maloney, Omar S. Arias, Pablo Fajnzylber, Andrew D. Mason et Jaime Saavedra-Chanduvi, Informality: Exit and Exclusion (2007), Washington DC, Banque mondiale.
  3. William F Maloney, «Informality Revisited», World Development, vol. 32, no 7 (2004): 1159-1178 https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2004.01.008.
  4. Il convient de noter que les petites exploitations agricoles constituent, à bien des égards, un type d’entreprise parallèle.