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<journal-title>Revue internationale du Travail</journal-title>
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<subject>Exploration</subject>
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<article-title>Droit du travail et dette de vie Discours de r&#233;ception du Bob Hepple Award for Lifetime Achievement in Labour Law 2025</article-title>
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<contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0000-0001-6086-6939</contrib-id>
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<surname>Supiot</surname>
<given-names>Alain</given-names>
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<aff id="aff-1"><label>1</label>Professeur &#233;m&#233;rite au Coll&#232;ge de France, International Fellow of The British Academy</aff>
<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2026-01-27">
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<copyright-statement>&#x00A9; Auteur(s), 2026. Compilation des articles. &#x00A9; Organisation internationale du Travail, 2026.</copyright-statement>
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<license license-type="open-access" xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">
<license-p>Cet article est en libre acc&#232;s, distribu&#233; selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0), qui permet une utilisation, distribution et reproduction sans restriction sur tout support, &#224; condition que l&#8217;auteur original et la source soient cr&#233;dit&#233;s. Voir <uri xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</uri>. Les articles de la <italic>Revue</italic> sont index&#233;s dans <uri xlink:href="https://labordoc.ilo.org/discovery/search?vid=41ILO_INST:41ILO_V2&amp;lang=fr">Labordoc</uri>, la base de donn&#233;es bibliographique du Bureau international du Travail. Pour un compl&#233;ment d&#8217;information sur l&#8217;OIT et ses publications, veuillez consulter le site de l&#8217;Organisation, &#224; l&#8217;adresse <uri xlink:href="https://www.ilo.org">www.ilo.org</uri>.</license-p>
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<p>Ce texte, qui a servi de base au discours prononc&#233; en anglais &#224; Bangkok le 29 juin 2025, est &#233;galement disponible en anglais (<italic>International Labour Review</italic>, vol. 165, n<sup>o</sup> 1) et en espagnol (<italic>Revista Internacional del Trabajo</italic>, vol. 145, n<sup>o</sup> 1).</p>
<p><styled-content style="margin-top:3.3em;margin-bottom:0.3em;border-bottom:5px solid;width:120%;">&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;</styled-content></p>
<p>Monsieur le pr&#233;sident,</p>
<p>Chers membres du comit&#233; d&#8217;organisation,</p>
<p>Cher Supryia Routh et ch&#232;re Judy Fudge,</p>
<p>Chers coll&#232;gues,</p>
<p>Nulle reconnaissance ne pouvait me toucher davantage que la v&#244;tre. La <italic>Res publica academica</italic> &#8211; la chose publique acad&#233;mique &#8211; est en effet celle &#224; laquelle je suis le plus profond&#233;ment attach&#233;. Cette r&#233;publique transcende les nations, les sexes et les g&#233;n&#233;rations, car ses membres se reconnaissent &#224; leur commun effort pour mieux comprendre le monde. Plus qu&#8217;&#224; des lois, elle ob&#233;it &#224; des rituels qui, depuis l&#8217;initiation de la jeunesse jusqu&#8217;&#224; la comm&#233;moration des anc&#234;tres, marquent les &#233;tapes de la vie de ceux qui &#339;uvrent ainsi au progr&#232;s et &#224; la transmission des connaissances<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref>. La remise du prix Bob Hepple est un de ces rituels. Elle entretient la m&#233;moire de ce grand savant en marquant l&#8217;ach&#232;vement des travaux de certains de ceux qui lui ont succ&#233;d&#233;. Au regard des &#233;minentes personnalit&#233;s qui l&#8217;ont re&#231;u avant moi, je doute fort de le m&#233;riter, mais suis grandement honor&#233; de le recevoir &#224; mon tour, quarante-six ans jour pour jour apr&#232;s avoir soutenu ma th&#232;se de doctorat &#224; l&#8217;Universit&#233; de Bordeaux.</p>
<p>&#192; l&#8217;issue de chacune des deux guerres mondiales, les nations du monde, constatant &#171;qu&#8217;une paix universelle et durable ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la base de la justice sociale&#187;<xref ref-type="fn" rid="n2">2</xref>, se sont efforc&#233;es d&#8217;&#233;difier &#224; cette fin un nouvel ordre mondial en se fixant des r&#232;gles communes et en promouvant la coop&#233;ration entre &#201;tats &#233;galement souverains. &#192; ce projet d&#8217;un &#171;ordre mondial&#187;, la r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale a substitu&#233; celui d&#8217;un &#171;ordre global&#187;, qui promeut au contraire la comp&#233;tition de tous contre tous et soumet les &#201;tats &#224; la souverainet&#233; du March&#233;. Les juristes sont les gardiens d&#8217;un minimum de rigueur terminologique et doivent distinguer soigneusement ces projets de mondialisation et de globalisation, car ils sont en tous points oppos&#233;s<xref ref-type="fn" rid="n3">3</xref>.</p>
<p>Le mot anglais <italic>world</italic> et le mot fran&#231;ais &#171;monde&#187; ont un m&#234;me sens &#233;tymologique: celui d&#8217;un espace-temps rendu habitable aux hommes par leur travail et leur coop&#233;ration<xref ref-type="fn" rid="n4">4</xref>. Les conditions physiques, climatiques, historiques et culturelles de cette habitation de la Terre sont extr&#234;mement vari&#233;es, en sorte que l&#8217;humanit&#233; se pr&#233;sente comme une mosa&#239;que de soci&#233;t&#233;s ayant chacune leur propre &#171;esprit des lois&#187;. Ces soci&#233;t&#233;s peuvent se combattre ou s&#8217;entraider, mais de nos jours elles ne peuvent plus s&#8217;ignorer, car leur interd&#233;pendance &#233;cologique et technologique ne cesse de cro&#238;tre. &#171;Faire monde&#187; &#224; l&#8217;&#233;chelle de la plan&#232;te consiste &#224; promouvoir une coop&#233;ration qui mobilise le g&#233;nie propre de chacune pour relever ensemble ces d&#233;fis communs et pr&#233;server l&#8217;habitabilit&#233; de la Terre.</p>
<p>&#192; la diff&#233;rence d&#8217;un monde, un &#171;globe&#187; est une figure g&#233;om&#233;trique, une surface sph&#233;rique dont tous les points ob&#233;issent aux lois uniformes et intangibles de la math&#233;matique. La globalisation mise en &#339;uvre depuis un demi-si&#232;cle envisage ainsi l&#8217;humanit&#233; comme une poussi&#232;re de particules contractantes r&#233;gies par &#171;l&#8217;ordre spontan&#233; du march&#233;&#187;. Un tel ordre est cens&#233; &#233;maner de l&#8217;ajustement des calculs d&#8217;utilit&#233;s de ces monades individuelles capables de s&#8217;autofonder et li&#233;es seulement par des contrats op&#233;rant &#224; la fa&#231;on de connecteurs <italic>on/off</italic>, selon qu&#8217;elles y ont ou non consenti. Les gouvernements ne doivent pas entraver cet ordre spontan&#233;, mais doivent au contraire faciliter son fonctionnement &#224; la mani&#232;re d&#8217;un horloger &#171;qui met de l&#8217;huile dans les rouages d&#8217;une horloge&#187; ou, d&#8217;une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#171;veille au respect des conditions de bon fonctionnement d&#8217;un m&#233;canisme&#187;<xref ref-type="fn" rid="n5">5</xref>. Cet imaginaire est en phase avec celui de la r&#233;volution num&#233;rique, qui vise &#224; saisir le monde entier sous la forme d&#8217;unit&#233;s discr&#232;tes (0 et 1), dont le traitement permettrait non seulement de repr&#233;senter, mais aussi de pr&#233;voir et de modeler les comportements.</p>
<p>La globalisation est ainsi la fille de deux grands mythes propres &#224; la civilisation occidentale: celui de la nature contractuelle des soci&#233;t&#233;s et celui de la structure m&#233;canique de l&#8217;univers<xref ref-type="fn" rid="n6">6</xref>. Ces deux mythes se conjuguent aujourd&#8217;hui dans l&#8217;utopie globaliste d&#8217;une gouvernance de l&#8217;humanit&#233; par les nombres. Dans cet ordre global, la hi&#233;rarchie du public et du priv&#233; s&#8217;inverse; le March&#233;, qui ajuste les calculs d&#8217;int&#233;r&#234;ts particuliers, est la seule instance souveraine et les &#201;tats n&#8217;en sont que les instruments. Assimil&#233;e &#224; un &#171;march&#233; des id&#233;es&#187;, la d&#233;mocratie est elle-m&#234;me soumise au pouvoir &#233;conomique au lieu que le pouvoir &#233;conomique lui soit soumis<xref ref-type="fn" rid="n7">7</xref>. Seuls &#233;chappent aujourd&#8217;hui &#224; cette primaut&#233; du <italic>dominium</italic> de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sur l&#8217;<italic>imperium</italic> des &#201;tats<xref ref-type="fn" rid="n8">8</xref> les pays communistes qui ont englob&#233; l&#8217;&#233;conomie de march&#233; dans un cadre dictatorial. C&#8217;est essentiellement le cas de la Chine, que sa Constitution qualifie de &#171;dictature d&#233;mocratique&#187; et qui est l&#8217;h&#233;riti&#232;re de la doctrine l&#233;giste &#171;des deux manipules&#187;, selon laquelle le prince doit d&#8217;une main encourager la cupidit&#233; individuelle et de l&#8217;autre en limiter les d&#233;bordements par la crainte des ch&#226;timents<xref ref-type="fn" rid="n9">9</xref>.</p>
<p>Le bilan d&#8217;un demi-si&#232;cle de globalisation est catastrophique: acc&#233;l&#233;ration du r&#233;chauffement de la plan&#232;te, destruction de la biodiversit&#233;, explosion des in&#233;galit&#233;s, recul de la d&#233;mocratie, fureurs identitaires, conflits arm&#233;s, &#233;pid&#233;mies, crises financi&#232;res, &#233;meutes, migrations de populations chass&#233;es par la guerre, la mis&#232;re ou la d&#233;vastation de leur &#233;coum&#232;ne&#8230; C&#8217;est dans ce contexte que prosp&#232;rent aujourd&#8217;hui des autocrates. Priv&#233;s des garanties d&#8217;une loi &#233;gale pour tous, les individus, mais aussi les entreprises et les &#201;tats, n&#8217;ont pas d&#8217;autre ressource en effet que de se soumettre &#224; plus fort qu&#8217;eux et de tenter de soumettre plus faible qu&#8217;eux<xref ref-type="fn" rid="n10">10</xref>. Ayant perdu toute prise sur une classe dirigeante d&#233;connect&#233;e de leur exp&#233;rience du r&#233;el, les gens ordinaires assistent impuissants &#224; la d&#233;gradation de leurs conditions d&#8217;existence. Ils sont ainsi pouss&#233;s &#224; faire all&#233;geance &#224; un &#171;grand homme ordinaire&#187; <italic>(great little man)</italic> auquel ils peuvent s&#8217;identifier et qui promet de les venger des injustices et des humiliations qu&#8217;ils endurent<xref ref-type="fn" rid="n11">11</xref>. Mais, en d&#233;tournant la col&#232;re sociale vers des boucs &#233;missaires et en s&#8217;attaquant aux bases d&#233;mocratiques de l&#8217;&#201;tat social, ces champions de l&#8217;ethno-nationalisme ne s&#8217;opposent pas &#224; la dynamique n&#233;olib&#233;rale, ils la prolongent.</p>
<p>Le probl&#232;me de notre temps n&#8217;est donc pas de choisir entre la pression uniformisatrice de la globalisation et les r&#233;actions identitaires qu&#8217;elle suscite; il est de renouer avec le projet d&#8217;un ordre mondial, c&#8217;est-&#224;-dire d&#8217;une &#171;mondialisation&#187; qui s&#8217;efforce de relever les d&#233;fis &#233;cologiques et sociaux auxquels tous les peuples sont aujourd&#8217;hui confront&#233;s. S&#8217;engager &#224; nouveau dans cette voie supposerait un triple changement de paradigme normatif. Il conviendrait tout d&#8217;abord de ne plus identifier la souverainet&#233; &#224; la toute-puissance, pour reconna&#238;tre au contraire la <italic>souverainet&#233; de la limite</italic>, qu&#8217;il s&#8217;agisse des limites &#233;conomiques &#224; la concentration des richesses, des limites g&#233;ographiques ou des limites &#233;cologiques. Une politique de mondialisation supposerait en deuxi&#232;me lieu de rompre avec l&#8217;universalisme en surplomb, s&#251;r d&#8217;incarner la raison, pour cultiver un <italic>universalisme en creuset</italic>, qui respecte &#171;l&#8217;&#233;gale dignit&#233; des cultures&#187; et promeuve leur apprentissage mutuel<xref ref-type="fn" rid="n12">12</xref>. Elle supposerait enfin de rompre avec le mythe d&#8217;une nature contractuelle des soci&#233;t&#233;s humaines, pour reconna&#238;tre la <italic>dette de vie</italic> entre g&#233;n&#233;rations.</p>
<p>Je me limiterai ici &#224; cette question de la dette de vie, car le droit du travail et de la s&#233;curit&#233; sociale est historiquement le premier &#224; l&#8217;avoir fait ressurgir dans l&#8217;ordre juridique lib&#233;ral. Le lib&#233;ralisme &#8211; et plus encore le n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; est anim&#233; par la foi en un sens de l&#8217;histoire du droit, qui conduirait du statut au contrat<xref ref-type="fn" rid="n13">13</xref>. Cette philosophie de l&#8217;histoire proc&#232;de du mythe du &#171;contrat social&#187; qui, de Hobbes &#224; Rousseau et John Rawls, domine la pens&#233;e occidentale depuis trois si&#232;cles. Au XVIII<sup>e</sup> si&#232;cle, seuls deux auteurs, tous deux juristes, se sont oppos&#233;s &#224; ce mythe: Vico et Montesquieu<xref ref-type="fn" rid="n14">14</xref>. Selon eux, le premier des liens sociaux n&#8217;est pas le contrat, mais la filiation. L&#8217;anthropologie a &#233;tabli depuis le bien-fond&#233; de cette observation, en mettant au jour le r&#244;le premier et universel de l&#8217;interdit de l&#8217;inceste dans les syst&#232;mes d&#8217;alliance<xref ref-type="fn" rid="n15">15</xref>. Tout &#234;tre humain &#224; sa naissance est d&#8217;abord inscrit dans une chaine g&#233;n&#233;rationnelle, et la g&#233;n&#233;alogie est la source premi&#232;re du devoir de r&#233;ciprocit&#233;<xref ref-type="fn" rid="n16">16</xref>. Mais ce fait d&#8217;&#233;vidence demeure refoul&#233; en Occident, car il contredit frontalement le contractualisme contemporain et ses corollaires, la primaut&#233; des droits sur les obligations et la marchandisation du monde.</p>
<p>Or, c&#8217;est d&#8217;abord dans les relations de travail que cette vision contractualiste a rencontr&#233;, au XIX<sup>e</sup> si&#232;cle, sa limite catastrophique. La marchandisation du travail avait plong&#233; dans une spirale mortif&#232;re des masses humaines enti&#232;res, mettant en p&#233;ril la reproduction des ressources physiques des nations. En limitant la dur&#233;e du travail des femmes et des enfants, les lois ouvri&#232;res furent les premi&#232;res &#224; r&#233;pondre au besoin vital de pr&#233;server &#8211; face au temps court du march&#233; &#8211; le temps long de la vie humaine et de sa reproduction. &#192; leur tour les assurances sociales, puis la s&#233;curit&#233; sociale, institu&#232;rent des solidarit&#233;s destin&#233;es &#224; prot&#233;ger les travailleurs et leurs familles des risques de perte de revenus li&#233;s &#224; la maternit&#233;, &#224; la maladie et &#224; l&#8217;accident, au ch&#244;mage, &#224; la vieillesse ou &#224; la mort. Un statut a ainsi &#233;t&#233; ins&#233;r&#233; dans tout contrat de travail, sans lequel la fiction du travail marchandise aurait &#233;t&#233; insoutenable<xref ref-type="fn" rid="n17">17</xref>.</p>
<p>L&#8217;un des &#233;l&#233;ments les plus remarquables de ce statut est le syst&#232;me de retraite par r&#233;partition, en vertu duquel la g&#233;n&#233;ration des actifs donne &#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente des moyens d&#8217;existence que lui rendra la g&#233;n&#233;ration suivante<xref ref-type="fn" rid="n18">18</xref>. Ce syst&#232;me de cr&#233;ances et de dettes instaure entre trois g&#233;n&#233;rations successives ce que les anthropologues nomment une &#171;r&#233;ciprocit&#233; alternative indirecte&#187;<xref ref-type="fn" rid="n19">19</xref>, c&#8217;est-&#224;-dire une solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle qui &#233;chappe &#224; la logique contractuelle. Depuis un demi-si&#232;cle, les politiques n&#233;olib&#233;rales s&#8217;acharnent &#224; d&#233;manteler ce syst&#232;me au profit de r&#233;gimes de capitalisation<xref ref-type="fn" rid="n20">20</xref>. Cette capitalisation a pour objet d&#8217;abonder les march&#233;s financiers, mais pour effet de substituer l&#8217;antagonisme &#224; la solidarit&#233; entre g&#233;n&#233;rations, puisque les int&#233;r&#234;ts des fonds de pension s&#8217;opposent frontalement &#224; ceux des salari&#233;s dans le partage de la valeur cr&#233;&#233;e par les entreprises.</p>
<p>Les d&#233;fis &#233;cologiques des temps pr&#233;sents montrent pourtant l&#8217;urgente n&#233;cessit&#233; d&#8217;&#233;tendre plut&#244;t que de r&#233;duire le champ de ces solidarit&#233;s interg&#233;n&#233;rationnelles. Ces solidarit&#233;s mettent en &#339;uvre la &#171;dette de vie&#187;, dont la place cruciale est reconnue depuis longtemps par de nombreuses civilisations non occidentales<xref ref-type="fn" rid="n21">21</xref>. Nous avons re&#231;u la vie de nos ascendants, nous devons la rendre en pr&#233;servant la leur, mais aussi en la transmettant &#224; nos descendants. Sans &#234;tre explicitement reconnue comme telle en droit contemporain, cette dette primordiale s&#8217;y manifeste sous la forme des &#171;droits des g&#233;n&#233;rations futures&#187;, proclam&#233;s par divers instruments juridiques face aux p&#233;rils du r&#233;chauffement climatique et de la perte de la biodiversit&#233;<xref ref-type="fn" rid="n22">22</xref>. Cette notion t&#233;moigne de notre difficult&#233; &#224; penser un universalisme juridique autrement qu&#8217;en termes de droits subjectifs. Mais attribuer des droits &#224; des sujets encore inexistants soul&#232;ve des difficult&#233;s logiques et pratiques auxquelles la notion de dette de vie permet d&#8217;&#233;chapper. C&#8217;est du reste en termes de &#171;dette &#233;cologique&#187; que se trouve aujourd&#8217;hui pos&#233;e la question de la justice climatique entre pays riches et pays pauvres. Notre dette de vie &#224; l&#8217;&#233;gard des g&#233;n&#233;rations futures est en effet d&#8217;abord une <italic>dette &#233;cologique</italic>: nous devons leur transmettre une Terre au moins aussi vivable que celle dont nous avons h&#233;rit&#233; de nos anc&#234;tres. Mais c&#8217;est aussi une <italic>dette &#233;ducative</italic>: nous devons aux enfants de les &#233;duquer et de les instruire, en sorte que chacun puisse donner &#224; sa vie sur cette Terre un sens partag&#233; avec les autres et y imprimer sa marque propre.</p>
<p>Notre t&#226;che de juriste est d&#8217;&#339;uvrer &#224; un droit du travail et de la s&#233;curit&#233; sociale qui contribue &#224; honorer cette double dette &#233;cologique et &#233;ducative &#224; l&#8217;&#233;gard des g&#233;n&#233;rations montantes. La question &#233;cologique est indissociable de celle du travail, car c&#8217;est par son travail que l&#8217;esp&#232;ce humaine am&#233;nage, embellit ou au contraire saccage ses milieux vitaux. La <italic>globalisation</italic> a conduit &#224; acc&#233;l&#233;rer un tel saccage en engageant les &#201;tats dans une course au moins-disant social et environnemental et en favorisant une division internationale du travail &#233;cologiquement insoutenable. Une politique de <italic>mondialisation</italic> doit au contraire viser une organisation du travail des nations propre &#224; enrayer le r&#233;chauffement climatique et &#224; prot&#233;ger la biodiversit&#233;.</p>
<p>De m&#234;me, l&#8217;organisation du travail est le laboratoire du bon ou du mauvais usage de nos nouvelles machines. Hier le taylorisme traitait les travailleurs comme des engrenages d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s; aujourd&#8217;hui la gouvernance par les nombres les traite comme des ordinateurs bip&#232;des<xref ref-type="fn" rid="n23">23</xref>. &#192; l&#8217;emprise des machines sur les corps s&#8217;ajoute une emprise sur les esprits, qui s&#8217;exerce au-del&#224; m&#234;me des temps et lieux de travail et s&#8217;&#233;tend aux enfants d&#232;s leur plus jeune &#226;ge. La globalisation a ainsi donn&#233; le jour &#224; ce que Shoshana Zuboff a nomm&#233; le &#171;capitalisme de surveillance&#187;<xref ref-type="fn" rid="n24">24</xref>. Elle a aussi permis au pouvoir &#233;conomique de s&#8217;&#233;manciper de toute responsabilit&#233; au sein des cha&#238;nes des valeur qu&#8217;il contr&#244;le. Une politique de mondialisation consisterait au contraire &#224; mettre nos nouvelles machines num&#233;riques au service des humains, au lieu que les humains leur soient asservis.</p>
<p>Aux termes de la Constitution de l&#8217;OIT (dans sa version fran&#231;aise), les nations doivent s&#8217;efforcer de faire advenir un &#171;r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain&#187; &#224; l&#8217;&#233;chelle du monde<xref ref-type="fn" rid="n25">25</xref>. Au regard des d&#233;fis &#233;cologiques et technologiques des temps pr&#233;sents, un tel r&#233;gime doit promouvoir le bon usage des technologies num&#233;riques, ainsi que la r&#233;duction de l&#8217;impact &#233;cologique du travail et de ses produits. &#192; cette fin, il conviendrait que la libert&#233; syndicale et ses corollaires &#8211; les droits &#224; repr&#233;sentation, n&#233;gociation et action collective (y compris le droit de gr&#232;ve)<xref ref-type="fn" rid="n26">26</xref>, s&#8217;&#233;tende aux questions qualitatives du contenu et du sens du travail<xref ref-type="fn" rid="n27">27</xref>. Cet &#233;largissement du champ de la d&#233;mocratie sociale va de pair avec celui de la justice sociale, telle que trac&#233;e de fa&#231;on pr&#233;monitoire par la D&#233;claration de Philadelphie &#224; la fin de la seconde guerre mondiale. Cette D&#233;claration enjoint aux diff&#233;rentes nations du monde et &#224; l&#8217;OIT de r&#233;aliser &#171;l&#8217;emploi des travailleurs &#224; des occupations o&#249; ils aient la satisfaction de donner toute la mesure de leur habilet&#233; et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-&#234;tre commun&#187;<xref ref-type="fn" rid="n28">28</xref>. De nos jours, &#171;donner toute la mesure de son habilet&#233;&#187; suppose de mettre la pr&#233;tendue &#171;intelligence&#187; de nos machines au service de l&#8217;intelligence humaine et non l&#8217;inverse<xref ref-type="fn" rid="n29">29</xref>; et &#171;contribuer le mieux au bien-&#234;tre commun&#187; suppose de donner aux travailleurs la libert&#233; individuelle et collective de d&#233;noncer et de s&#8217;opposer &#224; des t&#226;ches dont la r&#233;alisation ou les produits sont susceptibles de nuire &#224; l&#8217;esprit humain ou &#224; l&#8217;environnement. C&#8217;est ainsi que le droit du travail pourra contribuer &#224; honorer notre dette de vie &#224; l&#8217;&#233;gard de nos enfants et des g&#233;n&#233;rations futures. En s&#8217;engageant dans cette voie, les juristes marcheront dans les pas de Bob Hepple et de sa lutte opini&#226;tre pour la pleine et &#233;gale reconnaissance des droits &#233;conomiques, sociaux et culturels.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block"><italic>Alain Supiot</italic></styled-content></p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block"><italic>Professeur &#233;m&#233;rite au Coll&#232;ge de France</italic></styled-content></p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block"><italic>International Fellow of The British Academy</italic></styled-content></p>
</body>
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<fn-group>
<fn id="n1"><p>Voir Fran&#231;oise Waquet, <italic>Respublica academica: rituels universitaires et genres du savoir (XVII<sup>e</sup>-XXI<sup>e</sup> si&#232;cle)</italic>, Paris, Presses de l&#8217;Universit&#233; Paris-Sorbonne, 2010.</p></fn>
<fn id="n2"><p>Constitution de l&#8217;OIT, Pr&#233;ambule, alin&#233;a 1. Voir &#233;galement la D&#233;claration de Philadelphie, art. II.</p></fn>
<fn id="n3"><p>Voir Alain Supiot, &#171;Globalisation or &#8220;Mondialisation&#8221;? Taking Social Models Seriously&#187;, dans <italic>Social Justice and the World of Work: Possible Global Futures &#8211; Essays in honour of Francis Maupain</italic>, publ. sous la dir. de Brian Langille et Anne Trebilcock, Oxford, Hart Publishing, 2023. pp. 13-22; Alain Supiot, &#171;L&#8217;esprit des lois &#224; l&#8217;&#233;poque globale&#187;, <italic>Revue internationale de droit &#233;conomique</italic>, t.XXXVII 2023/3, 2023, pp. 5-22.</p></fn>
<fn id="n4"><p><italic>World</italic>, comme l&#8217;allemand <italic>Welt</italic>, est issu du proto-germanique <italic>werald</italic>, compos&#233; de <italic>wer</italic> (homme) et de <italic>ald</italic> (&#226;ge) (voir Robert K. Barnhart, <italic>The Barnhart Dictionary of Etymology</italic>, New York, H. W. Wilson Company, 1988, voir <italic>world</italic>, p. 1244; Barbara Cassin (dir.), <italic>Vocabulaire europ&#233;en des philosophies: dictionnaire des intraduisibles</italic>, Paris, Le Robert/Seuil, 2004, voir <italic>Welt</italic>, Pascal David, pp. 1390-1396). &#171;Monde&#187; vient du latin <italic>mundus</italic>, qui comme le grec <italic>cosmos</italic> d&#233;signait la terre habit&#233;e, ainsi que l&#8217;ornement ou la parure, par opposition &#224; l&#8217;immonde, c&#8217;est-&#224;-dire au &#171;chaos&#187; (voir Alfred Ernoult et Antoine Meillet, <italic>Dictionnaire &#233;tymologique de la langue latine: histoire des mots</italic>, quatri&#232;me &#233;dition r&#233;vis&#233;e, Paris, Klincksieck, 2001, voir <italic>mundus</italic>). En russe, le mot <italic>mir</italic> signifie &#224; la fois monde et paix, si bien que pendant la premi&#232;re guerre mondiale cette homonymie a inspir&#233; le slogan <italic>Mir meru!</italic>, c&#8217;est-&#224;-dire &#171;Paix au monde!&#187; (voir <italic>Vocabulaire europ&#233;en des philosophies, op. cit</italic>., voir <italic>Mir</italic>, Charles Malamoud, pp. 803-808).</p></fn>
<fn id="n5"><p>F. A. Hayek, <italic>Law, Legislation and Liberty: A New Statement of the Liberal Principles of Justice and Political Economy</italic>, vol. 2, <italic>The Mirage of Social Justice</italic>, Londres, Routledge, 1982, p. 128.</p></fn>
<fn id="n6"><p>Voir Jean Lass&#232;gue et Giuseppe Longo, <italic>L&#8217;empire num&#233;rique. De l&#8217;alphabet &#224; l&#8217;IA</italic>, Paris, Presses universitaires de France, 2025. Sur les origines religieuses de cet imaginaire m&#233;caniciste, voir Lewis Mumford, <italic>Technique et civilisation</italic>, Paris, &#201;ditions du Seuil, 1950, pp. 22 et suiv.</p></fn>
<fn id="n7"><p>Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, <italic>Citizens United c. FEC</italic>, 21 janvier 2010. Timothy K. Kuhner, <italic>Capitalism v. Democracy: Money in Politics and the Free Market Constitution</italic>, Stanford, Stanford University Press, 2014; Alain Supiot, &#171;Democracy Laid Low by the Market&#187;, <italic>Jurisprudence</italic>, 9 (3), 2018, pp. 449-460.</p></fn>
<fn id="n8"><p>Les n&#233;olib&#233;raux ont repris &#224; leur compte cette distinction op&#233;r&#233;e par Carl Schmitt (voir Quinn Slobodian, <italic>Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism</italic>, Cambridge (&#201;tats-Unis), Harvard University Press, 2018, pp. 10-11 et 219 et suiv.; Carl Schmitt, <italic>Der Nomos der Erde im V&#246;lkerrecht des Jus Publicum Europaeum</italic>, cinqui&#232;me &#233;dition, Berlin, Duncker &amp; Humblot, 1974 [1950], p. 17 [traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>Le nomos de la Terre. Dans le droit des gens du</italic> Jus Publicum Europaeum, Paris, Presses universitaires de France, 2001, p. 52].</p></fn>
<fn id="n9"><p>Sur cette th&#233;orie, voir Fei Han, <italic>Han-Fei-Tse</italic> ou <italic>Le Tao du Prince: la strat&#233;gie de la domination absolue</italic>, Paris, &#201;ditions du Seuil, 1999, chap. VII [traduit et introduit par Jean L&#233;vi]; L&#233;on Vandermeersch, <italic>La formation du l&#233;gisme; recherche sur la constitution d&#8217;une philosophie politique caract&#233;ristique de la Chine ancienne</italic>, Paris, &#201;cole fran&#231;aise d&#8217;Extr&#234;me-Orient, 1965 [r&#233;imp. 1987], pp. 192 et suiv.; Romain Graziani, <italic>Les Lois et les Nombres: essai sur les ressorts de la culture politique chinoise</italic>, Paris, Gallimard, 2025, pp. 295 et suiv.</p></fn>
<fn id="n10"><p>Voir Alain Supiot, &#171;De la gouvernance par les nombres aux liens d&#8217;all&#233;geance&#187;, dans <italic>La Gouvernance par les nombres: cours au Coll&#232;ge de France 2012-2014</italic>, deuxi&#232;me &#233;dition, publ. sous la dir. d&#8217;Alain Supiot, pp. 337-555, Paris, Fayard/Pluriel, 2020 [2015].</p></fn>
<fn id="n11"><p>Theodor W. Adorno, &#171;Freudian Theory and the Pattern of Fascist Propaganda&#187;, dans <italic>Psychoanalysis and the Social Sciences</italic>, vol. 3, publ. sous la dir. de G&#233;za R&#243;heim, New York, International Universities Press, 1951, pp. 279-300 [traduit en fran&#231;ais sous le titre &#171;La th&#233;orie freudienne et le mod&#232;le de la propagande fasciste&#187;, dans <italic>Le conflit des sociologies. Th&#233;orie critique et sciences sociales</italic>, Paris, Payot, 2016 [1951], pp. 27-28].</p></fn>
<fn id="n12"><p>Voir en ce sens les principes directeurs (art. 2) de la Convention sur la protection et la promotion de la diversit&#233; des expressions culturelles [2005] adopt&#233;e par tous les membres de l&#8217;Unesco &#224; l&#8217;exception d&#8217;Isra&#235;l et des &#201;tats-Unis.</p></fn>
<fn id="n13"><p>Voir en ce sens la th&#232;se c&#233;l&#232;bre de Henry Sumner Maine, <italic>Ancient Law: Its Connection with the Early History of Society and Its Relation to Modern Ideas</italic>, with introduction and notes by Sir Frederick Pollock (introduction et notes de Frederick Pollock), fourth American from the tenth London edition, New York, Henry Holt and Company, 1906 [1861] [traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>L&#8217;ancien droit consid&#233;r&#233; dans ses rapports avec l&#8217;histoire de la soci&#233;t&#233; primitive et avec les id&#233;es modernes</italic>, Paris, Guillaumin-A. Durand et P&#233;done Lauriel, 1874].</p></fn>
<fn id="n14"><p>Voir Charles Edwyn Vaughan, <italic>Studies in the History of Political Philosophy Before and After Rousseau</italic>, vol. 1, <italic>From Hobbes to Hume</italic>, Manchester, Manchester University Press, 1925, pp. 204-302.</p></fn>
<fn id="n15"><p>Voir Claude L&#233;vi-Strauss, Les <italic>structures &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233;</italic>, Paris, &#201;ditions de l&#8217;EHESS, 2017 [1949].</p></fn>
<fn id="n16"><p>Voir Pierre Legendre, <italic>L&#8217;Inestimable objet de la transmission: &#233;tude sur le principe g&#233;n&#233;alogique en Occident</italic>, Paris, Fayard, 2004, pp. 137-173.</p></fn>
<fn id="n17"><p>Alain Supiot, <italic>Critique du droit du travail</italic>, troisi&#232;me &#233;dition, Paris, Presses universitaires de France, 2009 [1994].</p></fn>
<fn id="n18"><p>Voir Eri Kasagi (dir.), <italic>Solidarity Across Generations. Comparative Law Perspectives</italic>, Cham, Springer, 2020.</p></fn>
<fn id="n19"><p>Voir Marcel Mauss, &#171;La coh&#233;sion sociale dans les soci&#233;t&#233;s polysegmentaires&#187; (1931), dans <italic>&#338;uvres</italic>, t. 3, <italic>Coh&#233;sion sociale et divisions de la sociologie</italic>, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1969, pp. 11-26.</p></fn>
<fn id="n20"><p>Voir en ce sens les recommandations &#233;mises par la Banque mondiale, <italic>Averting the Old Age Crisis. Policies to Protect the Old and Promote Growth</italic>, New York, Oxford University Press, 1994.</p></fn>
<fn id="n21"><p>Voir Charles Malamoud, &#171;La th&#233;ologie de la dette dans le br&#257;hmanisme&#187;, dans <italic>La dette. Puru&#7779;&#257;rtha: sciences sociales en Asie du Sud</italic>, n<sup>o</sup> 4, publ. sous la dir. de Charles Malamoud, Paris, &#201;ditions de l&#8217;EHESS, 1980, pp. 39-62; et, sous la direction du m&#234;me auteur, <italic>Lien de vie, n&#339;ud mortel: les repr&#233;sentations de la dette en Chine, au Japon et dans le monde indien</italic>, Paris, &#201;ditions de l&#8217;EHESS, 1988; &#201;tienne Le Roy, &#171;La dette infinie: repr&#233;sentations africaines, solidarit&#233; &#233;cologique et d&#233;veloppement durable&#187;, <italic>VertigO, &#8211; la revue &#233;lectronique en sciences de l&#8217;environnement</italic>, Hors-s&#233;rie 26 (septembre), 2016, <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://doi.org/10.4000/vertigo.17506">https://doi.org/10.4000/vertigo.17506</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n22"><p>Voir ONU, Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies, R&#233;solution 43/53, Protection du climat mondial pour les g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes et futures, A/RES/43/53 (6 d&#233;cembre 1988); ONU, D&#233;claration de Rio sur l&#8217;environnement et le d&#233;veloppement, Rapport de la Conf&#233;rence des Nations Unies sur l&#8217;environnement et le d&#233;veloppement, A/CONF.151/26 (vol. I), 12 ao&#251;t 1992, annexe I.; ONU, Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies. R&#233;solution 79/1, Le Pacte pour l&#8217;avenir, annexe II, D&#233;claration sur les g&#233;n&#233;rations futures, A/RES/79/1 (22 septembre 2024). Voir aussi l&#8217;avis consultatif du 23 juillet 2025 rendu par la Cour internationale de justice sur les obligations des &#201;tats &#224; l&#8217;&#233;gard des changements climatiques. Au plan r&#233;gional, voir la D&#233;claration de Reykjav&#237;k (2023) du Conseil de l&#8217;Europe.</p></fn>
<fn id="n23"><p>Alain Supiot, <italic>La Gouvernance par les nombres: cours au Coll&#232;ge de France (2012-2014)</italic>, deuxi&#232;me &#233;dition, Paris, Fayard, 2020 [2015].</p></fn>
<fn id="n24"><p>Shoshana Zuboff, <italic>The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power</italic>, Londres, Profile Books, 2019 [traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>L&#8217;&#226;ge du capitalisme de surveillance: le combat pour un avenir humain face aux nouvelles fronti&#232;res du pouvoir</italic>, Paris, Zulma, 2019]. Voir aussi, publi&#233; dix ans plus t&#244;t, &#201;ric Sadin, <italic>Surveillance globale: enqu&#234;te sur les nouvelles formes de contr&#244;le</italic>, Paris, Climats, 2009.</p></fn>
<fn id="n25"><p>Constitution de l&#8217;OIT, Pr&#233;ambule, alin&#233;a 3 (seule la version fran&#231;aise de la Constitution contient cette notion, la version anglaise &#8211; moins ambitieuse &#8211; ne visant pas un &#171;r&#233;gime de travail&#187;, mais seulement des &#171;conditions de travail&#187;: <italic>humane conditions of labour</italic>). Pour une approche historique et comparative, voir Pierre Musso et Alain Supiot (dir.), <italic>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain?</italic>, Paris, Hermann, 2018.</p></fn>
<fn id="n26"><p>Depuis 2012, la reconnaissance internationale de ce droit fait l&#8217;objet d&#8217;une attaque frontale de la part de l&#8217;organisation patronale internationale, avec le soutien des r&#233;gimes les plus autoritaires du monde. Voir Alain Supiot, &#171;Vers un droit international de la gr&#232;ve?&#187;, <italic>Le Monde diplomatique</italic>, janvier 2024, <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://www.monde-diplomatique.fr/2024/01/SUPIOT/66442">https://www.monde-diplomatique.fr/2024/01/SUPIOT/66442</ext-link>; Francis Maupain, &#171;Le droit de gr&#232;ve devant la CIJ: un d&#233;fi historique pour la coh&#233;rence et l&#8217;impact du syst&#232;me de contr&#244;le de l&#8217;OIT&#187;, <italic>Revue de droit compar&#233; du travail et de la s&#233;curit&#233; sociale</italic>, 2025/1, pp. 6-47. Sur l&#8217;importance du droit de gr&#232;ve dans les luttes pour l&#8217;&#233;mancipation des peuples, voir Bob Hepple, Rochelle le Roux et Silvana Sciarra (dir.), <italic>Laws Against Strikes. The South African Experience in an International and Comparative Perspective</italic>, Milan, FrancoAngeli, 2015.</p></fn>
<fn id="n27"><p>Voir Alain Supiot, <italic>Le travail n&#8217;est pas une marchandise: contenu et sens du travail au XXI<sup>e</sup> si&#232;cle</italic>, Paris, &#201;ditions du Coll&#232;ge de France, 2019; paru aussi dans <italic>Revue internationale du Travail</italic>, vol. 160 (1), 2021, pp. 1-20.</p></fn>
<fn id="n28"><p>D&#233;claration de Philadelphie, art. III <italic>b</italic>).</p></fn>
<fn id="n29"><p>Voir Gerg Gigerenzer, <italic>How to Stay Smart in a Smart World: why Human Intelligence Still Beats Algorithms</italic>, Londres, Penguin, 2023.</p></fn>
</fn-group>
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