<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE article PUBLIC "-//NLM//DTD JATS (Z39.96) Journal Publishing DTD v1.2 20120330//EN" "http://jats.nlm.nih.gov/publishing/1.2/JATS-journalpublishing1.dtd">
<!--<?xml-stylesheet type="text/xsl" href="article.xsl"?>-->
<article article-type="research-article" dtd-version="1.2" xml:lang="fr" xmlns:mml="http://www.w3.org/1998/Math/MathML" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance">
<front>
<journal-meta>
<journal-id journal-id-type="issn">0000-0000</journal-id>
<journal-title-group>
<journal-title>Revue internationale du Travail</journal-title>
</journal-title-group>
<issn pub-type="epub">0000-0000</issn>
<publisher>
<publisher-name>Open Library of Humanities</publisher-name>
</publisher>
</journal-meta>
<article-meta>
<article-id pub-id-type="doi">10.16995/ilrf.18839</article-id>
<article-categories>
<subj-group>
<subject>Postface</subject>
</subj-group>
</article-categories>
<title-group>
<article-title>Postface: Reconna&#238;tre le travail soutenable</article-title>
</title-group>
<contrib-group>
<contrib contrib-type="author">
<name>
<surname>M&#233;da</surname>
<given-names>Dominique</given-names>
</name>
<email>dominique.meda@dauphine.psl.eu</email>
<xref ref-type="aff" rid="aff-1">1</xref>
</contrib>
</contrib-group>
<aff id="aff-1"><label>1</label>Universit&#233; Paris Dauphine &#8211; PSL</aff>
<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2025-04-01">
<day>01</day>
<month>04</month>
<year>2025</year>
</pub-date>
<pub-date pub-type="collection">
<year>2025</year>
</pub-date>
<volume>164</volume>
<issue>1</issue>
<fpage>1</fpage>
<lpage>5</lpage>
<permissions>
<copyright-statement>&#x00A9; Auteur(s), 2025. Compilation. &#x00A9; Organisation internationale du Travail, 2025</copyright-statement>
<copyright-year>2025</copyright-year>
<license license-type="open-access" xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">
<license-p>Cet article est en libre acc&#232;s, distribu&#233; selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0), qui permet une utilisation, distribution et reproduction sans restriction sur tout support, &#224; condition que l&#8217;auteur original et la source soient cr&#233;dit&#233;s. Voir <uri xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</uri>. Les articles de la <italic>Revue</italic> sont index&#233;s dans <uri xlink:href="https://labordoc.ilo.org/discovery/search?vid=41ILO_INST:41ILO_V2&amp;lang=fr">Labordoc</uri>, la base de donn&#233;es bibliographique du Bureau international du Travail. Pour un compl&#233;ment d&#8217;information sur l&#8217;OIT et ses publications, veuillez consulter le site de l&#8217;Organisation, &#224; l&#8217;adresse <uri xlink:href="https://www.ilo.org">www.ilo.org</uri>.</license-p>
</license>
</permissions>
<self-uri xlink:href="https://ilr-rit.org/articles/10.16995/ilr.18839/"/>
</article-meta>
</front>
<body>
<p>Les articles paraissant dans la <italic>Revue internationale du Travail</italic> n&#8217;engagent que leurs auteurs, de m&#234;me que les d&#233;signations territoriales qui y sont utilis&#233;es, et leur publication ne signifie pas que l&#8217;OIT souscrit aux opinions qui y sont exprim&#233;es.</p>
<p>Cet article est &#233;galement disponible en anglais (<italic>International Labour Review</italic>, vol. 164, n<sup>o</sup> 1) et en espagnol (<italic>Revista Internacional del Trabajo</italic>, vol. 144, n<sup>o</sup> 1).</p>
<p>Les articles rassembl&#233;s dans ce volume sont d&#8217;une grande importance. Ils constituent en effet une avanc&#233;e remarquable de nos connaissances sur le travail et pourraient permettre une am&#233;lioration des pratiques. Nous voudrions, dans les quelques lignes qui suivent, expliquer pourquoi.</p>
<p>Les derni&#232;res d&#233;cennies ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre, dans un grand nombre de pays, d&#8217;un v&#233;ritable d&#233;mant&#232;lement des protections du travail (<xref ref-type="bibr" rid="B9">M&#233;da, 2019</xref>). Cette remise en question a &#233;t&#233; th&#233;orique: on se souvient de la mise en cause r&#233;p&#233;t&#233;e, par l&#8217;Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomiques (<xref ref-type="bibr" rid="B10">OCDE, 2004</xref>), de la fameuse &#171;l&#233;gislation sur la protection de l&#8217;emploi&#187;, critiqu&#233;e pour sa rigidit&#233;. Mais elle a aussi &#233;t&#233; pratique, comme en t&#233;moignent les nombreuses r&#233;formes visant &#224; flexibiliser le travail intervenues durant ces ann&#233;es. Elles ont aussi souvent mis au premier plan, en tout cas dans les pays occidentaux, la question du temps de travail, de l&#8217;articulation de celui-ci avec d&#8217;autres temps sociaux, comme ceux consacr&#233;s &#224; la famille ou aux loisirs, voire de sa r&#233;duction, comme en France.</p>
<p>Dans plusieurs pays, en Allemagne dans les ann&#233;es 1980, en France plus tard, l&#8217;id&#233;e selon laquelle le travail serait d&#233;sormais fortement impr&#233;gn&#233; et contraint par la rationalit&#233; instrumentale, la logique capitaliste et la sp&#233;cialisation technique, et que d&#232;s lors une voie de sortie possible consisterait &#224; r&#233;duire la place occup&#233;e par le travail et &#224; se lib&#233;rer de celui-ci, s&#8217;est assez largement diffus&#233;e. C&#8217;est ce qui a conduit certains auteurs &#224; consid&#233;rer que la question des conditions de travail n&#8217;avait pas fait l&#8217;objet d&#8217;une attention et d&#8217;un d&#233;bat public suffisants, invisibilis&#233;e qu&#8217;elle &#233;tait par celle du ch&#244;mage et de l&#8217;emploi &#8211; comme le syndicaliste Bruno Trentin l&#8217;a reproch&#233;, en particulier &#224; la gauche, d&#232;s 1997 dans <italic>la Cit&#233; du travail</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B14">2012</xref> pour la traduction fran&#231;aise) &#8211;, et &#224; appeler &#224; lib&#233;rer le travail, c&#8217;est-&#224;-dire &#224; am&#233;liorer les conditions concr&#232;tes d&#8217;exercice du travail (<xref ref-type="bibr" rid="B1">Coutrot, 2018</xref>).</p>
<p>N&#233;anmoins, pendant toute cette p&#233;riode, des travaux ont continu&#233; d&#8217;&#234;tre consacr&#233;s &#224; l&#8217;analyse des conditions de travail, et d&#8217;importantes enqu&#234;tes ont permis de mesurer de fa&#231;on pr&#233;cise l&#8217;&#233;volution de celles-ci, qu&#8217;il s&#8217;agisse des enqu&#234;tes nationales ou de l&#8217;enqu&#234;te europ&#233;enne sur les conditions de travail. En 2019, l&#8217;Organisation internationale du Travail (OIT) a ainsi pu rendre compte des conditions de travail de plus d&#8217;un milliard de personnes dans le monde (Europe, &#201;tats-Unis, Turquie, Chine, Am&#233;rique latine), mettant notamment en &#233;vidence que l&#8217;exposition &#224; un risque physique &#233;tait fr&#233;quente (plus de la moiti&#233; des travailleurs &#233;tant tenus d&#8217;ex&#233;cuter des mouvements r&#233;p&#233;titifs), qu&#8217;entre un cinqui&#232;me et un tiers des travailleurs &#233;taient expos&#233;s &#224; des niveaux &#233;lev&#233;s de bruit ou encore que les femmes travaillaient plus que les hommes et gagnaient moins (<xref ref-type="bibr" rid="B13">OIT et Eurofound, 2019</xref>). La notion de travail soutenable a alors commenc&#233; &#224; susciter l&#8217;int&#233;r&#234;t.</p>
<p>Comme l&#8217;a rappel&#233; Patricia Vendramin dans sa note intitul&#233;e &#171;Travail soutenable, faisable, durable: de quoi parle-t-on?&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B15">2016</xref>), qui retrace la g&#233;n&#233;alogie du concept de travail soutenable, cette notion est apparue d&#232;s 2002, dans l&#8217;ouvrage <italic>Creating Sustainable Work Systems</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B2">Docherty, Forslin et Shani, 2002</xref>), et &#233;tait notamment cens&#233;e permettre d&#8217;apporter des solutions &#224; la question de l&#8217;intensification du travail. Comme le rappelle Vendramin (<xref ref-type="bibr" rid="B15">2016, p. 2</xref>), pour Docherty et ses coauteurs un syst&#232;me de travail soutenable d&#233;signait un syst&#232;me qui doit &#234;tre en mesure de reproduire et d&#233;velopper toutes les ressources et composantes qu&#8217;il utilise. Il doit pouvoir r&#233;g&#233;n&#233;rer et d&#233;velopper les ressources humaines et sociales qu&#8217;il mobilise.</p>
<p>Selon Vendramin (<xref ref-type="bibr" rid="B15">2016</xref>), le concept comportait &#224; l&#8217;origine une dimension sociotechnique, qui visait l&#8217;interconnexion des facteurs humains, sociaux et &#233;cologiques dans les activit&#233;s humaines. Son usage par les ergonomes fran&#231;ais sp&#233;cialistes des questions de vieillissement aurait conduit &#224; l&#8217;abandon de cette approche sociotechnique et &#224; un recentrage sur la qualit&#233; du travail. On est alors pass&#233; du &#171;syst&#232;me de travail soutenable&#187; au &#171;travail soutenable&#187;. La dimension &#233;cologique, d&#233;j&#224; assez faiblement pr&#233;sente dans les premiers travaux &#8211; m&#234;me si plusieurs chapitres de l&#8217;ouvrage <italic>Creating Sustainable Work Systems</italic> s&#8217;int&#233;ressaient &#224; la question &#233;cologique, les auteurs reconnaissaient dans leur conclusion que &#171;bien que la notion de syst&#232;mes soutenables soit emprunt&#233;e &#224; l&#8217;&#233;cologie, ce livre se centre principalement sur d&#8217;autres types de ressources &#8211; humaines, sociales et &#233;conomiques&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B2">Docherty, Forslin et Shani, 2002, p. 214</xref>) &#8211; a disparu.</p>
<p>Comme le montrent Lisa Herzog et B&#233;n&#233;dicte Zimmermann dans leur contribution au pr&#233;sent num&#233;ro (&#171;Travail soutenable: une carte conceptuelle en vue d&#8217;une approche sociale-&#233;cologique&#233;&#187;), les questions relatives au travail et celles relatives &#224; l&#8217;&#233;cologie ont depuis lors &#233;t&#233; trait&#233;es dans des champs et disciplines diff&#233;rents, et seules des notions voire des slogans tronqu&#233;s, ne permettant pas d&#8217;appr&#233;hender de fa&#231;on int&#233;gr&#233;e la question de l&#8217;&#233;puisement des travailleurs et de la nature, ont &#233;t&#233; propos&#233;s. L&#8217;ensemble des articles figurant dans ce num&#233;ro a pour immense m&#233;rite de nous aider &#224; construire un concept solide de travail soutenable sans contourner les in&#233;vitables difficult&#233;s qui peuvent freiner cette entreprise.</p>
<p>Dans leur article, Herzog et Zimmermann proposent un v&#233;ritable bouleversement conceptuel: en effet, au-del&#224; des objectifs limit&#233;s vis&#233;s par les &#171;emplois verts&#187; ou le &#171;travail d&#233;cent&#187;, les autrices proposent une r&#233;vision du concept de travail qui s&#8217;inscrit dans la lign&#233;e de la nouvelle d&#233;finition adopt&#233;e par la dix-neuvi&#232;me Conf&#233;rence internationale des statisticiens du travail. Selon celle-ci: &#171;Le travail comprend toutes les activit&#233;s effectu&#233;es par des personnes de tout sexe et tout &#226;ge afin de produire des biens ou fournir des services destin&#233;s &#224; la consommation par des tiers ou &#224; leur consommation personnelle. [&#8230;] Le travail exclut les activit&#233;s qui n&#8217;impliquent pas la production de biens ou services (par exemple, la mendicit&#233; et le vol), le fait de prendre soin de soi (par exemple, la toilette personnelle et l&#8217;hygi&#232;ne) et les activit&#233;s qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;es par une autre personne que soi-m&#234;me (par exemple, dormir, apprendre et les activit&#233;s de loisirs)&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B11">OIT, 2013, p. 54</xref>).</p>
<p>Selon Herzog et Zimmermann, le travail soutenable doit &#224; la fois int&#233;grer la durabilit&#233; &#233;cologique et sociale, aborder le travail au-del&#224; du travail r&#233;mun&#233;r&#233;, prendre en compte les interd&#233;pendances locales et mondiales et &#234;tre explicite quant &#224; ses fondements normatifs. Elles le con&#231;oivent comme des activit&#233;s productives et reproductives qui favorisent et activent les capacit&#233;s essentielles &#224; l&#8217;&#233;panouissement des &#234;tres humains et des autres esp&#232;ces vivantes, aujourd&#8217;hui et dans le futur. L&#8217;ambition est immense. Les autrices conditionnent la possible r&#233;alisation de celle-ci &#224; l&#8217;adoption de l&#8217;approche des capabilit&#233;s et &#224; une repolitisation du travail.</p>
<p>Les articles suivants permettent &#224; la fois de confirmer la mani&#232;re dont les attentes qui sont aujourd&#8217;hui plac&#233;es sur le travail peuvent &#234;tre satisfaites par une telle d&#233;finition et de donner des indications concr&#232;tes sur la voie &#224; suivre pour y parvenir. Ils convergent tous sur plusieurs constats.</p>
<list list-type="bullet">
<list-item><p>L&#8217;organisation du travail et la mani&#232;re dont les travailleurs et travailleuses sont trait&#233;s est bien s&#251;r essentielle, mais la <italic>nature</italic> de ce qui est produit par l&#8217;activit&#233; de travail importe &#233;galement. Un travail contribuant &#224; d&#233;truire les conditions de vie sur terre est d&#233;l&#233;t&#232;re pour la sant&#233; et le bien-&#234;tre des individus.</p></list-item>
<list-item><p>La possibilit&#233; donn&#233;e aux travailleurs et travailleuses de s&#8217;exprimer non seulement sur leur travail, mais plus largement encore sur la mani&#232;re de le faire, sur la nature des biens et services produits, bref la d&#233;lib&#233;ration collective sur le travail, est un des moyens essentiels de rendre le travail socialement et &#233;cologiquement soutenable.</p></list-item>
<list-item><p>L&#8217;organisation d&#8217;une telle d&#233;lib&#233;ration est complexe, difficile, lourde. Elle ne doit pas &#233;viter les conflits et les d&#233;saccords, mais au contraire permettre leur expression; elle doit pouvoir se traduire dans la l&#233;gislation qui r&#233;git les &#171;droits&#187; du travail.</p></list-item>
<list-item><p>La l&#233;gislation qui r&#233;git les &#171;droits&#187; du travail ne peut pas se contenter d&#8217;&#234;tre nationale, elle doit pouvoir permettre d&#8217;&#233;viter que certains pays n&#8217;am&#233;liorent leurs conditions de travail qu&#8217;en d&#233;gradant celles des autres. C&#8217;est l&#8217;ensemble des cha&#238;nes de valeur internationales qui doivent &#234;tre concern&#233;es.</p></list-item>
<list-item><p>Enfin, les syndicats doivent occuper une place de choix dans la mise en &#339;uvre de cette r&#233;volution, et les propositions de d&#233;mocratisation du travail port&#233;es par le <italic>Manifeste Travail</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B3">Ferreras, Battilana et M&#233;da, 2020</xref>), soutenues par la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats ou l&#8217;ancien commissaire europ&#233;en &#224; l&#8217;emploi ou encore la ministre du Travail espagnole, doivent faire l&#8217;objet de d&#233;clinaisons concr&#232;tes.</p></list-item>
</list>
<p>C&#8217;est donc bien &#224; une v&#233;ritable r&#233;volution, tant conceptuelle que pratique, qu&#8217;appellent les auteurs. Ce num&#233;ro sp&#233;cial ouvre en cons&#233;quence un vaste chantier de travail, qu&#8217;il s&#8217;agisse de la recherche acad&#233;mique ou de la pratique.</p>
<p>D&#8217;abord, concernant les acteurs &#224; m&#234;me de mettre celui-ci en &#339;uvre, il invite &#224; s&#8217;interroger sur la responsabilit&#233; de l&#8217;OIT (on ne voit pas qui d&#8217;autre pourrait &#234;tre charg&#233; de concevoir une telle r&#233;glementation, de m&#234;me que de contr&#244;ler son respect) et sur l&#8217;articulation des diff&#233;rentes institutions internationales: OIT, Organisation mondiale du commerce (OMC) et, pourquoi pas, une &#233;ventuelle Organisation mondiale de l&#8217;environnement. C&#8217;est toute la question de la r&#233;gulation des cha&#238;nes de valeur et de l&#8217;&#233;ventuelle adoption universelle de la directive europ&#233;enne sur le devoir de vigilance qui doit continuer &#224; faire l&#8217;objet de recherches, de m&#234;me que les dispositifs comme la directive CSRD<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref> ou les r&#233;flexions sur les nouvelles missions imparties aux entreprises.</p>
<p>&#192; c&#244;t&#233; de ce chantier macro, les questions concr&#232;tes et majeures concernant les modalit&#233;s de d&#233;mocratisation des entreprises doivent en effet &#234;tre approfondies: quelle articulation entre repr&#233;sentation des syndicats et participation directe des salari&#233;s? &#192; quel niveau les droits &#224; la d&#233;lib&#233;ration sur le travail doivent-ils &#234;tre inscrits et quelle peut &#234;tre leur composition? Faut-il revoir la mission des entreprises et jusqu&#8217;o&#249;? Faut-il r&#233;viser, comme le proposent nombre d&#8217;auteurs, la comptabilit&#233; d&#8217;entreprise pour orienter les choix de celles-ci et si oui quels sont les syst&#232;mes alternatifs les mieux adapt&#233;s? &#192; un niveau plus macro, faut-il revoir le syst&#232;me de comptabilit&#233; nationale &#8211; un dispositif universel &#8211; pour y int&#233;grer les activit&#233;s non pay&#233;es de <italic>care</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B4">Folbre, 2006</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B5">Heggeness, 2023</xref>) et reconna&#238;tre ainsi la centralit&#233; de ces activit&#233;s?</p>
<p>Enfin, quelle est la meilleure mani&#232;re de reconna&#238;tre cette centralit&#233; et de donner une place renouvel&#233;e aux activit&#233;s de <italic>care</italic> pay&#233;es et non pay&#233;es? Il existe plusieurs voies pour y parvenir. L&#8217;une d&#8217;elles consiste &#224; adopter une conception tr&#232;s &#233;largie du travail, qui comprend finalement la quasi-totalit&#233; de l&#8217;activit&#233; humaine et englobe les activit&#233;s domestiques et familiales. Elle peut cependant entra&#238;ner, si l&#8217;on n&#8217;y prend garde, une forme de confusion et certains risques: par exemple qu&#8217;une r&#233;mun&#233;ration de ces activit&#233;s soit exig&#233;e et qu&#8217;un tel processus ne fasse qu&#8217;aggraver la sp&#233;cialisation genr&#233;e des r&#244;les dont on pouvait esp&#233;rer le recul (<xref ref-type="bibr" rid="B6">Jany-Catrice et M&#233;da, 2011</xref>). Ou encore que l&#8217;ensemble des activit&#233;s humaines soient consid&#233;r&#233;es comme faisant partie de la &#171;production&#187; et que d&#232;s lors des activit&#233;s dont les finalit&#233;s &#233;taient autres soient soumises aux processus de rationalisation que conna&#238;t le travail r&#233;mun&#233;r&#233;. Aristote ne disait-il pas que &#171;la vie est action, non production&#187;? C&#8217;est la raison pour laquelle, dans nos premiers travaux (<xref ref-type="bibr" rid="B8">M&#233;da, 1995</xref>), nous invitions &#224; distinguer les activit&#233;s selon leur finalit&#233; et &#224; garantir que les hommes et les femmes puissent acc&#233;der &#224; la gamme enti&#232;re des activit&#233;s humaines &#8211; productives, familiales, politiques, de libre d&#233;veloppement personnel &#8211;, en proposant une d&#233;finition plus restreinte du travail, trop restreinte selon certains. Pour &#233;viter les inconv&#233;nients de ces deux approches, il est possible d&#8217;adopter une conception &#233;largie du travail &#8211; comme celle port&#233;e par ce num&#233;ro sp&#233;cial &#8211; tout en &#233;vitant les risques que nous venons de signaler, comme le fait par exemple le rapport de l&#8217;OIT intitul&#233; <italic>Prendre soin d&#8217;autrui: un travail et des emplois pour l&#8217;avenir du travail d&#233;cent</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B12">2019</xref>), qui propose de reconna&#238;tre, r&#233;duire et redistribuer les t&#226;ches de <italic>care</italic> non pay&#233;es &#224; l&#8217;int&#233;rieur des familles et entre l&#8217;&#201;tat et les familles. Cette proposition permet d&#8217;accorder un r&#244;le central &#224; la notion de soin, de recalibrer les finalit&#233;s de l&#8217;action humaine et de substituer &#224; un paradigme de l&#8217;exploitation et de la conqu&#234;te un paradigme du respect, de l&#8217;amour et du prendre soin comme le sugg&#233;rait l&#8217;&#233;cologue Aldo Leopold (<xref ref-type="bibr" rid="B7">1949</xref>) dans <italic>Almanach d&#8217;un comt&#233; des sables</italic> [traduit en fran&#231;ais en 1995].</p>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="n1"><p>Directive (UE) 2022/2464 du Parlement europ&#233;en et du Conseil du 14 d&#233;cembre 2022 modifiant le r&#232;glement (UE) n<sup>o</sup> 537/2014 et les directives 2004/109/CE, 2006/43/CE et 2013/34/UE en ce qui concerne la publication d&#8217;informations en mati&#232;re de durabilit&#233; par les entreprises.</p></fn>
</fn-group>
<ref-list>
<title>R&#233;f&#233;rences</title>
<ref id="B1"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Coutrot</surname>, <given-names>Thomas</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <source>Lib&#233;rer le travail: pourquoi la gauche s&#8217;en moque et pourquoi &#231;a doit changer</source>. <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>&#201;ditions du Seuil</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B2"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Docherty</surname>, <given-names>Peter</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Jan</given-names> <surname>Forslin</surname></string-name> et <string-name><given-names>A. B.</given-names> <surname>(Rami) Shani</surname></string-name> (dir.). <year>2002</year>. <source>Creating Sustainable Work Systems: Emerging Perspectives and Practice</source>. <publisher-loc>Londres</publisher-loc>: <publisher-name>Routledge</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B3"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Ferreras</surname>, <given-names>Isabelle</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Julie</given-names> <surname>Battilana</surname></string-name> et <string-name><given-names>Dominique</given-names> <surname>M&#233;da</surname></string-name> (dir.). <year>2020</year>. <source>Le Manifeste Travail: D&#233;mocratiser. D&#233;marchandiser. D&#233;polluer</source>. <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>&#201;ditions du Seuil</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B4"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Folbre</surname>, <given-names>Nancy</given-names></string-name>. <year>2006</year>. <article-title>&#171;Measuring Care: Gender, Empowerment, and the Care Economy&#187;</article-title>, <source>Journal of Human Development</source>, <volume>7</volume> (<issue>2</issue>): <fpage>183</fpage>-<lpage>199</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1080/14649880600768512</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B5"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Heggeness</surname>, <given-names>Misty L</given-names></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;The <italic>Girly</italic> Economics of Care Work: Implications for Economic Statistics&#187;</article-title>, <source>AEA Papers and Proceedings</source>, <volume>113</volume>: <fpage>632</fpage>-<lpage>636</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1257/pandp.20231108</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B6"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Jany-Catrice</surname>, <given-names>Florence</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>Dominique</given-names> <surname>M&#233;da</surname></string-name>. <year>2011</year>. <article-title>&#171;Femmes et richesse: au-del&#224; du PIB&#187;</article-title>, <source>Travail, genre et soci&#233;t&#233;s</source>, <volume>2011/2</volume> (<issue>26</issue>):<fpage>147</fpage>-<lpage>171</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.3917/tgs.026.0147</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B7"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Leopold</surname>, <given-names>Aldo</given-names></string-name>. <year>1949</year>. <source>A Sand County Almanac and Sketches Here and There</source>. <publisher-loc>New York</publisher-loc>: <publisher-name>Oxford University Press</publisher-name>. [Traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>Almanach d&#8217;un comt&#233; des sables: suivi de quelques croquis</italic>, Aubier, Paris, 1995.]</mixed-citation></ref>
<ref id="B8"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>M&#233;da</surname>, <given-names>Dominique</given-names></string-name>. <year>1995</year>. <source>Le travail: une valeur en voie de disparition?</source> <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>Flammarion</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B9"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>M&#233;da</surname>, <given-names>Dominique</given-names></string-name>. <year>2019</year>. <article-title>&#171;Trois sc&#233;narios pour l&#8217;avenir du travail&#187;</article-title>, <source>Revue internationale du Travail</source>, <volume>158</volume> (<issue>4</issue>): <fpage>689</fpage>-<lpage>716</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1111/ilrf.12128</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B10"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OCDE</collab>. <year>2004</year>. <source>Perspectives de l&#8217;emploi de l&#8217;OCDE 2004</source>. <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>&#201;ditions OCDE</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B11"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OIT</collab>. <year>2013</year>. <source>Rapport de la conf&#233;rence</source>, dix-neuvi&#232;me Conf&#233;rence internationale des statisticiens du travail, <day>2-11</day> <month>octobre</month> 2013, <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B12"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OIT</collab>. <year>2019</year>. <source>Prendre soin d&#8217;autrui: un travail et des emplois pour l&#8217;avenir du travail d&#233;cent</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B13"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>OIT</collab> et <collab>Eurofound</collab>. <year>2019</year>. <source>Working conditions in a global perspective</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve et Luxembourg</publisher-loc>: <publisher-name>BIT et Office des publications de l&#8217;Union europ&#233;enne</publisher-name>. [Un r&#233;sum&#233; en fran&#231;ais est disponible sous le titre &#171;Les conditions de travail dans une perspective mondiale&#187;, &#224; l&#8217;adresse <uri>https://www.ilo.org/fr/publications/les-conditions-de-travail-dans-une-perspective-mondiale</uri>.]</mixed-citation></ref>
<ref id="B14"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Trentin</surname>, <given-names>Bruno</given-names></string-name>. <year>2012</year>. <source>La cit&#233; du travail: la gauche et la crise du fordisme</source>. <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>Fayard</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B15"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Vendramin</surname>, <given-names>Patricia</given-names></string-name>. <year>2016</year>. <chapter-title>&#171;Travail soutenable, faisable, durable: de quoi parle-t-on? Origine et &#233;volution d&#8217;un concept&#187;, note d&#8217;&#233;ducation permanente de l&#8217;ASBL Fondation Travail-Universit&#233; (FTU) n<sup>o</sup> 2016, 9 juin</chapter-title>. <publisher-loc>Bruxelles</publisher-loc>: <publisher-name>FTU</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
</ref-list>
</back>
</article>