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<journal-title>Revue internationale du Travail</journal-title>
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<publisher-name>Open Library of Humanities</publisher-name>
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<subject>Article</subject>
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<article-title>Introduction &#8211; Le travail soutenable: exploration des exigences d&#8217;une approche sociale-&#233;cologique du travail</article-title>
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<surname>Herzog</surname>
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<email>l.m.herzog@rug.nl</email>
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<surname>Zimmermann</surname>
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<email>benedicte.zimmermann@ehess.fr</email>
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<aff id="aff-1"><label>1</label>Universit&#233; de Groningen</aff>
<aff id="aff-2"><label>2</label>EHESS Paris et Wissenschaftskolleg zu Berlin</aff>
<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2025-04-01">
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<copyright-statement>&#x00A9; Auteur(s), 2025. Compilation et traduction des articles. &#x00A9; Organisation internationale du Travail, 2025</copyright-statement>
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<license license-type="open-access" xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">
<license-p>Cet article est en libre acc&#232;s, distribu&#233; selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0), qui permet une utilisation, distribution et reproduction sans restriction sur tout support, &#224; condition que l&#8217;auteur original et la source soient cr&#233;dit&#233;s. Voir <uri xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</uri>. Les articles de la <italic>Revue</italic> sont index&#233;s dans <uri xlink:href="https://labordoc.ilo.org/discovery/search?vid=41ILO_INST:41ILO_V2&amp;lang=fr">Labordoc</uri>, la base de donn&#233;es bibliographique du Bureau international du Travail. Pour un compl&#233;ment d&#8217;information sur l&#8217;OIT et ses publications, veuillez consulter le site de l&#8217;Organisation, &#224; l&#8217;adresse <uri xlink:href="https://www.ilo.org">www.ilo.org</uri>.</license-p>
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<abstract>
<p>Le &#171;travail soutenable&#187; n&#8217;a pas de d&#233;finition claire. Ses diverses dimensions ont jusqu&#8217;&#224; pr&#233;sent &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es par des courants de la recherche diff&#233;rents, alors que les implications politiques des appels en faveur d&#8217;un &#171;travail soutenable&#187; ont suscit&#233; peu d&#8217;int&#233;r&#234;t. Ce dossier sp&#233;cial montre qu&#8217;il est n&#233;cessaire d&#8217;adopter une approche int&#233;grant ces diff&#233;rents courants pour appr&#233;hender les conflits politiques inh&#233;rents au concept, ainsi que ses diff&#233;rentes dimensions et leur potentiel. Cette introduction pr&#233;sente l&#8217;&#233;clairage que les divers contributeurs au dossier apportent sur ces dimensions et leur nature politique.</p>
</abstract>
<kwd-group>
<kwd>travail soutenable</kwd>
<kwd>durabilit&#233; &#233;cologique</kwd>
<kwd>soutenabilit&#233; &#233;cologique</kwd>
<kwd>soutenabilit&#233; sociale</kwd>
<kwd>conflit</kwd>
<kwd>d&#233;mocratie</kwd>
</kwd-group>
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<p>Les articles paraissant dans la <italic>Revue internationale du Travail</italic> n&#8217;engagent que leurs auteurs, de m&#234;me que les d&#233;signations territoriales qui y sont utilis&#233;es, et leur publication ne signifie pas que l&#8217;OIT souscrit aux opinions qui y sont exprim&#233;es.</p>
<p>Titre original: &#171;Sustainable Work: Exploring the Requirements of a Social-Ecological Approach to Work&#187; (<italic>International Labour Review</italic>, vol. 164, n<sup>o</sup> 1). Traduction r&#233;vis&#233;e par les auteurs. &#201;galement disponible en espagnol (<italic>Revista Internacional del Trabajo</italic>, vol. 144, n<sup>o</sup> 1).</p>
<sec>
<title>1. &#192; la recherche du &#171;travail soutenable&#187;</title>
<p>Alors que l&#8217;avenir du travail est soumis &#224; un imp&#233;ratif de soutenabilit&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B10">OIT, 2019</xref>), le concept de &#171;travail soutenable&#187; a jusqu&#8217;&#224; pr&#233;sent peu retenu l&#8217;attention des sciences sociales. Qui plus est, il n&#8217;existe pas de d&#233;finition claire de la soutenabilit&#233; appliqu&#233;e au travail. Au moins deux conceptions se d&#233;gagent des d&#233;bats actuels. La premi&#232;re est une interpr&#233;tation sociale, ax&#233;e sur les personnes, qui aborde la soutenabilit&#233; sous l&#8217;angle des conditions de travail, de la sant&#233; et des relations sociales, entre autres (<xref ref-type="bibr" rid="B4">Eurofound, 2015</xref> et <xref ref-type="bibr" rid="B5">2021</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B12">Vendramin et Parent-Thirion, 2019</xref>). La seconde est une interpr&#233;tation &#233;cologique, qui accorde de l&#8217;importance &#224; la relation avec les syst&#232;mes environnementaux, &#224; la pr&#233;servation de la biodiversit&#233; et &#224; la r&#233;duction des &#233;missions de CO<sub>2</sub> par exemple (<xref ref-type="bibr" rid="B6">Hoffmann et Paulsen, 2020</xref>). Il reste cependant &#224; savoir comment concilier ces deux visions. Si leur relation a parfois &#233;t&#233; envisag&#233;e en termes de &#171;conflit&#187; (&#171;emplois contre climat&#187;), il ne fait aucun doute que les soci&#233;t&#233;s contemporaines doivent trouver le moyen d&#8217;articuler exigences sociales et exigences environnementales du travail (<xref ref-type="bibr" rid="B1">Aigner <italic>et al</italic>., 2016</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B8">M&#233;da, 2018</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B7">Jochum <italic>et al</italic>., 2020</xref>).</p>
<p>L&#8217;approche de la &#171;transition juste&#187; port&#233;e par l&#8217;Organisation internationale du Travail (OIT) (<xref ref-type="bibr" rid="B9">2015, pp. 4-5</xref>) constitue un premier pas dans cette direction en ce qu&#8217;elle pr&#233;conise d&#8217;associer &#171;emplois verts&#187; et &#171;travail d&#233;cent&#187;. Toutefois, r&#233;unir ainsi deux concepts qui ont &#233;t&#233; d&#233;finis ind&#233;pendamment l&#8217;un de l&#8217;autre conduit &#224; ne pas s&#8217;interroger sur leur articulation. Par ailleurs, cette approche repose sur une vision traditionnelle du travail, qui le r&#233;duit &#224; l&#8217;emploi, si bien qu&#8217;elle ne permet pas d&#8217;examiner ce qu&#8217;implique la concr&#233;tisation de la soutenabilit&#233; sociale-&#233;cologique du travail, lorsque celui-ci est entendu dans un sens plus large.</p>
<p>Toute r&#233;flexion sur le travail dans le contexte de la crise environnementale soul&#232;ve des questions plus vastes sur la place de la (re)production humaine au sein des &#233;cosyst&#232;mes en g&#233;n&#233;ral (<xref ref-type="bibr" rid="B2">Barca, 2020</xref>). Cette r&#233;alit&#233; invite &#224; tenir compte non seulement du travail r&#233;mun&#233;r&#233; au sens classique, mais aussi des multiples formes de travail non r&#233;mun&#233;r&#233; (travail familial, prise en charge des proches, b&#233;n&#233;volat, militantisme, etc.) et informel (r&#233;mun&#233;r&#233; ou non) par l&#8217;interm&#233;diaire desquelles les individus interagissent entre eux et avec le monde qui les entoure<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref>. Elle implique en outre de penser au-del&#224; des fronti&#232;res nationales pour prendre en consid&#233;ration les interd&#233;pendances mondiales du travail.</p>
<p>Ce dossier sp&#233;cial r&#233;unit des chercheurs venus d&#8217;horizons disciplinaires vari&#233;s pour contribuer &#224; une r&#233;flexion sur un avenir soutenable du travail. Des approches th&#233;oriques issues de la philosophie, de la sociologie, du droit du travail et de l&#8217;&#233;conomie politique sont conjugu&#233;es avec des d&#233;marches ethnographiques int&#233;grant des dimensions sociale, psychologique et sanitaire. En r&#233;unissant ces points de vue, nous entendons contribuer &#224; l&#8217;&#233;laboration d&#8217;une matrice conceptuelle de la cat&#233;gorie &#171;travail soutenable&#187;, sans &#233;luder les questions politiques et &#233;thiques pos&#233;es par l&#8217;op&#233;rationnalisation de ce cadre.</p>
<p>La politisation du travail soutenable constitue le fil rouge des articles qui composent ce dossier. Elle est abord&#233;e sous un angle diff&#233;rent dans chaque contribution, depuis les fondements normatifs de la soutenabilit&#233; jusqu&#8217;aux enjeux li&#233;s &#224; la d&#233;colonialit&#233;, en passant par la participation des travailleurs &#224; la d&#233;lib&#233;ration collective, la gouvernance des entreprises ou encore l&#8217;action syndicale<xref ref-type="fn" rid="n2">2</xref>.</p>
</sec>
<sec>
<title>2. Vers une conception holistique et d&#233;coloniale du &#171;travail soutenable&#187;</title>
<p>Mener une r&#233;flexion sur le travail soutenable, requiert de faire &#233;voluer notre conception du travail. Le concept de &#171;d&#233;veloppement durable&#187; implique une solidarit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations (<xref ref-type="bibr" rid="B3">Commission mondiale sur l&#8217;environnement et le d&#233;veloppement, 1987, p. 43</xref>) qui inscrit le concept de travail soutenable dans un horizon long, quand la logique &#233;conomique privil&#233;gie l&#8217;efficience &#224; court terme. Il suppose par ailleurs d&#8217;adopter une optique mondiale au lieu de se cantonner aux r&#233;gimes de travail nationaux. La soutenabilit&#233; nous impose donc d&#8217;appr&#233;hender le travail de mani&#232;re holistique, c&#8217;est-&#224;-dire de rompre &#224; la fois avec le pr&#233;sentisme et avec le nationalisme m&#233;thodologique (<xref ref-type="bibr" rid="B13">Wimmer et Glick Schiller, 2002</xref>) et d&#8217;int&#233;grer dans un m&#234;me cadre analytique les dimensions sociale et environnementale, trop souvent envisag&#233;es de mani&#232;re s&#233;par&#233;e par diff&#233;rents courants de la recherche.</p>
<p>Beaucoup de formes contemporaines de travail font partie int&#233;grante d&#8217;interd&#233;pendances mondiales qui portent l&#8217;empreinte d&#8217;in&#233;galit&#233;s de pouvoir qui favorisent l&#8217;externalisation de pratiques non soutenables vers les pays pauvres. Une description purement &#233;conomique de ce m&#233;canisme d&#8217;externalisation a souvent conduit &#224; d&#233;politiser le travail et &#224; r&#233;duire les travailleurs au silence. Pour accorder leur juste place &#224; ces enjeux, il importe de reconna&#238;tre l&#8217;&#233;pist&#233;mologie colonialiste et eurocentrique &#8211; plut&#244;t qu&#8217;une approche mondiale &#8211; qui continue de dominer notre pens&#233;e sur le travail.</p>
<p>Les deux premi&#232;res contributions &#224; ce dossier sp&#233;cial portent sur ces aspects. Dans l&#8217;article intitul&#233; &#171;Travail soutenable: une carte conceptuelle en vue d&#8217;une approche sociale-&#233;cologique&#187;, Lisa Herzog et B&#233;n&#233;dicte Zimmermann s&#8217;appuient sur des travaux de recherche critiques et sur les documents publi&#233;s par les institutions internationales afin de d&#233;gager quatre exigences d&#8217;une approche holistique du &#171;travail soutenable&#187;: 1) int&#233;grer soutenabilit&#233; &#233;cologique et soutenabilit&#233; sociale; 2) ne pas r&#233;duire le p&#233;rim&#232;tre du travail &#224; ses formes r&#233;mun&#233;r&#233;es et formelles; 3) prendre en compte les interd&#233;pendances locales et mondiales; et 4) expliciter les fondements normatifs de la soutenabilit&#233;. En pratique, articuler ces quatre dimensions n&#8217;est cependant pas t&#226;che ais&#233;e et requiert pour aboutir la participation des travailleurs. Une telle d&#233;marche participative suppose une repolitisation du travail &#224; divers niveaux et, par cons&#233;quent, l&#8217;&#233;tablissement d&#8217;un lien entre les appels au &#171;travail soutenable&#187; et les approches plaidant en faveur d&#8217;une d&#233;mocratisation de l&#8217;&#233;conomie.</p>
<p>Dans &#171;Discours sur le travail soutenable dans les communaut&#233;s touch&#233;es par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re: &#224; la recherche d&#8217;un concept d&#233;colonial&#187;, Ania Zbyszewksa et Flavia Maximo remettent en cause les &#233;pist&#233;mologies eurocentriques qui impr&#232;gnent de nombreux d&#233;bats sur la soutenabilit&#233; et le travail. Elles s&#8217;int&#233;ressent plus particuli&#232;rement au capitalisme colonial, racial et extractiviste sous ses diverses formes et &#224; son impact sur les populations autochtones et l&#8217;environnement dans des contextes non occidentaux. Elles s&#8217;appuient sur un savoir normatif ancr&#233; et des pratiques contre-h&#233;g&#233;moniques pour &#233;laborer une d&#233;finition d&#233;coloniale et &#233;mancipatrice du travail soutenable. Elles illustrent leur approche en comparant les discours au sein de deux communaut&#233;s touch&#233;es par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re, l&#8217;une au Br&#233;sil et l&#8217;autre au Canada, et montrent que, si les conceptions dominantes du travail soutenable sont souvent instrumentalis&#233;es &#224; des fins &#233;conomiques, il existe aussi des visions centr&#233;es sur d&#8217;autres valeurs et d&#8217;autres relations avec la nature.</p>
</sec>
<sec>
<title>3. Comment organiser le &#171;travail soutenable&#187; sur le terrain?</title>
<p>Autre question: comment organiser le travail de telle mani&#232;re qu&#8217;il soit soutenable? Est-il possible de le faire dans le cadre traditionnel des entreprises capitalistes, mues par la recherche de profits, ou des structures de gouvernance nouvelles sont-elles n&#233;cessaires? Quelles contradictions faut-il r&#233;soudre dans la pratique pour que le travail soutenable devienne r&#233;alit&#233;? Deux contributions sont consacr&#233;es &#224; des exemples d&#8217;organisations dans lesquelles les tensions entre diff&#233;rentes dimensions du travail soutenable sont n&#233;goci&#233;es sur le terrain.</p>
<p>Dans &#171;Agir sur la qualit&#233; du travail pour d&#233;velopper sa soutenabilit&#233; &#8211; Une approche en psychologie du travail&#187;, Antoine Bonnemain pr&#233;sente une &#233;tude de cas concernant des &#233;boueurs. Les interventions en ergonomie et psychologie du travail (plus pr&#233;cis&#233;ment en clinique de l&#8217;activit&#233;) qu&#8217;il a mises en place et analys&#233;es avec ses coll&#232;gues r&#233;v&#232;lent que les dispositifs de participation directe ont permis aux travailleurs de prendre part active dans la n&#233;gociation de conflits entre diff&#233;rents acteurs et entre diff&#233;rentes dimensions de la soutenabilit&#233;. Pour concevoir ces interventions, des consid&#233;rations relatives &#224; la qualit&#233; du travail et &#224; son impact sur la sant&#233; du personnel ont &#233;t&#233; prises en compte. L&#8217;article montre que donner aux travailleurs le pouvoir d&#8217;agir sur leurs conditions de travail peut avoir une forte incidence sur la sant&#233; publique et la protection de la nature. Le d&#233;ploiement &#224; plus grande &#233;chelle de cette approche n&#233;cessiterait l&#8217;adoption de nouvelles formes de gouvernance, de consultation et de d&#233;lib&#233;ration dans les entreprises, de m&#234;me qu&#8217;une transformation profonde de leur cadre juridique.</p>
<p>L&#8217;&#233;tude pr&#233;sent&#233;e par Geoffroy Gonzalez dans &#171;La d&#233;lib&#233;ration collective sur le travail peut-elle le rendre soutenable? Le cas d&#8217;une coop&#233;rative d&#8217;int&#233;r&#234;t collectif&#187; illustre le cas de coop&#233;ratives (en l&#8217;occurrence les &#171;coop&#233;ratives d&#8217;int&#233;r&#234;t collectif&#187;) dont le mod&#232;le &#233;conomique se veut &#233;cologiquement soutenable et dont l&#8217;objectif est de renforcer la soutenabilit&#233; sociale et le pouvoir d&#8217;agir d&#233;mocratique. Comme le r&#233;v&#232;le cette &#233;tude de cas approfondie, la mise en pratique d&#8217;une forme d&#8217;organisation &#171;holacratique&#187; permet qu&#8217;une grande diversit&#233; d&#8217;acteurs participe aux processus d&#233;cisionnels. Toutefois, lorsque des tensions apparaissent entre enjeux &#233;cologiques et enjeux sociaux, la question de la soutenabilit&#233; &#233;cologique passe au second plan, si bien qu&#8217;il est difficile de se prononcer sur l&#8217;impact environnemental r&#233;el de ce mod&#232;le.</p>
<p>Ces exemples montrent que le travail soutenable ne peut devenir une r&#233;alit&#233; sur le terrain que si des r&#233;gimes de participation et des structures de gouvernance permettent que des n&#233;gociations et adaptations permanentes garantissent la prise en compte des diff&#233;rentes dimensions de la soutenabilit&#233;. Ils interrogent aussi sur la possibilit&#233; de changement et l&#8217;identification des <italic>acteurs</italic> du changement.</p>
<p>Dans leur contribution (&#171;Les travailleurs en premi&#232;re ligne du changement climatique: repolitiser l&#8217;action syndicale pour le climat&#187;), Ben Crawford et David Whyte se penchent sur le r&#244;le des syndicats dans la lutte pour la justice environnementale. Ils font valoir que, appliqu&#233;e au travail, la soutenabilit&#233; est trop souvent assimil&#233;e &#224; un &#171;int&#233;r&#234;t commun&#187; partag&#233; par les travailleurs et les employeurs, ce qui l&#8217;exclut du champ de la n&#233;gociation collective. Les march&#233;s du travail et processus de travail capitalistes tendent &#224; &#234;tre pr&#233;judiciables aux travailleurs aussi bien qu&#8217;&#224; la nature. La transition vers un travail &#233;cologiquement soutenable exige donc une mobilisation collective des travailleurs, parce que les caract&#233;ristiques de l&#8217;organisation du travail, par exemple la pr&#233;carit&#233; et l&#8217;intensification du travail, sont dommageables non seulement pour le corps des travailleurs, mais aussi pour l&#8217;environnement. En cons&#233;quence, les revendications en faveur d&#8217;emplois soutenables sur le plan social doivent aussi &#234;tre comprises comme des revendications climatiques et &#234;tre int&#233;gr&#233;es aux n&#233;gociations pour une &#171;transition juste&#187;.</p>
</sec>
<sec>
<title>4. Lib&#233;rer le potentiel du &#171;travail soutenable&#187;</title>
<p>Pris dans leur ensemble, les articles qui composent ce dossier sp&#233;cial contribuent &#224; la litt&#233;rature sur le travail, parce qu&#8217;ils rassemblent des pr&#233;occupations th&#233;oriques relatives &#224; diverses dimensions de la soutenabilit&#233; (sociale, environnementale et g&#233;ographique) et tirent des enseignements d&#8217;exp&#233;riences mises en &#339;uvre pour que le travail devienne soutenable dans la pratique. Ce faisant, ils ouvrent la voie &#224; une &#233;tude empirique du travail soutenable. Ils mettent en lumi&#232;re l&#8217;int&#233;r&#234;t d&#8217;une d&#233;marche holistique tenant compte non seulement de tous les acteurs concern&#233;s &#8211; &#224; commencer par les travailleurs &#8211;, mais aussi de temporalit&#233;s longues et des interd&#233;pendances mondiales.</p>
<p>Nous esp&#233;rons en outre qu&#8217;ils pr&#233;pareront le terrain &#224; l&#8217;ouverture de discussions, non seulement sur la collecte syst&#233;matique de donn&#233;es permettant d&#8217;&#233;tudier le travail soutenable, mais aussi sur l&#8217;adoption de politiques susceptibles de donner naissance &#224; des formes soutenables de travail, par exemple par la cr&#233;ation de statuts juridiques permettant de concilier plus facilement les diff&#233;rentes dimensions du travail soutenable. Envisag&#233; de mani&#232;re globale, le &#171;travail soutenable&#187; n&#8217;est pas juste un moyen de couvrir les cat&#233;gories de travail existantes d&#8217;un vernis &#233;cologique: il peut conduire &#224; une r&#233;&#233;valuation de la nature de notre syst&#232;me &#233;conomique et de la possibilit&#233; de le faire &#233;voluer. Appr&#233;hend&#233; ainsi, il devient une cat&#233;gorie &#233;minemment politique.</p>
</sec>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="n1"><p>Le p&#233;rim&#232;tre du travail pourrait aussi &#234;tre &#233;tendu de fa&#231;on &#224; englober le travail non humain (ex&#233;cut&#233; par les animaux, les robots, la nature, etc.). Ce dossier sp&#233;cial a cependant pour objet le travail humain.</p></fn>
<fn id="n2"><p>Au d&#233;part, deux articles sur le travail non r&#233;mun&#233;r&#233; devaient apporter un &#233;clairage sur un aspect suppl&#233;mentaire de la politisation du travail soutenable (<xref ref-type="bibr" rid="B11">Pruvost, 2021</xref>), mais leurs auteurs ont malheureusement renonc&#233; &#224; les publier.</p></fn>
</fn-group>
<sec>
<title>Remerciements</title>
<p>Ce projet a b&#233;n&#233;fici&#233; du concours du Wissenschaftskolleg zu Berlin et de la fondation Ammodo, dans le cadre de son prix pour la recherche fondamentale (cat&#233;gorie sciences humaines, 2021). Nous remercions &#233;galement les &#233;valuateurs de la <italic>Revue internationale du Travail</italic> pour leurs commentaires pr&#233;cieux, ainsi qu&#8217;Uma Rani Amara, Aristea Koukiadaki et Esther Barrett pour leur soutien ind&#233;fectible tout au long du processus.</p>
</sec>
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<title>R&#233;f&#233;rences</title>
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