<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE article PUBLIC "-//NLM//DTD JATS (Z39.96) Journal Publishing DTD v1.2 20120330//EN" "http://jats.nlm.nih.gov/publishing/1.2/JATS-journalpublishing1.dtd">
<!--<?xml-stylesheet type="text/xsl" href="article.xsl"?>-->
<article article-type="research-article" dtd-version="1.2" xml:lang="fr" xmlns:mml="http://www.w3.org/1998/Math/MathML" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance">
<front>
<journal-meta>
<journal-id journal-id-type="issn">0000-0000</journal-id>
<journal-title-group>
<journal-title>Revue internationale du Travail</journal-title>
</journal-title-group>
<issn pub-type="epub">0000-0000</issn>
<publisher>
<publisher-name>Open Library of Humanities</publisher-name>
</publisher>
</journal-meta>
<article-meta>
<article-id pub-id-type="doi">10.16995/ilrf.18835</article-id>
<article-categories>
<subj-group>
<subject>Article</subject>
</subj-group>
</article-categories>
<title-group>
<article-title>Discours sur le travail soutenable dans les communaut&#233;s touch&#233;es par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re: &#224; la recherche d&#8217;un concept d&#233;colonial</article-title>
</title-group>
<contrib-group>
<contrib contrib-type="author" corresp="yes">
<name>
<surname>Zbyszewska</surname>
<given-names>Ania</given-names>
</name>
<email>ania.zbyszewska@carleton.ca</email>
<xref ref-type="aff" rid="aff-1">1</xref>
</contrib>
<contrib contrib-type="author">
<name>
<surname>Maximo</surname>
<given-names>Flavia</given-names>
</name>
<email>flavia.pereira@ufop.edu.br</email>
<xref ref-type="aff" rid="aff-2">2</xref>
</contrib>
</contrib-group>
<aff id="aff-1"><label>1</label>Facult&#233; de droit et d&#8217;&#233;tudes juridiques, Universit&#233; Carleton, Canada</aff>
<aff id="aff-2"><label>2</label>Facult&#233; de droit, Universit&#233; f&#233;d&#233;rale d&#8217;Ouro Preto, Br&#233;sil</aff>
<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2025-04-01">
<day>01</day>
<month>04</month>
<year>2025</year>
</pub-date>
<pub-date pub-type="collection">
<year>2025</year>
</pub-date>
<volume>164</volume>
<issue>1</issue>
<fpage>1</fpage>
<lpage>22</lpage>
<permissions>
<copyright-statement>&#x00A9; Auteur(s), 2025. Compilation et traduction des articles. &#x00A9; Organisation internationale du Travail, 2025</copyright-statement>
<copyright-year>2025</copyright-year>
<license license-type="open-access" xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">
<license-p>Cet article est en libre acc&#232;s, distribu&#233; selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0), qui permet une utilisation, distribution et reproduction sans restriction sur tout support, &#224; condition que l&#8217;auteur original et la source soient cr&#233;dit&#233;s. Voir <uri xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</uri>. Les articles de la Revue sont index&#233;s dans <uri xlink:href="https://labordoc.ilo.org/discovery/search?vid=41ILO_INST:41ILO_V2&amp;lang=fr">Labordoc</uri>, la base de donn&#233;es bibliographique du Bureau international du Travail. Pour un compl&#233;ment d&#8217;information sur l&#8217;OIT et ses publications, veuillez consulter le site de l&#8217;Organisation, &#224; l&#8217;adresse <uri xlink:href="https://www.ilo.org">www.ilo.org</uri>.</license-p>
</license>
</permissions>
<self-uri xlink:href="https://ilr-rit.org/articles/10.16995/ilr.18835/"/>
<abstract>
<p>Pour les institutions des Nations Unies, dont l&#8217;OIT, le travail soutenable contribue &#224; l&#8217;av&#232;nement d&#8217;&#233;conomies vertes et inclusives. Les autrices examinent si cette vision dominante est reprise ou remise en cause sur le terrain en s&#8217;appuyant sur une analyse d&#233;coloniale de discours concernant des communaut&#233;s touch&#233;es par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re au Br&#233;sil et au Canada. Elles constatent que, alors que les conceptions d&#233;coloniales sont centr&#233;es sur le soin &#224; la terre et aux personnes, la reconnaissance de la d&#233;pendance &#233;cologique, le respect de la vie et le travail reproductif, les visions dominantes du travail soutenable sont souvent instrumentalis&#233;es pour l&#233;gitimer des pratiques incompatibles avec cette vision.</p>
</abstract>
<kwd-group>
<kwd>travail soutenable</kwd>
<kwd>moyens de subsistance</kwd>
<kwd>activit&#233; mini&#232;re</kwd>
<kwd>extractivisme</kwd>
<kwd>emplois verts</kwd>
<kwd>approches d&#233;coloniales</kwd>
<kwd>Br&#233;sil</kwd>
<kwd>Canada</kwd>
</kwd-group>
</article-meta>
</front>
<body>
<p>Les articles paraissant dans la <italic>Revue internationale du Travail</italic> n&#8217;engagent que leurs auteurs, de m&#234;me que les d&#233;signations territoriales qui y sont utilis&#233;es, et leur publication ne signifie pas que l&#8217;OIT souscrit aux opinions qui y sont exprim&#233;es.</p>
<p>Titre original: &#171;Narratives of Sustainable Work in Mining-Affected Communities: Gleaning a Decolonial Concept&#187; (<italic>International Labour Review</italic>, vol. 164, n&#176; 1). Traduit par Isabelle Croix. &#201;galement disponible en espagnol (<italic>Revista Internacional del Trabajo</italic>, vol. 144, n&#176; 1).</p>
<sec>
<title>1. Introduction</title>
<p>Dans le discours dominant, en particulier celui des organisations internationales, le travail soutenable<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref> est li&#233; aux orientations sur l&#8217;&#233;conomie verte et aux objectifs de d&#233;veloppement durable. Pour diverses institutions des Nations Unies, il rev&#234;t principalement la forme d&#8217;un travail &#8211; ou emploi &#8211; &#171;d&#233;cent&#187; et &#171;vert&#187;. Pour l&#8217;Organisation internationale du Travail (OIT), il s&#8217;agit d&#8217;un emploi qui &#171;contribu[e] &#224; la pr&#233;servation et &#224; la restauration de l&#8217;environnement&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B51">OIT, 2014</xref>), ainsi qu&#8217;&#224; &#171;l&#8217;&#233;radication de la pauvret&#233; et &#224; l&#8217;[inclusion] sociale&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B52">OIT, 2015, p. 5</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B50">OIT, 2012</xref>). Le travail soutenable tel qu&#8217;il est con&#231;u par le Programme des Nations Unies pour le d&#233;veloppement (PNUD) a pour caract&#233;ristique centrale de promouvoir le d&#233;veloppement humain &#171;tout en r&#233;duisant et en &#233;liminant les externalit&#233;s n&#233;gatives pouvant intervenir sur diff&#233;rents plans g&#233;ographiques et temporels&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B59">PNUD, 2015, p. 37</xref>), ce qui devrait exclure de son p&#233;rim&#232;tre les secteurs &#233;conomiques et les emplois qui participent &#224; l&#8217;&#233;puisement des ressources et qui ont un co&#251;t social et environnemental &#233;norme &#224; l&#8217;&#233;chelle locale et mondiale ainsi que pour les g&#233;n&#233;rations futures. Pourtant, comme nous l&#8217;avan&#231;ons dans cet article, les conceptions dominantes de la soutenabilit&#233; peuvent &#234;tre instrumentalis&#233;es de mani&#232;re &#224; faire passer pour l&#233;gitimes des pratiques &#233;conomiques incompatibles avec une quelconque forme de travail soutenable au sens d&#8217;un travail ancr&#233; dans le soin &#224; la terre et aux personnes. Plus pr&#233;cis&#233;ment, l&#8217;extraction de ressources et l&#8217;exploitation mini&#232;re &#224; grande &#233;chelle, en particulier lorsqu&#8217;elles concernent des minerais dits &#171;essentiels&#187;, sont souvent consid&#233;r&#233;es comme des activit&#233;s soutenables et comme des gisements d&#8217;emplois &#171;verts&#187;<xref ref-type="fn" rid="n2">2</xref> alors m&#234;me que l&#8217;extractivisme est une pratique dont la violence environnementale et sociale est d&#233;montr&#233;e (<xref ref-type="bibr" rid="B69">Shapiro et McNeish, 2021</xref>)<xref ref-type="fn" rid="n3">3</xref>, notamment parce qu&#8217;elle interf&#232;re avec d&#8217;autres strat&#233;gies de subsistance et notions caract&#233;ristiques de ce qui constitue un travail soutenable.</p>
<p>L&#8217;incongruit&#233; inh&#233;rente &#224; la notion d&#8217;exploitation mini&#232;re &#171;verte&#187; (ou emploi minier &#171;vert&#187;) est repr&#233;sentative des contradictions plus g&#233;n&#233;rales que rec&#232;lent les conceptions dominantes de la soutenabilit&#233; du travail. D&#8217;un c&#244;t&#233;, bon nombre d&#8217;orientations d&#233;finies par les Nations Unies traduisent une reconnaissance de ce que le travail soutenable d&#233;signe un ensemble de pratiques qui, loin de se borner aux &#171;emplois et &#224; la relation d&#8217;emploi&#187;, englobent aussi le soin, le b&#233;n&#233;volat et d&#8217;autres formes de travaux non r&#233;mun&#233;r&#233;s et non marchands (<xref ref-type="bibr" rid="B59">PNUD, 2015</xref>). Elles prennent aussi en compte divers modes de subsistance, dont ceux des populations traditionnelles et peuples autochtones (<xref ref-type="bibr" rid="B54">OIT, 2020</xref>), qui sont souvent li&#233;s &#224; l&#8217;entretien de la terre et enracin&#233;s dans des mod&#232;les &#233;conomiques et syst&#232;mes de savoir non capitalistes ou hybrides<xref ref-type="fn" rid="n4">4</xref>. D&#8217;un autre c&#244;t&#233; cependant, ces politiques, y compris celles qui reposent sur une d&#233;finition plus large du travail et des moyens de subsistance, mettent l&#8217;accent sur l&#8217;int&#233;gration au march&#233; du travail et la formalisation de celui-ci (<xref ref-type="bibr" rid="B53">OIT, 2019</xref>), et font de la croissance une composante du d&#233;veloppement durable. Ainsi, m&#234;me si elle est salu&#233;e pour l&#8217;importance qu&#8217;elle accorde au travail d&#233;cent et &#224; l&#8217;extension des protections aux travailleurs les plus vuln&#233;rables, l&#8217;action de l&#8217;OIT en faveur de la formalisation du travail a &#233;galement &#233;t&#233; con&#231;ue pour faire entrer un nombre toujours plus grand de personnes et de modes de subsistance dans le giron des structures de production capitalistes, avec les divisions mondiales du travail (racialis&#233;e et genr&#233;e) et la persistance des relations coloniales qui vont avec (<xref ref-type="bibr" rid="B4">Ashiagbor, 2019</xref>). De m&#234;me, des chercheurs ont critiqu&#233; l&#8217;importance donn&#233;e au d&#233;veloppement port&#233; par la croissance, reprochant &#224; cette conception de r&#233;ifier ce qui constitue en r&#233;alit&#233; une cause majeure de non-soutenabilit&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B38">Littig, 2018</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B62">Rai, Brown et Ruwanpura, 2019</xref>), certains d&#8217;entre eux plaidant pour l&#8217;&#233;laboration de strat&#233;gies de d&#233;veloppement en rupture avec cette vision dominante (<xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B37">Kothari, Demaria et Acosta, 2014</xref>).</p>
<p>Dans notre article, nous explorons les contradictions inh&#233;rentes aux conceptions dominantes du travail soutenable en examinant comment elles sont reprises sur le terrain par les populations touch&#233;es par des projets miniers et en analysant la fa&#231;on dont elles sont remises en question par d&#8217;autres visions et pratiques, en particulier celles &#233;manant d&#8217;acteurs marginalis&#233;s. Nous nous appuyons &#224; cette fin sur des th&#233;ories contre-h&#233;g&#233;moniques, que les politiques classiques n&#8217;ont jamais prises en compte, parce qu&#8217;elles proviennent de sujets subalternes<xref ref-type="fn" rid="n5">5</xref>. Les traditions de savoir non occidentales, noires et autochtones sont embl&#233;matiques de visions marginalis&#233;es ou contre-h&#233;g&#233;moniques, parce qu&#8217;elles ont &#233;t&#233; subordonn&#233;es &#224; des normes et &#224; des id&#233;es ancr&#233;es dans des syst&#232;mes de connaissance eurocentriques<xref ref-type="fn" rid="n6">6</xref>, pens&#233;s par des hommes blancs. La domination &#233;pist&#233;mique ou l&#8217;h&#233;g&#233;monie de ces syst&#232;mes est pour beaucoup dans la persistance et l&#8217;enracinement de hi&#233;rarchies construites en fonction du genre, de la race et de l&#8217;ordre colonial typiques du fonctionnement du (des) capitalisme(s) moderne(s) (<xref ref-type="bibr" rid="B39">Lugones, 2008</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>). Cette h&#233;g&#233;monie d&#233;termine aussi la mani&#232;re dont le travail, les terres et l&#8217;&#233;tat de l&#8217;environnement s&#8217;articulent les uns avec les autres (<xref ref-type="bibr" rid="B80">Zbyszewska et Maximo, 2023</xref>) et, par extension, influe sur la conceptualisation du travail dans les politiques dominantes. Envisager d&#8217;autres mani&#232;res d&#8217;aborder le travail soutenable suppose d&#8217;interroger et de d&#233;centrer ces conceptions dominantes.</p>
<p>C&#8217;est ce que nous nous proposons de faire ici en faisant appel &#224; une approche d&#233;coloniale. La pens&#233;e d&#233;coloniale se d&#233;marque des autres th&#233;ories contre-h&#233;g&#233;moniques par le fait qu&#8217;elle n&#8217;a pas pour seule ambition d&#8217;ajouter des points de vue subalternes aux cat&#233;gories normatives et r&#233;glementaires existantes (par exemple le travail), ce qui reviendrait tout simplement &#224; ajouter une annexe aux conceptions dominantes. En r&#233;alit&#233;, elle vise un changement plus radical, parce qu&#8217;elle place les th&#233;ories et pratiques subalternes au centre de la restructuration des significations et des cadres normatifs (dont ceux li&#233;s au travail et &#224; la soutenabilit&#233;), au lieu d&#8217;adapter ces cadres pour att&#233;nuer les pires exc&#232;s du capitalisme racial/colonial (<xref ref-type="bibr" rid="B71">Smith, 1999;</xref> <xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>). Un concept d&#233;colonial de travail soutenable serait ax&#233; sur des caract&#233;ristiques telles que la satisfaction des besoins de la collectivit&#233;, l&#8217;impossibilit&#233; de s&#233;parer le travail de la nature, et l&#8217;id&#233;e que la r&#233;gulation du travail doit reposer sur des crit&#232;res d&#233;finis collectivement et r&#233;servant une part centrale au bien vivre &#8211; autant de propri&#233;t&#233;s compatibles avec les valeurs de r&#233;ciprocit&#233; qu&#8217;expriment beaucoup d&#8217;approches subalternes (<xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B75">Tzul Tzul, 2015</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B8">Bispo dos Santos, 2018</xref>). Enfin, ce concept serait ancr&#233;, situ&#233; et centr&#233; sur des pratiques. Il serait donc vraisemblablement compris et mat&#233;rialis&#233; de diverses mani&#232;res.</p>
<p>Dans notre article, nous tentons de recenser les conceptions qui ont actuellement cours en r&#233;alisant une premi&#232;re analyse de diff&#233;rents discours sur le travail soutenable, discours dont nous avons constat&#233; la pr&#233;sence dans deux communaut&#233;s o&#249; nous conduisions une recherche, &#224; savoir &#224; Ant&#244;nio Pereira, au Br&#233;sil, et &#224; Sudbury, au Canada. Ces deux communaut&#233;s ont en commun de subir de longue date les cons&#233;quences de l&#8217;extraction intensive de ressources en raison d&#8217;&#233;normes op&#233;rations mini&#232;res de l&#8217;entreprise Vale S.A., g&#233;ant br&#233;silien du secteur minier. L&#8217;une et l&#8217;autre paient un lourd tribut social et environnemental aux pratiques du secteur. Elles se diff&#233;rencient cependant l&#8217;une de l&#8217;autre sur certains points importants, en particulier la r&#233;partition des avantages et dommages r&#233;sultant l&#8217;extractivisme et la participation de la population locale &#224; l&#8217;activit&#233; mini&#232;re. &#192; cet &#233;gard, la race, le genre, l&#8217;indig&#233;n&#233;it&#233; et la colonialit&#233; sont vraisemblablement des vecteurs essentiels de &#171;marginalit&#233;&#187;. Les deux communaut&#233;s sont l&#8217;une et l&#8217;autre des lieux de colonisation, mais elles occupent des positions diff&#233;rentes au sein de la matrice coloniale g&#233;opolitique, l&#8217;une &#233;tant situ&#233;e dans l&#8217;h&#233;misph&#232;re Sud et l&#8217;autre dans l&#8217;h&#233;misph&#232;re Nord, d&#8217;o&#249; des diff&#233;rences de conception de la race et du genre et des exigences de justice raciale et d&#233;coloniale<xref ref-type="fn" rid="n7">7</xref>.</p>
<p>Comment le travail soutenable est-il appr&#233;hend&#233; dans ces deux contextes? Les discours exprim&#233;s sur le terrain refl&#232;tent-ils les visions h&#233;g&#233;moniques qui irriguent les politiques dominantes ou vont-ils dans le sens d&#8217;une vision d&#233;coloniale? Est-il possible de trouver une compatibilit&#233; entre les objectifs de personnes qui ont des moyens de subsistance diff&#233;rents (&#224; l&#8217;ext&#233;rieur et &#224; l&#8217;int&#233;rieur du secteur minier) et qui sont touch&#233;es par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re de diverses mani&#232;res et le concept de travail soutenable tel qu&#8217;appr&#233;hend&#233; par la pens&#233;e dominante? Pour cartographier les discours, nous nous appuyons sur des documents r&#233;cents<xref ref-type="fn" rid="n8">8</xref> publi&#233;s par les entreprises du secteur minier, les pouvoirs publics et les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile.</p>
<p>Notre article est structur&#233; de la mani&#232;re suivante. Dans la deuxi&#232;me partie, nous exposons la m&#233;thode d&#233;coloniale adopt&#233;e et d&#233;crivons plus pr&#233;cis&#233;ment nos &#233;tudes de cas. Dans la troisi&#232;me nous pr&#233;sentons les discours sur le travail soutenable extraits de notre mat&#233;riel source. Dans la quatri&#232;me partie, nous cherchons &#224; savoir si ces discours confortent ou remettent en cause les conceptions h&#233;g&#233;moniques du travail soutenable. Nous montrons que certains discours refl&#232;tent directement ou reprennent en partie ces conceptions, tandis que d&#8217;autres sont ancr&#233;s dans une culture qui r&#233;serve une place centrale au soin aux personnes et &#224; la terre, &#224; la reconnaissance de la d&#233;pendance &#233;cologique, au respect de la vie et au travail reproductif. Nous constatons que les conceptions dominantes du travail soutenable sont souvent instrumentalis&#233;es pour justifier des pratiques incompatibles avec ce qui, d&#8217;apr&#232;s ces derniers discours, rend le travail soutenable. En conclusion, dans la cinqui&#232;me partie, nous plaidons en faveur de l&#8217;adoption d&#8217;une vision d&#233;colonis&#233;e du travail soutenable, tenant compte des multiples mani&#232;res dont les individus peuvent gagner leur vie, de l&#8217;h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du savoir et de l&#8217;interd&#233;pendance des vies qu&#8217;abrite la Terre.</p>
</sec>
<sec>
<title>2. M&#233;thode et &#233;tudes de cas</title>
<sec>
<title>2.1. La d&#233;colonialit&#233; comme m&#233;thode</title>
<p>Pour beaucoup d&#8217;auteurs, en tant que m&#233;thode, la d&#233;colonialit&#233; devrait s&#8217;appliquer &#224; tout type de recherche sociologique, ind&#233;pendamment du cadre th&#233;orique retenu (<xref ref-type="bibr" rid="B39">Lugones, 2008</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B21">Datta, 2018</xref>). Certains avancent m&#234;me qu&#8217;une recherche non d&#233;coloniale risque de perp&#233;tuer l&#8217;oppression des populations marginalis&#233;es, dont les communaut&#233;s autochtones, de renforcer les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et raciales et de compromettre les moyens de subsistance traditionnels (<xref ref-type="bibr" rid="B71">Smith, 1999</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B64">Rivera Cusicanqui, 2010</xref>). L&#8217;op&#233;rationnalisation de la d&#233;colonialit&#233; &#224; des fins de recherche implique de veiller au pluralisme &#233;pist&#233;mique, c&#8217;est-&#224;-dire de tenir principalement compte de savoirs produits par des subalternes, sans toutefois les essentialiser. D&#232;s lors, circonscrire un concept simple &#8211; dans notre cas la signification du travail soutenable &#8211; est contraire &#224; l&#8217;approche d&#233;coloniale elle-m&#234;me. Il demeure toutefois possible de d&#233;finir des principes directeurs pour d&#233;crire un &#233;ventail de conceptions marginalis&#233;es de ce concept (<xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B75">Tzul Tzul, 2015</xref>).</p>
<p>La recherche d&#233;coloniale repose sur des savoirs contre-h&#233;g&#233;moniques, produits entre autres par les femmes, les populations noires et autochtones qui, &#224; l&#8217;&#233;poque moderne, ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s en position marginale ou subalterne. Ces traditions sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes, mais elles ont en commun de reconna&#238;tre d&#8217;une mani&#232;re ou d&#8217;une autre la valeur de la nature et de consid&#233;rer que les moyens de subsistance, la reproduction sociale et la socialit&#233; sont &#233;troitement li&#233;s &#224; la terre et au territoire, de m&#234;me qu&#8217;au genre, &#224; la race et &#224; la position g&#233;opolitique (<xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>), ce qui a des implications pour la vision de la notion de soutenabilit&#233; en g&#233;n&#233;ral et du travail soutenable en particulier. D&#8217;apr&#232;s notre analyse de la litt&#233;rature d&#233;coloniale, notamment des &#233;tudes consacr&#233;es &#224; la r&#233;surgence autochtone, le concept de travail soutenable devrait inclure les caract&#233;ristiques suivantes: il devrait &#234;tre d&#233;fini d&#233;mocratiquement, avoir pour but d&#8217;assurer la soutenabilit&#233; des vies humaines et non humaines et reposer sur l&#8217;id&#233;e que la nature, le travail et la communaut&#233; sont ins&#233;parables (<xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B75">Tzul Tzul, 2015</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B8">Bispo dos Santos, 2018</xref>). Ces propri&#233;t&#233;s et dimensions sont inspir&#233;es par plusieurs principes autochtones et noirs fond&#233;s sur la r&#233;ciprocit&#233;, principes qui impliquent d&#8217;&#233;tablir des relations sociales anticapitalistes contraires &#224; la logique pr&#233;datrice du capital telle qu&#8217;elle se manifeste dans l&#8217;extractivisme des ressources naturelles &#8211; humaines et non humaines &#8211; et li&#233;es &#224; la culture et &#224; des normativit&#233;s ancr&#233;es (<xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B69">Shapiro et McNeish, 2021</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B40">Machado Araoz, 2023</xref>). En d&#8217;autres termes, d&#233;finir le travail soutenable suppose de d&#233;marchandiser le travail et la nature en tenant compte des rapports de pouvoir raciaux et g&#233;opolitiques n&#233;s de la colonisation<xref ref-type="fn" rid="n9">9</xref>. Les modes de gouvernance participatifs ou la d&#233;mocratie directe sont inh&#233;rents &#224; la r&#233;ciprocit&#233;, laquelle vise &#224; faire, collectivement et sans hi&#233;rarchie entre les positions et les savoirs, du respect du vivant &#8211; humain ou non &#8211; le c&#339;ur des relations sociales (<xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B75">Tzul Tzul, 2015</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B70">Simpson, 2017</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B8">Bispo dos Santos, 2018</xref>).</p>
<p>Les chercheurs d&#233;coloniaux mettent donc g&#233;n&#233;ralement en lumi&#232;re l&#8217;incompatibilit&#233; entre la notion de travail tel que con&#231;ue dans un syst&#232;me capitaliste racial/colonial et celle de soutenabilit&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>). Dans la pens&#233;e d&#233;coloniale, ces deux notions sont irr&#233;conciliables, parce que l&#8217;exploitation ou l&#8217;expropriation illimit&#233;es de la nature et du travail humain constituent l&#8217;essence m&#234;me du capitalisme (<xref ref-type="bibr" rid="B31">Gudynas, 2011</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B70">Simpson, 2017</xref>)<xref ref-type="fn" rid="n10">10</xref>. Le capitalisme est par d&#233;finition un syst&#232;me racial/colonial parce que, depuis la colonisation des Am&#233;riques, il puise ses racines dans des r&#233;gimes d&#8217;accumulation fond&#233;s sur l&#8217;extractivisme, reproduits par les divisions raciale et genr&#233;e du travail, toutes les formes de contr&#244;le du travail &#233;tant organis&#233;es autour du capital (<xref ref-type="bibr" rid="B61">Quijano, 2000</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>). Cette &#171;colonialit&#233; du pouvoir&#187; perdure aujourd&#8217;hui encore et continue de compromettre la vie dans les pays et espaces postcoloniaux du Sud o&#249; le colonialisme d&#8217;installation demeure une r&#233;alit&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B61">Quijano, 2000</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B70">Simpson, 2017</xref>). La colonialit&#233; diff&#232;re donc du colonialisme en ce qu&#8217;elle ne concerne pas seulement la p&#233;riode pendant laquelle le contr&#244;le colonial s&#8217;exerce sur un territoire (<xref ref-type="bibr" rid="B61">Quijano, 2000</xref>)<xref ref-type="fn" rid="n11">11</xref>.</p>
<p>D&#232;s lors, la d&#233;colonialit&#233; est un processus continu de lutte anticoloniale qui implique une rupture &#233;pist&#233;mique et politique avec les configurations coloniales du pouvoir (<xref ref-type="bibr" rid="B61">Quijano, 2000</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B23">Denzin, Lincoln et Smith, 2008</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B17">Corntassel, 2012</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>). Il en r&#233;sulte un d&#233;fi de taille s&#8217;agissant des significations du travail soutenable quand on sait que la colonialit&#233; fait obstacle &#224; des imaginaires autres. Ainsi, parlant de la r&#233;surgence autochtone, Corntassel (<xref ref-type="bibr" rid="B17">2012, p. 95</xref>) fait observer que la colonialit&#233; conduit &#224; imposer &#171;l&#8217;id&#233;e fausse selon laquelle il n&#8217;y aurait pas d&#8217;autres mod&#232;les l&#233;gitimes que le syst&#232;me du march&#233;, affaiblissant ainsi la confiance des populations autochtones et compromettant la capacit&#233; &#224; imaginer qu&#8217;une autre voie que le d&#233;veloppement &#233;conomique puisse mener &#224; la r&#233;surgence&#187;<xref ref-type="fn" rid="n12">12</xref>.</p>
<p>Par ailleurs, d&#233;coloniser le savoir ne signifie pas plaquer des th&#233;ories sur des exp&#233;riences comme le font beaucoup de chercheurs, qui appliquent leur vision &#171;universelle&#187; &#224; des pratiques locales (<xref ref-type="bibr" rid="B64">Rivera Cusicanqui, 2010</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Coulthard, 2014</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B70">Simpson, 2017</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B58">Picq, Paza Guanolema et P&#233;rez Guartambel, 2017</xref>). En r&#233;alit&#233;, une d&#233;marche d&#233;coloniale passe par l&#8217;&#233;tablissement de &#171;relations empreintes de respect permettant que les exp&#233;riences militantes viennent &#233;clairer la th&#233;orie acad&#233;mique et vice versa, relations dans lesquelles les chercheurs peuvent et doivent trouver leurs propres mani&#232;res de s&#8217;impliquer dans la th&#233;orie et dans la pratique&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B58">Picq, Paza Guanolema et P&#233;rez Guartambel, 2017, p. 415</xref>). C&#8217;est pourquoi l&#8217;approche d&#233;coloniale exige que toute recherche soit situ&#233;e en termes de g&#233;opolitique et de politique corporelle des savoirs, d&#8217;o&#249; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rative de tenter de comprendre les interrelations entre ces positions (spatiale et corporelle) du chercheur et le sujet &#233;tudi&#233;, et de subvertir ainsi l&#8217;universalisme de l&#8217;eurocentrisme (<xref ref-type="bibr" rid="B3">Anzald&#250;a, 1987</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B21">Datta, 2018</xref>). Quiconque tente d&#8217;&#233;tablir des passerelles entre connaissance et pratique doit imp&#233;rativement tenir compte de ses propres liens avec les territoires et sujets analys&#233;s. C&#8217;est donc en raison de notre propre position de chercheuses vivant dans des espaces colonis&#233;s au Br&#233;sil et au Canada que nous avons choisi Ant&#244;nio Pereira, au Br&#233;sil, et Sudbury, au Canada, pour r&#233;aliser les &#233;tudes de cas qui servent de base &#224; notre analyse de discours. M&#234;me si nous ne nous appuyons pas ici sur des donn&#233;es obtenues en &#233;tablissant des liens explicites avec les populations de ces localit&#233;s, le projet plus vaste dans le cadre duquel s&#8217;inscrit notre article suppose d&#8217;&#233;tablir ce type de relations &#8211; processus que nous avons d&#233;j&#224; amorc&#233; au moyen d&#8217;une recherche de terrain.</p>
<p>L&#8217;adoption d&#8217;une approche d&#233;coloniale pour analyser les discours sur le travail soutenable &#224; Ant&#244;nio Pereira et Sudbury implique aussi de consid&#233;rer que la conception dominante et la vision contre-h&#233;g&#233;monique ne sont pas s&#233;par&#233;es par une fronti&#232;re &#233;tanche et peuvent parfois se recouper dans une plus ou moins large mesure, notamment au niveau de la mani&#232;re dont certains acteurs formulent leur vision (<xref ref-type="bibr" rid="B41">Maldonado-Torres, 2007</xref>)<xref ref-type="fn" rid="n13">13</xref>. Pour recueillir ces diff&#233;rents discours, nous nous sommes appuy&#233;es sur des documents r&#233;cents &#8211; articles publi&#233;s dans la presse, documents d&#8217;orientation, sites Internet d&#8217;organisations, documentaires audio et vid&#233;o et autres sources de m&#234;me nature. Les documents &#233;tudi&#233;s &#233;manent d&#8217;autorit&#233;s et organismes publics relevant de diff&#233;rents niveaux d&#8217;administration, d&#8217;entreprises, de syndicats et organisations de travailleurs, d&#8217;organisations non gouvernementales (ONG) et communautaires et de la presse. &#192; noter que nos sources &#233;tant textuelles et audiovisuelles, elles peuvent ne pas refl&#233;ter fid&#232;lement ce que nous avons constat&#233; pendant notre recherche de terrain. Dans la prochaine phase de notre projet, nous comparerons les discours pr&#233;sent&#233;s ici et ceux recueillis sur le terrain. Avant de pr&#233;senter les principaux th&#232;mes qui se d&#233;gagent du mat&#233;riel analys&#233;, nous fournissons quelques &#233;l&#233;ments de contexte sur Sudbury et Ant&#244;nio Pereira.</p>
</sec>
<sec>
<title>2.2. &#201;tudes de cas: &#233;l&#233;ments de contexte</title>
<p>Sudbury est une ville de pr&#232;s de 170 000 habitants situ&#233;e sur les terres ancestrales des Premi&#232;res Nations Atikameksheng Anishinawbek et de Wahnapitae, dans ce qui est aujourd&#8217;hui la province canadienne de l&#8217;Ontario. D&#8217;apr&#232;s les archives orales, les populations autochtones y ont pratiqu&#233; l&#8217;extraction durable, y compris de minerais (comme le cuivre), pendant des milliers d&#8217;ann&#233;es (<xref ref-type="bibr" rid="B48">Morin, 2018, pp. 99-134</xref>). L&#8217;extraction s&#8217;est intensifi&#233;e au moment de l&#8217;arriv&#233;e des colons europ&#233;ens, qui se sont d&#8217;abord lanc&#233;s dans le commerce de la fourrure au XVI<sup>e</sup> si&#232;cle. Au milieu du XIX<sup>e</sup> si&#232;cle, &#224; la suite de la signature du trait&#233; <xref ref-type="bibr" rid="B49">de Robinson-Huron, en 1850</xref>, ils se sont engag&#233;s dans l&#8217;exploitation massive des for&#234;ts, puis dans l&#8217;extraction et la fusion de minerais tels que le nickel et le cuivre. L&#8217;exploitation de minerais occupe aujourd&#8217;hui encore une place importante dans l&#8217;&#233;conomie de la r&#233;gion. En 1915, les mines de Sudbury fournissaient 80 pour cent du nickel produit dans le monde, et la ville est actuellement l&#8217;un des premiers fournisseurs mondiaux de nickel.</p>
<p>L&#8217;extraction de ressources &#224; l&#8217;&#233;chelle industrielle constitue le moteur &#233;conomique de la r&#233;gion, sans pour autant que les autochtones en r&#233;coltent les fruits, parce que les autorit&#233;s coloniales et les entreprises n&#8217;ont pas respect&#233; les dispositions du trait&#233; se rapportant &#224; l&#8217;indemnisation annuelle, aux fronti&#232;res des terres r&#233;serv&#233;es aux autochtones et &#224; la non-ing&#233;rence dans leur &#233;conomie (Nation Anishinabek, sans date; <xref ref-type="bibr" rid="B12">Brown, 2023</xref>). L&#8217;extraction et le traitement des minerais ont &#233;puis&#233; les terres et d&#233;grad&#233; les &#233;cosyst&#232;mes locaux, entra&#238;nant une pollution de l&#8217;air, une acidification des sols et des lacs, ainsi qu&#8217;un appauvrissement consid&#233;rable de la v&#233;g&#233;tation et une &#233;rosion des sols (<xref ref-type="bibr" rid="B79">Winterhalder, 1996</xref>). Ces ph&#233;nom&#232;nes ont eu des r&#233;percussions n&#233;gatives sur l&#8217;approvisionnement en nourriture et les moyens de subsistance agricoles des Premi&#232;res Nations de la r&#233;gion, qui d&#233;pendaient souvent de la chasse et de la p&#234;che pour pourvoir &#224; leurs besoins alimentaires et de la r&#233;colte du bois pour se procurer un revenu dans l&#8217;&#233;conomie coloniale (<xref ref-type="bibr" rid="B35">Ismi, 2009</xref>, citant le chef Petahtegoose). En 1972, l&#8217;International Nickel Company (INCO) a r&#233;agi &#224; l&#8217;entr&#233;e en vigueur de nouvelles exigences r&#233;glementaires visant &#224; lutter contre la pollution de l&#8217;air par la construction de la chemin&#233;e Superstack, ce qui a am&#233;lior&#233; la situation de Sudbury, mais a eu pour effet de disperser les &#233;missions sur un territoire plus vaste, faisant du complexe minier la plus grande source de pollution atmosph&#233;rique au dioxyde de soufre au monde (<xref ref-type="bibr" rid="B44">McCracken, 2013</xref>).</p>
<p>Depuis les ann&#233;es 1970, Sudbury s&#8217;est engag&#233;e dans un ambitieux programme de reverdissement, g&#233;rant ses r&#233;sidus miniers et restaurant ses terres appauvries afin de diversifier l&#8217;&#233;conomie locale et d&#8217;am&#233;liorer son image pour endiguer l&#8217;exode des jeunes. L&#8217;INCO, puis, Vale, qui a rachet&#233; ses activit&#233;s en 2006, ont &#233;t&#233; partie prenante &#224; ce processus. La d&#233;pollution de Sudbury a facilit&#233; la conclusion de l&#8217;Accord Canada-&#201;tats-Unis sur la qualit&#233; de l&#8217;air<xref ref-type="fn" rid="n14">14</xref>, en 1991, et l&#8217;exp&#233;rience de Sudbury a d&#233;sormais valeur de mod&#232;le pour la restauration de paysages endommag&#233;s, un mod&#232;le qui est diffus&#233; et adopt&#233; dans le monde entier et a valu &#224; la ville de nombreux prix en reconnaissance de son entreprise de reverdissement (<xref ref-type="bibr" rid="B46">Miller Llana, 2020</xref>). Dans le cadre des efforts qu&#8217;elles d&#233;ploient pour am&#233;liorer la soutenabilit&#233; de leurs activit&#233;s, plusieurs compagnies mini&#232;res, dont Vale, se sont engag&#233;es dans des partenariats et ont conclu des ententes sur les r&#233;percussions et les avantages (ERA) avec les Premi&#232;res Nations locales (<xref ref-type="bibr" rid="B36">Kelly, 2017</xref>).</p>
<p>Ant&#244;nio Pereira est un district <italic>(distrito)</italic> d&#8217;environ 5 000 habitants situ&#233; dans l&#8217;&#201;tat du Minas Gerais, au Br&#233;sil. L&#8217;orpaillage est pratiqu&#233; dans la rivi&#232;re Gualaxo do Norte depuis que les esclaves noirs venus d&#8217;Afrique centrale l&#8217;ont import&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B67">Saraiva et da Silva, 2021</xref>). Cette forme d&#8217;extraction mini&#232;re artisanale &#233;tait interdite par la charte royale sur la cr&#233;ation des compagnies mini&#232;res adopt&#233;e par les autorit&#233;s coloniales portugaises en 1817 (<italic>ibid.</italic>). Toutefois, les <italic>garimpeiros</italic> (nom donn&#233; aux mineurs artisanaux) continu&#232;rent &#224; travailler dans des r&#233;gions montagneuses recul&#233;es, et de nombreuses familles de la r&#233;gion abandonn&#232;rent l&#8217;agriculture de subsistance au profit de cette activit&#233;. Tout au long des XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> si&#232;cles, des r&#233;formes de la l&#233;gislation br&#233;silienne furent adopt&#233;es pour favoriser le d&#233;veloppement d&#8217;activit&#233;s mini&#232;res financ&#233;es par des capitaux europ&#233;ens. Les activit&#233;s mini&#232;res artisanales pratiqu&#233;es &#224; Ant&#244;nio Pereira furent un peu plus marginalis&#233;es par le d&#233;cret n&#176; 41 177 du 19 mars 1957 autorisant l&#8217;exploitation des ressources mini&#232;res par la compagnie SAMITRI (SA Minera&#231;&#227;o Trindade), qui &#233;tait &#224; l&#8217;&#233;poque d&#233;tenue par une entreprise luxembourgeoise mais qui fut rachet&#233;e par Vale dans les ann&#233;es 2000. En 1984, l&#8217;entreprise inaugura la mine de Timbopeba. Cette m&#234;me ann&#233;e vit la cr&#233;ation de l&#8217;association des habitants d&#8217;Ant&#244;nio Pereira, fond&#233;e pour r&#233;sister &#224; l&#8217;extraction mini&#232;re pr&#233;datrice (<xref ref-type="bibr" rid="B16">Coelho, 2017</xref>). La population d&#8217;Ant&#244;nio Pereira ne percevait aucune redevance des compagnies mini&#232;res, et bon nombre d&#8217;habitants se trouvaient dans une situation d&#8217;extr&#234;me pauvret&#233;. Pourtant, Vale doit encore 500 millions de dollars &#201;.-U. de redevances impay&#233;es &#224; la municipalit&#233; d&#8217;Ouro Preto, dont fait partie Ant&#244;nio Pereira (<italic>ibid.</italic>).</p>
<p>En novembre 2015, &#224; Mariana, une ville voisine d&#8217;Ant&#244;nio Pereira, le barrage minier de Fund&#227;o, exploit&#233; par la Samarco, une coentreprise appartenant &#224; Vale et &#224; BHP Billiton, s&#8217;effondra. Cette rupture eut des cons&#233;quences d&#233;vastatrices sur la rivi&#232;re Gualaxo do Norte, traditionnellement exploit&#233;e par les <italic>garimpeiros</italic> d&#8217;Ant&#244;nio Pereira. Consid&#233;r&#233;e comme &#171;l&#8217;accident&#187; industriel &#224; l&#8217;origine du pire d&#233;sastre &#233;cologique de l&#8217;histoire du Br&#233;sil et comme la plus grosse catastrophe au monde impliquant un barrage minier, la rupture a d&#233;vers&#233; 62 millions de m&#232;tres cubes de r&#233;sidus miniers et a tu&#233; 19 personnes (<italic>ibid.</italic>). Le ch&#244;mage qui en a r&#233;sult&#233; s&#8217;est traduit par une nouvelle augmentation des activit&#233;s de prospection parmi les habitants cherchant &#224; compl&#233;ter leur revenu familial (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>).</p>
<p>En 2019, c&#8217;est le barrage de la mine de C&#243;rrego do Feij&#227;o, &#224; Brumadinho, exploit&#233; par Vale, qui c&#233;da, faisant quelque 270 victimes et devenant ainsi l&#8217;&#171;accident&#187; du travail le plus meurtrier jamais survenu au Br&#233;sil (<xref ref-type="bibr" rid="B15">Carneiro et Souza, 2023</xref>). Les habitants d&#8217;Ant&#244;nio Pereira vivent d&#233;sormais dans la crainte de ce type de catastrophe (ils parlent de &#171;boue invisible&#187; pour d&#233;crire ce sentiment de menace permanente) depuis que le barrage de Doutor, qui retient les r&#233;sidus de la mine de Timbopeba, a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; comme menac&#233; de rupture (<italic>ibid.</italic>) et que la suspension de son exploitation a &#233;t&#233; ordonn&#233;e par la justice. Bien qu&#8217;Ant&#244;nio Pereira n&#8217;ait &#233;t&#233; reconnu comme faisant partie du territoire touch&#233; qu&#8217;en 2020, la mise hors service du barrage s&#8217;est traduite par l&#8217;expulsion de 78 familles (473 personnes) de la Zona de Autossalvamento &#8211; (ZAS)<xref ref-type="fn" rid="n15">15</xref>, une zone qui court sur 10 kilom&#232;tres le long de la vall&#233;e et qui est jug&#233;e inondable en l&#8217;espace de trente minutes<xref ref-type="fn" rid="n16">16</xref>. La &#171;boue invisible&#187; n&#8217;affecte cependant pas que les familles forc&#233;es d&#8217;abandonner leur domicile; elle a un impact sur l&#8217;ensemble de la population.</p>
</sec>
</sec>
<sec>
<title>3. Discours sur le travail soutenable &#224; Sudbury et Ant&#244;nio Pereira</title>
<p>Notre analyse nous a permis de rep&#233;rer des discours pluriels au sujet du travail soutenable. Pour simplifier la pr&#233;sentation, nous les avons r&#233;partis dans trois cat&#233;gories, mais il faut garder &#224; l&#8217;esprit que chacune de ces cat&#233;gories est elle-m&#234;me h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Aux deux extr&#233;mit&#233;s du spectre figurent d&#8217;une part les discours qui font des emplois miniers des emplois soutenables et de l&#8217;autre des discours selon lesquels le travail soutenable consiste &#224; prendre soin de la terre et des personnes. Entre ces deux cat&#233;gories se trouvent un ensemble de visions qui remettent en cause de diverses mani&#232;res ces deux extr&#234;mes ou, au contraire, les rejoignent. Parmi les exemples relevant de ce &#171;moyen terme&#187; figurent un discours assimilant le travail soutenable &#224; l&#8217;emploi syndiqu&#233;, un autre autour de l&#8217;extraction mini&#232;re artisanale &#224; Ant&#244;nio Pereira et un troisi&#232;me dans lequel certaines organisations d&#233;fendent l&#8217;inclusion &#233;conomique des autochtones de la r&#233;gion de Sudbury. Nous pr&#233;sentons chacune des trois cat&#233;gories de discours ci-apr&#232;s.</p>
<sec>
<title>3.1. L&#8217;extraction mini&#232;re vue comme une source de travail soutenable</title>
<disp-quote>
<p>Notre organisation perd l&#8217;arrogance tir&#233;e de la certitude qu&#8217;elle &#171;poss&#232;de&#187; et qu&#8217;elle &#171;a le droit&#187;. Nous ne sommes que les gardiens de ce qui se trouve dans le sous-sol et notre m&#233;tier consiste &#224; favoriser la transition qui aidera &#224; rendre la plan&#232;te plus verte.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Dino Otranto, directeur d&#8217;exploitation des activit&#233;s de Vale dans l&#8217;Atlantique Nord (<xref ref-type="bibr" rid="B65">Ross, 2021</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>M&#234;me si les risques environnementaux et sociaux associ&#233;s &#224; l&#8217;extraction mini&#232;re sont amplement reconnus, l&#8217;id&#233;e que cette activit&#233; peut &#234;tre transform&#233;e en une activit&#233; durable et en une source d&#8217;emplois verts est aussi tr&#232;s r&#233;pandue (<xref ref-type="bibr" rid="B65">Ross, 2021</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B63">Ressources naturelles Canada, 2022</xref>). Nous avons constat&#233; qu&#8217;il s&#8217;agissait, dans les deux sites, du discours le plus souvent tenu par les entreprises, les pouvoirs publics et les acteurs politiques, m&#234;me s&#8217;il existe une forte h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Ce discours repose sur deux arguments qui se rejoignent: premi&#232;rement, l&#8217;activit&#233; mini&#232;re elle-m&#234;me est pr&#233;sent&#233;e comme un secteur capable d&#8217;&#233;voluer et, deuxi&#232;mement, elle est consid&#233;r&#233;e comme une composante d&#8217;une &#233;conomie verte et d&#8217;un avenir durable, ainsi que comme une source d&#8217;emplois verts.</p>
<p>Le programme de reverdissement de Sudbury est souvent cit&#233; comme une preuve de la capacit&#233; du secteur &#224; &#233;voluer dans le bon sens. La ville et les entreprises qui ont pris part &#224; sa mue sont consid&#233;r&#233;es comme des mod&#232;les &#224; suivre, non seulement localement, mais aussi &#224; l&#8217;&#233;chelle internationale. &#192; titre d&#8217;illustration, le pavillon du Canada lors de la quinzi&#232;me Conf&#233;rence des Nations Unies sur la biodiversit&#233; (COP 15) pr&#233;sentait l&#8217;histoire de Sudbury comme celle d&#8217;une r&#233;habilitation r&#233;ussie de l&#8217;environnement (<xref ref-type="bibr" rid="B74"><italic>Sudbury Star</italic>, 2023</xref>), et Vale a re&#231;u plusieurs r&#233;compenses en reconnaissance de son action.</p>
<p>Ce programme de reverdissement a impliqu&#233; de multiples acteurs diff&#233;rents (<xref ref-type="bibr" rid="B10">Boerchers <italic>et al.</italic>, 2016</xref>), mais ce sont les milieux d&#8217;affaires qui en ont tir&#233; le meilleur parti. Ainsi, la ville de Sudbury vante d&#233;sormais les m&#233;rites non seulement de l&#8217;extraction des ressources, mais aussi des technologies vertes &#8211; la &#171;Cleantech&#187; &#8211; pour attirer les investisseurs, mettant en avant la diversification &#233;conomique et les emplois que le secteur minier peut engendrer<xref ref-type="fn" rid="n17">17</xref>. Outre divers cabinets de conseil sp&#233;cialis&#233;s dans le secteur minier et les technologies propres, les chercheurs de l&#8217;Universit&#233; Laurentienne, situ&#233;e &#224; Sudbury, se sont impliqu&#233;s dans le processus de reverdissement &#224; divers titres: certains ont par exemple r&#233;alis&#233; des &#233;tudes sur la &#171;recette de Sudbury&#187; pour la r&#233;g&#233;n&#233;ration des sols et la reforestation (<xref ref-type="bibr" rid="B78">Watkinson <italic>et al</italic>., 2022</xref>) et l&#8217;institut de recherche Mining Innovation, Rehabilitation and Applied Research Corporation (MIRARCO), h&#233;berg&#233; par l&#8217;Universit&#233; Laurentienne, a conduit des recherches in&#233;dites sur la bioexploitation mini&#232;re &#171;inoffensive pour l&#8217;environnement&#187; cofinanc&#233;es par Vale et le gouvernement de l&#8217;Ontario (<xref ref-type="bibr" rid="B56"><italic>Northern Ontario Business</italic>, 2023</xref>). Toutes ces initiatives sont pr&#233;sent&#233;es comme des sources effectives et potentielles de travail soutenable.</p>
<p>Dans le cas du Br&#233;sil, Vale et sa filiale Samarco sont les principaux acteurs de l&#8217;industrie extractive, y compris dans le district d&#8217;Ant&#244;nio Pereira. &#192; noter que ces entreprises citent leur contribution au reverdissement de Sudbury comme preuve de leur engagement &#233;thique &#224; &#171;prendre soin de la plan&#232;te&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B20">Cruz, 2019</xref>).</p>
<disp-quote>
<p>L&#8217;environnement est l&#8217;un des piliers de l&#8217;engagement de durabilit&#233; de la Samarco. Nous avons conscience d&#8217;avoir une occasion de r&#233;aliser notre ambition de pratiquer une extraction mini&#232;re diff&#233;rente et durable, de travailler en amont sur la gestion des risques, le contr&#244;le de l&#8217;impact de notre activit&#233; et la recherche de solutions pour encourager l&#8217;excellence environnementale dans l&#8217;ensemble de la cha&#238;ne de production (<xref ref-type="bibr" rid="B66">Samarco, 2021, p. 96</xref>).</p>
</disp-quote>
<p>Au Br&#233;sil, les divers engagements de Vale en mati&#232;re de soutenabilit&#233; et les efforts visibles, quoique impos&#233;s par la loi, que d&#233;ploie l&#8217;entreprise pour restaurer les paysages et r&#233;parer ses relations avec les communaut&#233;s touch&#233;es par ses activit&#233;s cadrent aussi avec sa rh&#233;torique consistant &#224; se pr&#233;senter comme une entreprise soucieuse de mieux faire, y compris par le biais d&#8217;emplois temporaires dans la r&#233;habilitation. L&#8217;action de la fondation Renova, une ONG cofinanc&#233;e par la Samarco et charg&#233;e de g&#233;rer l&#8217;indemnisation due au titre des dommages subis par la population et l&#8217;environnement lors de la rupture du barrage minier de Fund&#227;o, est &#233;difiante &#224; cet &#233;gard<xref ref-type="fn" rid="n18">18</xref>.</p>
<p>L&#8217;affirmation que l&#8217;industrie mini&#232;re peut &#234;tre durable et que Vale, par un changement de culture et le choix de technologies innovantes, prouve son attachement &#224; l&#8217;adoption de pratiques soutenables est au c&#339;ur du message de l&#8217;entreprise, en particulier au Canada. Par ses propos reproduits plus haut (<xref ref-type="bibr" rid="B65">Ross, 2021</xref>), Dino Otranto, directeur d&#8217;exploitation pour les activit&#233;s de Vale dans l&#8217;Atlantique Nord, reconna&#238;t les erreurs pass&#233;es de l&#8217;entreprise, tout en disant avoir le sentiment de faire partie int&#233;grante d&#8217;un avenir durable. En r&#233;alit&#233;, cette conviction exprim&#233;e par Dino Otranto rejoint aussi le deuxi&#232;me argument avanc&#233; &#224; l&#8217;appui du discours sur l&#8217;extraction mini&#232;re et les emplois miniers soutenables, &#224; savoir que la priorit&#233; donn&#233;e aux minerais essentiels est un levier du d&#233;veloppement durable et du verdissement de l&#8217;&#233;conomie.</p>
<p>Au Br&#233;sil, le secteur des minerais est d&#233;crit comme indispensable &#224; la subsistance des structures &#233;conomiques existantes et &#224; un d&#233;veloppement positif pour les g&#233;n&#233;rations futures. Dans le cas de Sudbury, la pr&#233;sentation du passage &#224; l&#8217;&#233;lectrique comme un moyen de cr&#233;er des syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques durables a &#233;t&#233; au c&#339;ur de la strat&#233;gie qui a fait &#233;voluer l&#8217;image de l&#8217;extraction mini&#232;re jusqu&#8217;&#224; en faire un instrument de la transition vers la durabilit&#233;. Dans ce contexte, l&#8217;activit&#233; mini&#232;re est aussi vant&#233;e pour sa capacit&#233; &#224; cr&#233;er des emplois verts et soutenables.</p>
<disp-quote>
<p>Une fr&#233;n&#233;sie d&#8217;innovation accompagne la transition de la ville vers une industrie mini&#232;re plus propre et plus durable [&#8230;]. Investissons dans des emplois de qualit&#233; pour la population de Sudbury, dans des emplois verts qui viendront &#224; bout de la pollution climatique et favoriseront la prosp&#233;rit&#233; de la ville.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Mike Schreiner, chef du Green Party of Ontario (<xref ref-type="bibr" rid="B30">Green Party of Ontario, 2022</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Ce discours est &#233;galement d&#233;fendu &#224; tous les &#233;chelons de l&#8217;administration canadienne. Ainsi, la Strat&#233;gie canadienne sur les min&#233;raux critiques, adopt&#233;e par le gouvernement f&#233;d&#233;ral en 2022, plaide pour une augmentation de l&#8217;extraction de minerais essentiels pour les cha&#238;nes de valeur, vue comme une &#233;tape indispensable &#224; la r&#233;alisation d&#8217;objectifs &#233;conomiques, sociaux et environnementaux. Dans le pr&#233;ambule de la strat&#233;gie, il est dit qu&#8217;elle &#171;montre la voie &#224; suivre [&#8230;] pour cr&#233;er de la richesse et des emplois durables dans toutes les r&#233;gions du pays et pour faire du Canada un fournisseur d&#8217;&#233;nergie et de technologies propres de choix dans un monde carboneutre&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B63">Ressources naturelles Canada, 2022, p. 2</xref>). Pour favoriser la formation, la mont&#233;e en comp&#233;tence et la reconversion des ressources humaines dans le secteur des minerais et des m&#233;taux, le gouvernement f&#233;d&#233;ral s&#8217;est engag&#233; &#224; investir dans la cr&#233;ation d&#8217;un Centre de formation pour les emplois durables et d&#8217;un Secr&#233;tariat des emplois durables (<italic>ibid.</italic>, p. 33). Cette approche des minerais essentiels est &#233;galement celle d&#233;fendue par les autorit&#233;s provinciales de l&#8217;Ontario (<xref ref-type="bibr" rid="B28">Gouvernement de l&#8217;Ontario, 2022</xref>), et les strat&#233;gies f&#233;d&#233;rale et provinciale contiennent l&#8217;une et l&#8217;autre des dispositions relatives &#224; la consultation et &#224; l&#8217;inclusion des autochtones. Comme le montre la citation figurant plus haut, l&#8217;id&#233;e qu&#8217;une industrie mini&#232;re propre est possible n&#8217;est pas contest&#233;e, pas m&#234;me par le Green Party of Ontario.</p>
<p>Ce point de vue est par ailleurs partag&#233; par Romeu Zema, gouverneur de l&#8217;&#201;tat du Minas Gerais, qui demeure favorable &#224; la d&#233;livrance de permis environnementaux pour l&#8217;extraction de minerais, insistant sur les cr&#233;ations d&#8217;emplois qui en r&#233;sultent. En 2023, l&#8217;&#201;tat a re&#231;u des financements de Gerdau, un g&#233;ant de la sid&#233;rurgie, dans le cadre de la cr&#233;ation d&#8217;une plateforme mini&#232;re durable qui, d&#8217;apr&#232;s le dirigeant du groupe sid&#233;rurgique, conduirait &#224; &#171;la cr&#233;ation de plus de 5 000 emplois [&#8230;] [et] contribuerait aussi &#224; la r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre gr&#226;ce &#224; la qualit&#233; du minerai&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B68">SEDE, Minas Gerais, 2023</xref>).</p>
</sec>
<sec>
<title>3.2. Le travail soutenable vu comme un moyen de subsistance</title>
<p>Pour certains habitants d&#8217;Ant&#244;nio Pereira, le concept de travail soutenable implique de prendre soin des personnes et des terres, ce qui n&#8217;exclut cependant pas l&#8217;exploitation des minerais que rec&#232;le le territoire. Dans le district, l&#8217;orpaillage manuel fait partie de la tradition (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>), et les orpailleurs consid&#232;rent l&#8217;extraction manuelle de minerais comme un travail soutenable (<xref ref-type="bibr" rid="B22">de Castro <italic>et al</italic>., 2020</xref>). De leur point de vue, cette activit&#233; garantit leur propre survie et celle des g&#233;n&#233;rations futures et n&#8217;a pas de r&#233;elle incidence sur la faune et la flore locales (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>). Il s&#8217;agit en outre d&#8217;une forme de r&#233;sistance &#224; l&#8217;extraction des capacit&#233;s humaines &#224; laquelle se livrent les grandes compagnies mini&#232;res. Ainsi, interrog&#233; sur les raisons pour lesquelles il n&#8217;a pas essay&#233; de se faire embaucher par Vale/la Sarmarco, un <italic>garimpeiro</italic> a fait la r&#233;ponse suivante:</p>
<disp-quote>
<p>Comme orpailleur, je suis mon propre patron. Dans une entreprise, je serais un larbin; les patrons et le monde de l&#8217;entreprise, ce n&#8217;est pas pour moi. J&#8217;aime ma libert&#233;. Je suis n&#233; et j&#8217;ai grandi dans l&#8217;artisanat minier. Je suis comme un oiseau, je n&#8217;aime pas qu&#8217;on me mette en cage.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Mineur artisanal, Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B22">de Castro <italic>et al</italic>., 2020</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Alors que cette forme d&#8217;activit&#233; mini&#232;re se transmettait de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration dans les familles (<xref ref-type="bibr" rid="B67">Saraiva et da Silva, 2021</xref>), elle est aujourd&#8217;hui consid&#233;r&#233;e comme marginale et comme synonyme d&#8217;anarchie, de conditions de travail insalubres, de probl&#232;mes sociaux, de d&#233;gradation de l&#8217;environnement &#8211; &#224; cause de l&#8217;utilisation de mercure &#8211; et d&#8217;&#171;absence de techniques&#187; <italic>(ibid.)</italic>. Les formalit&#233;s administratives &#224; accomplir pour obtenir un permis environnemental &#233;tant lourdes, la plupart des orpailleurs d&#8217;Ant&#244;nio Pereira travaillent de mani&#232;re informelle et jusqu&#8217;&#224; une p&#233;riode r&#233;cente illicite, parce que l&#8217;extraction de minerais sans permis est un d&#233;lit en vertu du droit br&#233;silien de l&#8217;environnement (loi n&#176; 9 605/98, article 55) (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>). Bien que la loi n&#176; 24 765 du 28 mai 2024 reconnaisse d&#233;sormais que les <italic>garimpeiros</italic> d&#8217;Ant&#244;nio Pereira forment une communaut&#233; traditionnelle pr&#233;sentant un int&#233;r&#234;t pour l&#8217;&#201;tat, la l&#233;gislation traite g&#233;n&#233;ralement l&#8217;extraction mini&#232;re artisanale comme un contre-exemple du travail soutenable, consid&#233;rant qu&#8217;elle est nuisible &#224; l&#8217;environnement, prenant ainsi l&#8217;exact contrepied de ce que pensent ces travailleurs et certains habitants.</p>
<disp-quote>
<p>Les <italic>garimpeiros</italic> n&#8217;ont pas le droit de r&#233;colter de l&#8217;or manuellement, mais Vale peut arriver, construire une route et d&#233;truire un fleuve. Ce n&#8217;est pas seulement le minerai, c&#8217;est aussi l&#8217;eau et l&#8217;&#233;cosyst&#232;me dans son ensemble, la faune et la flore.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Habitante d&#8217;Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>)</styled-content></p>
<p>On nous colle des amendes et on nous tra&#238;ne en justice. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des travailleurs.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Mineur artisanal, Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>)</styled-content></p>
<p>Ils m&#233;prisent les travailleurs locaux. [&#8230;]. Renova n&#8217;embauche que des gens qui viennent de l&#8217;ext&#233;rieur [&#8230;], ce qui affaiblit notre lutte [&#8230;] parce que ces gens-l&#224; n&#8217;ont pas le sentiment d&#8217;appartenir &#224; la terre.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Habitante d&#8217;Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Les habitants de la ville, qui sont pour la plupart des Noirs pauvres, ont &#233;t&#233; entrav&#233;s dans leur droit &#224; pratiquer l&#8217;extraction mini&#232;re artisanale, activit&#233; qu&#8217;ils avaient pourtant &#233;t&#233; oblig&#233;s de d&#233;velopper depuis la colonisation, tandis que dans le m&#234;me temps Vale &#8211; une entreprise principalement exploit&#233;e par des hommes blancs &#8211; d&#233;truit la faune, la flore, la rivi&#232;re et les moyens de subsistance de la population locale au nom du &#171;d&#233;veloppement &#233;conomique&#187; et de &#171;l&#8217;industrie mini&#232;re durable&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B16">Coelho, 2017</xref>). Alors que l&#8217;extraction mini&#232;re artisanale a &#233;t&#233; transform&#233;e en d&#233;lit au motif, entre autres, qu&#8217;elle &#233;tait pr&#233;judiciable &#224; l&#8217;environnement, &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la sant&#233;, paradoxalement la r&#233;alit&#233; concr&#232;te des dommages plus grands caus&#233;s par l&#8217;extraction industrielle de ressources, qui elle est l&#233;gale, donne naissance au concept de &#171;travail soutenable&#187; dans le secteur minier. Sachant <italic>qui</italic> est engag&#233; dans ces deux formes diff&#233;rentes d&#8217;activit&#233; mini&#232;re, il est permis de penser que la division raciale du travail n&#233;e de la colonisation est tenace &#224; Ant&#244;nio Pereira.</p>
<p>Pour un <italic>garimpeiro</italic> local, &#171;l&#8217;h&#233;ritage que laissent Vale et la Samarco, c&#8217;est l&#8217;&#233;chec [&#8230;]. Ant&#244;nio Pereira, c&#8217;est la pauvret&#233; assise sur un monceau de richesse&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B1">AIAAV, 2020</xref>). C&#8217;est sur le plan de l&#8217;&#233;galit&#233; socio-&#233;conomique qu&#8217;il existe une convergence entre la notion de &#171;travail soutenable&#187; telle que formul&#233;e par les mineurs artisanaux et celle d&#233;crite par Metabase, un syndicat qui repr&#233;sente le personnel de la Samarco. Un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical r&#233;sume ainsi l&#8217;&#233;tat d&#8217;esprit des salari&#233;s: &#171;Nous voulons que la Samarco reprenne ses activit&#233;s, mais de mani&#232;re responsable, avec des garanties de s&#233;curit&#233;. Nous voulons juste retrouver nos emplois&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B26">Dotta, 2016</xref>).</p>
<p>Le fait de prendre soin de la terre n&#8217;est pas au c&#339;ur de l&#8217;id&#233;e que les dirigeants de Metabase se font du travail soutenable. Pour eux, emploi soutenable est avant tout synonyme d&#8217;emploi syndiqu&#233;. La notion de soutenabilit&#233; impr&#232;gne le discours syndical, l&#8217;id&#233;e &#233;tant de garantir que le personnel de la Samarco puisse exercer ses droits sociaux:</p>
<disp-quote>
<p>Nous nous battrons pour que des investissements soient faits afin d&#8217;&#233;liminer les conditions de travail insalubres et dangereuses, pour obtenir de vraies avanc&#233;es dans les conventions collectives et pour que tous les travailleurs re&#231;oivent une juste part des profits et des r&#233;sultats, de m&#234;me que pour la fin de l&#8217;exploitation mini&#232;re pr&#233;datrice qui, malheureusement, est encore souvent une r&#233;alit&#233; chez Vale (<xref ref-type="bibr" rid="B45">Metabase, 2023</xref>).</p>
</disp-quote>
<p>Autrement dit, dans le cas de Metabase comme dans celui des mineurs artisanaux, travail soutenable n&#8217;est pas synonyme de fin de l&#8217;extraction mini&#232;re. De ce point de vue, sa vision et celle des <italic>garimpeiros</italic> rejoignent celle de la Samarco sur le fait qu&#8217;il est possible de d&#233;velopper une activit&#233; mini&#232;re durable, m&#234;me si les voies envisag&#233;es pour y parvenir divergent.</p>
<p>De m&#234;me, &#224; Sudbury, les travailleurs du secteur minier ne remettent pas n&#233;cessairement en question le message des industriels pr&#233;sentant l&#8217;extraction mini&#232;re comme une activit&#233; durable et une source d&#8217;emplois verts, tant que ces emplois demeurent syndiqu&#233;s et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s comme c&#8217;&#233;tait jusqu&#8217;&#224; pr&#233;sent le cas. Il en va d&#8217;autant plus ainsi que, lors de la reprise des activit&#233;s d&#8217;INCO, Vale a d&#8217;abord eu des relations difficiles avec le syndicat, ce qui a abouti &#224; des gr&#232;ves nombreuses et longues. L&#8217;entreprise avait en outre une mauvaise r&#233;putation sur le plan de la s&#233;curit&#233; et de la sant&#233; au travail, et a &#233;t&#233; accus&#233;e d&#8217;essayer de briser le syndicat (<xref ref-type="bibr" rid="B25">Diebel, 2010</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B42">Marshall, 2015</xref>). Le Syndicat des m&#233;tallos (USW), l&#8217;une des organisations pr&#233;sentes dans le secteur minier de Sudbury, se bat pour garantir des lieux de travail &#171;plus sains, plus s&#251;rs et plus respectueux [&#8230;] et pour n&#233;gocier de meilleures conditions de travail et une r&#233;mun&#233;ration plus &#233;quitable &#8211; c&#8217;est-&#224;-dire un bon salaire, des avantages sociaux satisfaisants et de bonnes pensions&#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B76">USW, 2022</xref>). Le communiqu&#233; de presse qu&#8217;il a publi&#233; au sujet de la r&#233;cente entente par laquelle Vale s&#8217;engage &#224; fournir &#224; General Motors du nickel entrant dans la fabrication des batteries pour v&#233;hicules &#233;lectriques t&#233;moigne d&#8217;un lien &#233;troit entre l&#8217;adh&#233;sion du syndicat au &#171;virage vert&#187; et l&#8217;importance qu&#8217;il accorde &#224; la soutenabilit&#233; sociale et &#224; la transition juste<xref ref-type="fn" rid="n19">19</xref>:</p>
<disp-quote>
<p>Cette nouvelle entente soutient &#233;galement le virage vert n&#233;cessaire pour r&#233;duire les gaz &#224; effet de serre et la pollution. Le Syndicat des m&#233;tallos s&#8217;est fait l&#8217;ardent d&#233;fenseur de l&#8217;att&#233;nuation d&#8217;une nouvelle crise climatique gr&#226;ce &#224; une transition juste, tout en veillant &#224; ce que les travailleurs ne soient pas oubli&#233;s et &#224; ce que le travail durable signifie des emplois syndiqu&#233;s bien r&#233;mun&#233;r&#233;s qui permettent de subvenir aux besoins des familles (<xref ref-type="bibr" rid="B76">USW, 2022</xref>).</p>
</disp-quote>
<p>Certaines organisations locales, dont des organisations de d&#233;fense des travailleurs autochtones, partagent &#233;galement cette vision selon laquelle le travail soutenable est d&#8217;abord et avant tout un travail qui garantit une s&#233;curit&#233; financi&#232;re aux travailleurs. Ainsi, Gezhtoojig Employment &amp; Training, un centre de formation professionnelle qui a vocation &#224; agir en faveur de l&#8217;employabilit&#233; et de la r&#233;ussite &#233;conomique de la population autochtone de la r&#233;gion, plus pr&#233;cis&#233;ment de la Nation Anishinabek, indique, dans la description de sa mission, que le travail soutenable permet aux individus de jouir d&#8217;une s&#233;curit&#233; financi&#232;re et d&#8217;atteindre leurs objectifs. Ce travail peut &#234;tre exerc&#233; dans n&#8217;importe quel secteur, y compris le secteur minier<xref ref-type="fn" rid="n20">20</xref>. Les Premi&#232;res Nations de Wahnapitae et d&#8217;Atikameksheng Anishinawbek cherchent l&#8217;une comme l&#8217;autre &#224; offrir des d&#233;bouch&#233;s &#224; leurs membres dans le secteur en concluant, avec les principales compagnies mini&#232;res de Sudbury, dont Vale, des accords de partenariat qui pr&#233;voient des possibilit&#233;s de formation et d&#8217;emploi<xref ref-type="fn" rid="n21">21</xref>. Des organisations r&#233;gionales d&#8217;aide au d&#233;veloppement des communaut&#233;s autochtones, comme la Waubetek Business Development Corporation, voient aussi le secteur minier comme une source de d&#233;bouch&#233;s professionnels susceptible d&#8217;assurer un avenir durable aux communaut&#233;s qu&#8217;elles soutiennent:</p>
<disp-quote>
<p>Le principal int&#233;r&#234;t de nos Premi&#232;res Nations, c&#8217;est que nous soyons d&#251;ment consult&#233;s lorsqu&#8217;il est question d&#8217;exploitation et d&#8217;exploration mini&#232;res dans nos territoires ancestraux et que nous ayons plus de possibilit&#233;s de recevoir notre part des avantages susceptibles d&#8217;en d&#233;couler de mani&#232;re soutenable, notamment sous la forme d&#8217;emplois int&#233;ressants, de d&#233;bouch&#233;s &#233;conomiques, de participation &#224; la gestion et d&#8217;entretien des terres o&#249; ces projets seront exploit&#233;s.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Martin Bayer, Pr&#233;sident de Waubetek (<xref ref-type="bibr" rid="B55"><italic>Northern Ontario Business</italic>, 2019</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>En reconnaissant que l&#8217;extraction de ressources est une source d&#8217;emplois et de d&#233;bouch&#233;s &#233;conomiques, certaines organisations de d&#233;fense des travailleurs autochtones de la r&#233;gion de Sudbury tiennent des propos qui vont dans le m&#234;me sens que ceux du Syndicat des m&#233;tallos, mais aussi que la rh&#233;torique habituelle sur l&#8217;extraction durable. Toutefois, le discours de l&#8217;organisation Waubetek se d&#233;marque par sa r&#233;f&#233;rence &#224; la n&#233;cessit&#233; d&#8217;une consultation et &#224; l&#8217;entretien des terres. Le fait qu&#8217;au Canada les industriels et les pouvoirs publics ont l&#8217;obligation de consulter les nations autochtones au sujet des projets miniers devrait en th&#233;orie permettre que les principes autochtones que sont l&#8217;entretien des terres et la relationalit&#233; influent sur la mani&#232;re dont les projets d&#8217;extraction de ressources sont mis en &#339;uvre. En pratique cependant, d&#8217;apr&#232;s la recherche, ces obligations ne sont souvent respect&#233;es que superficiellement au moyen d&#8217;ententes sur les r&#233;percussions et les avantages qui garantissent que la population retire certains avantages &#233;conomiques des projets, dont des emplois, mais qui sont finalement structur&#233;s de mani&#232;re &#224; &#234;tre favorables aux entreprises et non &#224; la population (<xref ref-type="bibr" rid="B13">Caine et Krogman, 2010</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B57">Peterson St-Laurent et Le Billon, 2015</xref>).</p>
</sec>
<sec>
<title>3.3. Le soin au c&#339;ur du travail soutenable</title>
<disp-quote>
<p>J&#8217;avais un terrain que je cultivais, et pas seulement pour ma propre consommation; c&#8217;&#233;tait aussi une source de revenu. En 2022, Vale a d&#233;cr&#233;t&#233; que nous devions partir et a fait passer un tracteur sur ma parcelle. [&#8230;] Je n&#8217;ai plus d&#8217;espace que je peux cultiver comme avant. J&#8217;ai tout juste la place pour trois plants de choux.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Femme membre du collectif Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira<xref ref-type="fn" rid="n22">22</xref> (<xref ref-type="bibr" rid="B77">Viana, 2024</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Ces propos tenus par une des femmes qui dirigent le collectif Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira (litt&#233;ralement les &#171;guerri&#232;res d&#8217;Ant&#244;nio Pereira&#187;) contiennent plusieurs dimensions de sa vision de ce qu&#8217;est le travail soutenable: l&#8217;exigence d&#8217;un &#233;change m&#233;tabolique juste entre le travail et la terre et la n&#233;cessit&#233; que des formes de travail autres que le travail minier permettent de vivre de mani&#232;re soutenable et fassent vivre la communaut&#233;. Ce discours refl&#232;te le caract&#232;re multidimensionnel de la fa&#231;on dont les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira vivent le travail.</p>
<p>Ces femmes sont en r&#233;alit&#233; des cheffes communautaires qui ont demand&#233; des solutions aux autorit&#233;s politiques et judiciaires repr&#233;sentant Ant&#244;nio Pereira en justice (<xref ref-type="bibr" rid="B24">voir <italic>Di&#225;rio de Ouro Preto</italic>, 2021</xref>). Ce sont aussi elles qui sont &#224; la t&#234;te des commissions politiques et qui d&#233;tiennent la majorit&#233; dans les r&#233;unions o&#249; les d&#233;cisions communautaires sont prises. Elles ont organis&#233; des manifestations qui ont bloqu&#233; des routes f&#233;d&#233;rales pr&#232;s de la mine de Timbopeba, ce qui a abouti &#224; ce que les habitants d&#8217;Ant&#244;nio Pereira soient l&#233;galement reconnus comme une population touch&#233;e par l&#8217;activit&#233; mini&#232;re et aient ainsi acc&#232;s &#224; l&#8217;aide d&#8217;un organisme de conseil ind&#233;pendant (l&#8217;Instituto Guaicuy). Reconnus par les tribunaux br&#233;siliens, ces organismes garantissent que les populations victimes des cons&#233;quences de l&#8217;extraction mini&#232;re puissent exercer leur droit fondamental &#224; se d&#233;fendre; ils sont financ&#233;s par les entreprises pollueuses<xref ref-type="fn" rid="n23">23</xref>. Toutefois, les femmes &#224; l&#8217;origine du blocage de la route sont d&#233;sormais la cible d&#8217;actions en justice individuelles engag&#233;es par Vale<xref ref-type="fn" rid="n24">24</xref>.</p>
<p>Les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira ont des profils divers, mais la majorit&#233; d&#8217;entre elles sont noires et pauvres (<xref ref-type="bibr" rid="B16">Coelho, 2017</xref>). La plupart sont de petites agricultrices et des travailleuses informelles qui gagnent leur vie en faisant des m&#233;nages ou la cuisine ou encore en offrant des services esth&#233;tiques et en vendant des produits. Elles ont vu leur revenu diminuer lorsqu&#8217;une partie de la population d&#8217;Ant&#244;nio Pereira a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e &#224; la suite du rel&#232;vement du degr&#233; de risque pr&#233;sent&#233; par le barrage de Doutor. Ce groupe comprend des femmes au foyer qui s&#8217;occupent de leur famille et des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, un travail qui est devenu plus lourd en raison de l&#8217;activit&#233; d&#8217;extraction pr&#233;datrice de Vale (<xref ref-type="bibr" rid="B2">AIAAV, 2022</xref>).</p>
<disp-quote>
<p>C&#8217;est nous, les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira, qui souffrons le plus du barrage de Doutor. C&#8217;est nous qui souffrons quand nous nettoyons notre maison pour &#233;liminer la poussi&#232;re de la mine, faire la lessive et prendre soin des enfants qui ont peur &#224; la maison.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Femme membre du collectif Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B2">AIAAV, 2022</xref>)</styled-content></p>
<p>Ma m&#232;re et ma fille ont peur que le barrage s&#8217;effondre. Et c&#8217;est moi qui m&#8217;occupe d&#8217;elles [&#8230;]. J&#8217;ai mis des bords de chaque c&#244;t&#233; de ma terrasse pour que ma fille ne voie pas le barrage et ne fasse pas de crises de panique.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Femme membre du collectif Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B2">AIAAV, 2022</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Lorsqu&#8217;elles pr&#233;sentent leur vision du travail, les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira &#233;voquent la valeur sociale, affective et &#233;conomique du travail reproductif qu&#8217;elles accomplissent. Pour elles, le travail soutenable englobe aussi le travail d&#8217;un r&#233;seau communautaire, qui consiste &#224; entretenir les terres et &#224; prendre soin des personnes en cultivant de petits jardins collectifs et en &#233;levant des animaux pour leur propre consommation, c&#8217;est-&#224;-dire en utilisant les ressources naturelles de mani&#232;re non pr&#233;datrice. Il est li&#233; &#224; une vision plus large de la soutenabilit&#233; &#233;cologique et sociale et il est donc incompatible avec l&#8217;activit&#233; mini&#232;re industrielle.</p>
<disp-quote>
<p>Nous cultivions un jardin, il y avait un jardin collectif. Notre potager. Nous faisions pousser ce que nous consommions. [&#8230;] Aujourd&#8217;hui, je vis de dons alimentaires. Aujourd&#8217;hui, je prends des psychotropes.</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">Femme membre du collectif Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira (<xref ref-type="bibr" rid="B2">AIAAV, 2022</xref>)</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Le travail consistant &#224; prendre soin de la nature et des personnes que font les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira est li&#233; &#224; la reproduction de la vie. Dans ce contexte, le travail soutenable est un processus qui renvoie non seulement au fait de pouvoir r&#233;ellement prendre soin de toutes les vies &#8211; humaines ou non &#8211;, mais aussi d&#8217;avoir des moyens de subsistance moins pr&#233;dateurs d&#8217;un point de vue &#233;conomique, social et &#233;cologique.</p>
<p>&#192; Sudbury, les discours selon lesquels le travail soutenable consiste &#224; s&#8217;occuper des personnes et des terres transparaissent aussi dans les messages des organisations communautaires de d&#233;fense des autochtones et des organisations non autochtones qui se positionnent comme des alli&#233;s. Ainsi, la Coalition bien-vivre Sudbury est un r&#233;seau constitu&#233; de b&#233;n&#233;voles non autochtones qui &#339;uvrent pour faire de Sudbury une &#171;communaut&#233; verte, saine et engag&#233;e&#187;<xref ref-type="fn" rid="n25">25</xref>. Elle a cofinanc&#233; des projets qui ont pour but de favoriser des relations de respect entre les individus et la terre, par exemple la culture d&#8217;agrofor&#234;ts ou de jardins collectifs et des projets de reverdissement. L&#8217;id&#233;e qui consiste &#224; prendre soin des terres et des personnes est aussi &#224; la base des propositions d&#8217;organisations qui envisagent le d&#233;veloppement de Sudbury et du nord de l&#8217;Ontario en respectant les principes de l&#8217;&#233;conomie circulaire et en valorisant les savoirs des autochtones. Le Charlton Sustainability Hub en est une illustration. Fruit d&#8217;un partenariat entre Keepers of the Circle (un centre autochtone) et une organisation &#224; but non lucratif &#339;uvrant pour la durabilit&#233;, il a pour but de revitaliser les localit&#233;s rurales du nord de l&#8217;Ontario et appr&#233;hende l&#8217;&#233;conomie verte comme une &#233;conomie circulaire favorable &#224; la r&#233;habilitation du savoir culturel et &#233;cologique des autochtones, &#224; la s&#233;curit&#233; alimentaire et &#224; l&#8217;&#233;quit&#233;. Un communiqu&#233; de presse le d&#233;crit comme visant &#224; &#171;stimuler l&#8217;emploi tout en r&#233;duisant l&#8217;empreinte environnementale et, finalement, &#224; emp&#234;cher que les jeunes &#8211; et la vie &#8211; ne quittent les r&#233;gions arboricoles du Nord&#187; (<ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="http://Sudbury.com"><italic>Sudbury.com</italic></ext-link>, <xref ref-type="bibr" rid="B73">2021</xref>). Une vision similaire sous-tend le projet intitul&#233; &#171;Ma-sh-ki-ki-ke: A story of healing, pour nous et pour la terre&#187; pr&#233;sent&#233; par ReThink Green pour le concours Sudbury 2050 &#8211; concours d&#8217;id&#233;es en design urbain. La pr&#233;sentation vid&#233;o r&#233;alis&#233;e par l&#8217;organisation d&#233;crit l&#8217;avenir &#233;cologique que pourrait conna&#238;tre la ville comme &#171;un environnement d&#233;colonial, r&#233;silient sur le plan &#233;cologique, neutre en carbone et bienveillant&#187;, reposant sur l&#8217;&#233;conomie circulaire et sur des syst&#232;mes de gouvernance autochtones, dans l&#8217;int&#233;r&#234;t de la population diverse de la ville<xref ref-type="fn" rid="n26">26</xref>.</p>
</sec>
</sec>
<sec>
<title>4. Discussion: &#224; la recherche d&#8217;une d&#233;finition d&#233;coloniale du travail soutenable</title>
<p>Les discours de divers acteurs de Sudbury et Ant&#244;nio Pereira sur le travail soutenable illustrent la diversit&#233; des approches qui m&#233;ritent l&#8217;attention dans deux espaces distants sur le plan g&#233;opolitique. Notre &#233;tude montre que des conceptions relativement proches de la d&#233;finition dominante du travail soutenable coexistent avec de multiples discours contre-h&#233;g&#233;moniques qui laissent penser qu&#8217;une orientation diff&#233;rente est possible. Nous d&#233;crivons d&#8217;abord le processus qui conduit &#224; l&#8217;adh&#233;sion au discours dominant puis, suivant l&#8217;approche d&#233;coloniale, nous mettons en lumi&#232;re les dimensions contre-h&#233;g&#233;moniques des discours analys&#233;s. Nous tentons ainsi d&#8217;&#233;voluer vers un concept de travail soutenable qui permette de <italic>se d&#233;tacher</italic> du paradigme capitaliste colonial et racial du savoir, lequel contribue, aujourd&#8217;hui encore, &#224; la marchandisation du lien entre travail et nature et inspire les processus de r&#233;glementation.</p>
<p>Les discours dominants sur le verdissement et la r&#233;habilitation de l&#8217;environnement visent souvent &#224; justifier et &#224; p&#233;renniser le statu quo. Dans le cas de Sudbury, l&#8217;id&#233;e que les emplois miniers peuvent &#234;tre soutenables et sont m&#234;me indispensables &#224; une transition verte est non seulement utilis&#233;e localement, mais aussi &#171;vendue&#187; &#224; l&#8217;&#233;tranger par Vale et par des acteurs publics. Elle est en outre l&#233;gitim&#233;e par les orientations d&#233;finies par l&#8217;OIT et les Nations Unies, dont l&#8217;action va dans la m&#234;me direction, que ces organisations soient ou non complices des grandes entreprises. Cette rh&#233;torique dominante met en &#233;chec les autres visions, telles que celles d&#233;fendues par certains groupes communautaires. &#192; noter en particulier que Vale met en avant les efforts d&#233;ploy&#233;s &#224; Sudbury pour d&#233;montrer que ses pratiques se sont am&#233;lior&#233;es et cherche de plus en plus &#224; resserrer ses liens avec les nations et communaut&#233;s autochtones au moyen de partenariats dans le domaine de la formation et de l&#8217;emploi. L&#8217;entreprise entend ainsi s&#8217;acheter une image de respectabilit&#233; sur le plan de la &#171;soutenabilit&#233;&#187;. Toutefois, alors qu&#8217;&#224; Sudbury elle essaie d&#8217;associer les travailleurs autochtones afin de conf&#233;rer une cr&#233;dibilit&#233; &#224; l&#8217;action qu&#8217;elle m&#232;ne pour que ses activit&#233;s soient plus soutenables, &#224; Ant&#244;nio Pereira la dimension environnementale continue &#224; n&#8217;occuper qu&#8217;une place marginale dans les discours de l&#8217;entreprise et du syndicat. On peut en d&#233;duire que le discours h&#233;g&#233;monique, quoique pr&#233;sent dans les deux contextes, n&#8217;est pas le m&#234;me en raison d&#8217;une diff&#233;rence de situation g&#233;opolitique. La colonialit&#233; n&#8217;utilise donc pas les m&#234;mes ressorts dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, se manifestant diff&#233;remment, aussi bien dans les cadres r&#233;glementaires que dans la r&#233;action des entreprises.</p>
<p>Ces dynamiques diff&#233;rencient &#233;galement les divers discours que nous avons rang&#233;s dans la cat&#233;gorie &#171;le travail soutenable vu comme un travail et un moyen de subsistance&#187;. Ces discours pr&#233;sentent le travail soutenable comme un moyen d&#8217;acc&#233;der &#224; l&#8217;autonomie et de survivre, parce qu&#8217;il permet d&#8217;obtenir des emplois syndiqu&#233;s ou, plus g&#233;n&#233;ralement, de bons emplois dans le secteur formel ou encore des emplois dans le secteur informel, comme ceux des <italic>garimpeiros</italic>. Tous ces discours rejoignent celui de Vale et autres entreprises mini&#232;res sur l&#8217;id&#233;e que l&#8217;extraction mini&#232;re peut &#234;tre durable, m&#234;me si la notion de soutenabilit&#233; et la mani&#232;re de la mettre en pratique peuvent diff&#233;rer selon les acteurs. &#192; Sudbury comme &#224; Ant&#244;nio Pereira, les travailleurs syndiqu&#233;s consid&#232;rent les avantages socio-&#233;conomiques comme des propri&#233;t&#233;s essentielles du travail soutenable. Toutefois, ils appr&#233;hendent celui-ci comme un emploi classique: ils ne tiennent pas suffisamment compte de ses caract&#233;ristiques genr&#233;es, racialis&#233;es et coloniales et se pr&#233;occupent relativement peu de ses cons&#233;quences sur la nature ou la population. Certains mineurs artisanaux et certaines nations et organisations autochtones consid&#232;rent que l&#8217;acc&#232;s &#224; la terre et le b&#233;n&#233;fice d&#8217;une partie des avantages &#233;conomiques de l&#8217;activit&#233; extractive sont indispensables aux pratiques qui leur permettent de survivre. Pour certains travailleurs autochtones, l&#8217;activit&#233; mini&#232;re peut &#234;tre un moyen de subsistance viable dans une &#233;conomie capitaliste coloniale qui les rel&#232;gue depuis toujours &#224; la marge, notamment parce que les possibilit&#233;s qu&#8217;ils pourraient avoir de vivre de la terre sont tr&#232;s limit&#233;es. L&#8217;exemple des <italic>garimpeiros</italic> r&#233;v&#232;le en outre un &#233;l&#233;ment important, &#224; savoir que l&#8217;h&#233;ritage racial et colonial est toujours vivace, se manifestant sous la forme de la criminalisation de certaines formes de travail, qui a pour effet d&#8217;&#233;tablir des in&#233;galit&#233;s entre diff&#233;rentes cat&#233;gories de travailleurs impliqu&#233;s dans l&#8217;extraction mini&#232;re (<xref ref-type="bibr" rid="B18">Costa, 2009</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B43">Martins, 2009</xref>).</p>
<p>Le troisi&#232;me type de discours (&#171;le soin au c&#339;ur du travail soutenable&#187;) est encore plus r&#233;v&#233;lateur de cette diff&#233;renciation raciale, genr&#233;e et g&#233;opolitique. Selon les discours qui rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie, le travail soutenable consiste &#224; prendre soin des personnes et des terres. Pour certaines organisations autochtones et alli&#233;es de Sudbury et des alentours, le travail soutenable est indissociable du respect de la terre, de sa pr&#233;servation pour les g&#233;n&#233;rations futures et d&#8217;un processus de d&#233;colonisation qui reconna&#238;t &#224; leur juste valeur les traditions et &#233;pist&#233;mologies autochtones. De m&#234;me, pour les femmes d&#8217;Ant&#244;nio Pereira, le travail de soin qu&#8217;elles accomplissent au sein de leur communaut&#233; est cr&#233;ateur de valeur sociale, affective, &#233;cologique et &#233;conomique. Il constitue aussi une protection contre les effets ravageurs de l&#8217;activit&#233; extractive pr&#233;datrice sur la population. Les propos que tiennent ces femmes remettent en cause la centralit&#233; de la valeur marchande du travail et de la nature, valeur qui porte l&#8217;empreinte des divisions genr&#233;e et raciale du travail h&#233;rit&#233;es du capitalisme colonial/racial. Malgr&#233; un recoupement avec les propos et le positionnement g&#233;opolitique des <italic>garimpeiros</italic>, ce troisi&#232;me type de discours bat en br&#232;che les conceptions des mineurs syndiqu&#233;s et des mineurs informels, de m&#234;me que la vision h&#233;g&#233;monique. Il montre que les activit&#233;s extractives &#8211; &#171;vertes&#187; ou non, formelles ou informelles &#8211; nuisent &#224; la capacit&#233; des populations &#224; vivre de la terre et &#224; avoir &#224; un mode de vie proche de la nature.</p>
</sec>
<sec>
<title>5. Conclusions</title>
<p>Au d&#233;but de notre article, nous posions la question de savoir s&#8217;il &#233;tait possible de cr&#233;er une passerelle entre les conceptions d&#233;coloniales du travail durable telles qu&#8217;elles transparaissent dans les discours analys&#233;s et la conception dominante. Comme notre analyse l&#8217;a montr&#233;, ces conceptions contre-h&#233;g&#233;moniques existent bel et bien, mais elles ont du mal &#224; s&#8217;imposer au sein d&#8217;un syst&#232;me capitaliste colonial/racial. Les approches du travail soutenable promues par les organisations internationales, y compris l&#8217;OIT, traduisent une reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; d&#8217;am&#233;liorer la durabilit&#233; &#233;conomique et de consid&#233;rer que le travail englobe un &#233;ventail relativement large de pratiques. La raison en est en particulier que l&#8217;OIT a progress&#233; et tient d&#233;sormais davantage compte des voix subalternes dans ses politiques et ses r&#232;gles relatives au travail et &#224; sa soutenabilit&#233;. Ces m&#234;mes politiques ont cependant aussi pour effet de l&#233;gitimer l&#8217;extractivisme en le pr&#233;sentant comme soutenable au motif qu&#8217;il contribuerait &#224; la cr&#233;ation d&#8217;emplois plus verts et d&#8217;&#233;conomies plus inclusives, et ce en d&#233;pit des cons&#233;quences qu&#8217;a eues et que continue d&#8217;avoir l&#8217;extraction de ressources sur les populations, en particulier celles dont la survie d&#233;pend du travail d&#233;marchandis&#233; de la terre ou d&#8217;&#233;conomies et moyens de subsistance hybrides.</p>
<p>Cette vision fauss&#233;e du concept de travail soutenable est due, entre autres raisons, au fait que l&#8217;approche h&#233;g&#233;monique &#233;mane du syst&#232;me capitaliste colonial/racial, r&#233;ifiant les relations marchandes et rel&#233;guant &#224; la marge le soin, le travail d&#233;marchandis&#233; de la terre et les savoirs produits par les sujets subalternes. En plus de compromettre les perspectives de reproduction de la vie, cette vision r&#233;v&#232;le quels paradigmes de savoir d&#233;terminent la d&#233;finition m&#234;me du travail et de la soutenabilit&#233; en tant que cat&#233;gories et influencent ainsi les processus de r&#233;glementation. Selon la vision d&#233;coloniale, d&#232;s lors que les cadres d&#8217;action et la r&#233;glementation ne s&#8217;&#233;cartent pas de la conception capitaliste du travail et de la nature, ils risquent non seulement de ne pas promouvoir la soutenabilit&#233; de la vie, mais aussi de l&#233;gitimer la colonialit&#233;, laquelle se traduit par la persistance d&#8217;in&#233;galit&#233;s raciales, de genre et g&#233;opolitiques dans le domaine du travail.</p>
</sec>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="n1"><p>Pour une cartographie compl&#232;te de ce concept, voir l&#8217;article publi&#233; par Herzog et Zimmermann (<xref ref-type="bibr" rid="B32">2025</xref>), dans ce pr&#233;sent num&#233;ro.</p></fn>
<fn id="n2"><p>Depuis les ann&#233;es 1990, l&#8217;id&#233;e que l&#8217;extraction massive de ressources s&#8217;inscrit dans le cadre du d&#233;veloppement durable a &#233;t&#233; d&#233;fendue par le secteur minier (<xref ref-type="bibr" rid="B11">Bridge, 1997</xref>) et par les institutions internationales (par exemple <xref ref-type="bibr" rid="B6">Banque mondiale, 1996</xref>). Aujourd&#8217;hui, cette pratique est vant&#233;e comme indispensable &#224; l&#8217;action climatique (<xref ref-type="bibr" rid="B33">Hund <italic>et al</italic>., 2020</xref>).</p></fn>
<fn id="n3"><p>L&#8217;extractivisme d&#233;signe un mode d&#8217;accumulation de richesses indissociable de projets coloniaux historiques reposant sur l&#8217;appropriation des terres et des ressources naturelles, ainsi que des capacit&#233;s et savoirs humains (<xref ref-type="bibr" rid="B40">Machado Araoz, 2023</xref>).</p></fn>
<fn id="n4"><p>La convention (n&#176; 169) de l&#8217;OIT relative aux peuples indig&#232;nes et tribaux, 1989, et divers rapports cens&#233;s faciliter son application (par exemple <xref ref-type="bibr" rid="B54">OIT, 2020</xref>) prennent acte de la singularit&#233; des &#233;conomies autochtones et reconnaissent qu&#8217;elles peuvent constituer une source d&#8217;inspiration pour l&#8217;&#233;laboration des politiques de d&#233;veloppement durable, mais consid&#232;rent aussi et surtout que la priorit&#233; est de garantir que les travailleurs autochtones int&#233;gr&#233;s aux march&#233;s du travail formel et informel aient acc&#232;s au travail d&#233;cent.</p></fn>
<fn id="n5"><p>Gramsci (<xref ref-type="bibr" rid="B29">1975</xref>) a employ&#233; le terme &#171;classe subalterne&#187; pour d&#233;signer les personnes exclues du pouvoir capitaliste. D&#8217;autres chercheurs ont cependant mis en garde contre le fait de th&#233;oriser un sujet subalterne homog&#232;ne, &#233;tant donn&#233; que la race, la colonisation et le genre sont aussi des dimensions d&#8217;une position subalterne (<xref ref-type="bibr" rid="B72">Spivak, 1988</xref>).</p></fn>
<fn id="n6"><p>L&#8217;eurocentrisme renvoie non pas &#224; l&#8217;histoire intellectuelle de l&#8217;Europe occidentale, mais au rejet singulier de formes de connaissance non europ&#233;ennes, jug&#233;es irrationnelles et non civilis&#233;es (<xref ref-type="bibr" rid="B61">Quijano, 2000</xref>).</p></fn>
<fn id="n7"><p>&#192; titre d&#8217;exemple, les approches d&#233;coloniales noires et autochtones ont toujours eu des difficult&#233;s &#224; remettre en cause le droit br&#233;silien, parce qu&#8217;il n&#8217;existe pas de reconnaissance formelle et effective de <italic>nations</italic> autochtones dans le droit et la jurisprudence du Br&#233;sil (<xref ref-type="bibr" rid="B47">Mondardo, 2022</xref>). Au Canada, la situation des autochtones est diff&#233;rente, parce qu&#8217;ils sont reconnus comme des peuples par la Constitution et comme des nations par la jurisprudence sur les revendications territoriales globales (<xref ref-type="bibr" rid="B14">Canada, minist&#232;re de la Justice, 2018</xref>).</p></fn>
<fn id="n8"><p>La plupart des textes et documents audiovisuels analys&#233;s ont &#233;t&#233; publi&#233;s apr&#232;s 2015. Cette ann&#233;e-l&#224;, un barrage minier exploit&#233; par Vale s&#8217;est rompu &#224; Mariana, si bien que l&#8217;entreprise a ensuite d&#251; modifier sa politique en mati&#232;re de soutenabilit&#233;.</p></fn>
<fn id="n9"><p>La d&#233;marchandisation du travail et de la terre est aussi au c&#339;ur de l&#8217;analyse pr&#233;sent&#233;e par Karl Polanyi dans <italic>La grande transformation</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B60">(1944) 1983</xref>). Polanyi la conceptualise comme l&#8217;issue de contre-mouvements visant &#224; r&#233;encastrer les march&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Alors qu&#8217;il voyait le colonialisme comme le prolongement du d&#233;veloppement capitaliste, les chercheurs postcoloniaux consid&#232;rent quant &#224; eux que le d&#233;veloppement capitaliste est <italic>colonial par d&#233;finition</italic>, l&#8217;esclavage, le colonialisme et l&#8217;imp&#233;rialisme &#233;tant au c&#339;ur de la dynamique du double mouvement, notamment de la d&#233;marchandisation r&#233;sultant des institutions de l&#8217;&#201;tat-providence et de la l&#233;gislation qui s&#8217;y rattache (par exemple <xref ref-type="bibr" rid="B7">Bhambra, 2021</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B27">Goodwin, 2024</xref>). Le droit du travail lui-m&#234;me, vu comme un outil de d&#233;marchandisation, &#233;tait et est donc une institution racialis&#233;e g&#233;n&#233;ratrice d&#8217;exclusion (<xref ref-type="bibr" rid="B5">Ashiagbor, 2021</xref>; voir &#233;galement <xref ref-type="bibr" rid="B9">Blackett, 2020</xref>) et extr&#234;mement dommageable pour diff&#233;rents types de moyens de subsistance et de survie (<xref ref-type="bibr" rid="B80">Zbyszewska et Maximo, 2023</xref>). Dans cet article, suivant la litt&#233;rature d&#233;coloniale, nous appr&#233;hendons la d&#233;marchandisation en nous appuyant sur des pratiques ancr&#233;es plut&#244;t qu&#8217;en nous inscrivant dans un dialogue avec l&#8217;analyse polonyienne, quand bien m&#234;me notre approche n&#8217;est pas incompatible avec la vision &#171;revisit&#233;e&#187; de cette analyse que nous venons d&#8217;&#233;voquer.</p></fn>
<fn id="n10"><p>Par d&#233;finition, l&#8217;expropriation consiste en la d&#233;possession et en l&#8217;appropriation historiques et contemporaines des ressources (humaines ou non) sans la moindre indemnisation ou sans indemnisation suffisante pour permettre la reconstitution de ces ressources (<xref ref-type="bibr" rid="B80">Zbyszewska et Maximo, 2023</xref>).</p></fn>
<fn id="n11"><p>Il existe des diff&#233;rences entre les th&#233;ories d&#233;coloniales &#233;labor&#233;es dans les pays du Sud et celles des pays du Nord. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en Am&#233;rique du Nord &#8211; que certains peuples autochtones d&#233;nomment l&#8217;&#238;le de la Tortue &#8211;, ces th&#233;ories envisagent la colonisation comme un processus qui est toujours &#224; l&#8217;&#339;uvre, en particulier vis-&#224;-vis des populations noires et autochtones. En Am&#233;rique latine (ou Abya Yala), les &#233;tudes d&#233;coloniales distinguent la colonisation de la colonialit&#233; pour attirer l&#8217;attention sur le fait que m&#234;me dans des &#201;tats souverains d&#233;mocratiques, y compris des pays progressistes, le g&#233;nocide et l&#8217;asservissement des populations noires et autochtones perdurent. Nous pensons cependant que, s&#8217;agissant du travail soutenable, ces deux courants d&#233;coloniaux poursuivent des objectifs communs, raison pour laquelle nous les r&#233;unissons dans cet article.</p></fn>
<fn id="n12"><p>Les th&#233;ories d&#233;coloniales sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes et les strat&#233;gies employ&#233;es pour analyser les effets du capitalisme racial/colonial varient. Dans une strat&#233;gie contre-coloniale, il n&#8217;y a pas de volont&#233; d&#8217;interaction avec le march&#233; ou de soumission au march&#233;, l&#8217;objectif &#233;tant au contraire de pr&#233;server des mani&#232;res de vivre et de travailler semblables &#224; celles qui avaient cours avant l&#8217;invasion europ&#233;enne (<xref ref-type="bibr" rid="B8">Bispo dos Santos, 2018</xref>). Toutefois, certaines strat&#233;gies &#8211; qualifi&#233;es d&#8217;essentialisme strat&#233;gique dans les &#233;tudes postcoloniales &#8211; exigent un droit &#224; l&#8217;autod&#233;termination en ce qui concerne l&#8217;acc&#232;s au march&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B72">Spivak, 1988</xref>); dans ce cas, une identit&#233; cr&#233;&#233;e par le colonisateur est utilis&#233;e dans le but politique de revendiquer des droits, ce qui conduit &#224; des positions et conceptions du travail soutenable diff&#233;rentes et paradoxales.</p></fn>
<fn id="n13"><p>Toute m&#233;thode contre-h&#233;g&#233;monique repose sur des savoirs et pratiques produits collectivement par des sujets subalternes, ce qui ne signifie cependant pas que les sujets, par exemple les travailleurs, reproduisent un discours contre-h&#233;g&#233;monique. En r&#233;alit&#233;, la reproduction des conceptions du colonisateur par les sujets colonis&#233;s est l&#8217;une des cons&#233;quences de la colonialit&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B41">Maldonado-Torres, 2007</xref>).</p></fn>
<fn id="n14"><p>Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des &#201;tats-Unis sur la qualit&#233; de l&#8217;air, 13 mars 1991.</p></fn>
<fn id="n15"><p>Sur les populations expuls&#233;es de la ZAS, voir Instituto Guaicuy (<xref ref-type="bibr" rid="B34">2024</xref>).</p></fn>
<fn id="n16"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://guaicuy.org.br/ati/ati-antonio-pereira/antonio-pereira/mineracao-predatoria/">https://guaicuy.org.br/ati/ati-antonio-pereira/antonio-pereira/mineracao-predatoria/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n17"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://investsudbury.ca/fr/key-sectors/cleantech-and-environmental/">https://investsudbury.ca/fr/key-sectors/cleantech-and-environmental/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n18"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://www.fundacaorenova.org/a-fundacao/">https://www.fundacaorenova.org/a-fundacao/</ext-link>.</p></fn>

<fn id="n19"><p>Pour le monde du travail, la justice transitionnelle est un principe exigeant la prise en compte des int&#233;r&#234;ts des travailleurs et des populations lorsque ceux-ci sont touch&#233;s par les adaptations industrielles adopt&#233;es pour atteindre les objectifs de r&#233;duction des &#233;missions (par exemple &#233;limination progressive des &#233;nergies fossiles et fermeture des mines). Le principe de la &#171;transition juste&#187; fait d&#233;sormais partie int&#233;grante de l&#8217;architecture juridique des engagements li&#233;s au changement climatique. Voir par exemple OIT (<xref ref-type="bibr" rid="B52">2015</xref>).</p></fn>
<fn id="n20"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://gezhtoojig.ca/about/">https://gezhtoojig.ca/about/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n21"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://atikamekshenganishnawbek.ca/economic-development/partnership/">https://atikamekshenganishnawbek.ca/economic-development/partnership/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n22"><p>Ce groupe de femmes est un collectif local et ne tient donc pas de liste officielle de ses membres, m&#234;me s&#8217;il est reconnu au sein de la communaut&#233; et au-del&#224;. Toutefois, durant notre enqu&#234;te de terrain nous avons rencontr&#233; ses membres, dont la femme dont les propos sont relat&#233;s dans cet article et celles qui apparaissent dans le podcast accessible sur le site Internet de l&#8217;AIAAV (<xref ref-type="bibr" rid="B2">2022</xref>).</p></fn>
<fn id="n23"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://guaicuy.org.br/ati/ati-antonio-pereira/ati-antonio-pereira/">https://guaicuy.org.br/ati/ati-antonio-pereira/ati-antonio-pereira/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n24"><p>Action au civil n&#176; 5003419-46.2021.8.13.0461, dans laquelle Vale soutient que la manifestation organis&#233;e sur la route f&#233;d&#233;rale bloquait l&#8217;acc&#232;s aux routes conduisant &#224; la mine de Timbopeba et constituait donc une atteinte au libre exercice du droit d&#8217;aller et venir de l&#8217;entreprise, de ses salari&#233;s et des salari&#233;s d&#8217;autres entreprises.</p></fn>
<fn id="n25"><p>Voir <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://www.liveablesudbury.org/about/">https://www.liveablesudbury.org/about/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="n26"><p>Vid&#233;o disponible &#224; l&#8217;adresse <ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="https://vimeo.com/452436281">https://vimeo.com/452436281</ext-link> (t&#233;l&#233;charg&#233;e le 28 ao&#251;t 2020).</p></fn>
</fn-group>
<sec>
<title>Remerciements</title>
<p>Cet article repose sur une recherche qui a b&#233;n&#233;fici&#233; d&#8217;un financement du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.</p>
</sec>
<ref-list>
<title>R&#233;f&#233;rences</title>
<ref id="B1"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>AIAAV (Articula&#231;&#227;o Internacional dos Atingidos e Atingidas pela Vale)</collab>. <year>2020</year>. <article-title>&#171;Territ&#243;rios miner&#225;rios: muito al&#233;m da lama&#187;</article-title>, <day>10</day> <month>novembre</month> 2020, vid&#233;o documentaire, onze minutes, huit secondes. <uri>https://atingidosvale.com/video/territorios-minerarios-muito-alem-da-lama/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B2"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>AIAAV (Articula&#231;&#227;o Internacional dos Atingidos e Atingidas pela Vale)</collab>. <year>2022</year>. <source>Vozes que Vale(m)</source> (podcast). <article-title>&#201;pisode n&#176; 11, &#171;Ant&#244;nio Pereira (MG): Mulheres em luta contra a invisibilidade&#187;</article-title>, 2 f&#233;vrier 2022. <uri>https://atingidosvale.com/ep-11-antonio-pereira-mulheres-em-luta-contra-a-invisibilidade/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B3"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Anzald&#250;a</surname>, <given-names>Gloria</given-names></string-name>. <year>1987</year>. <source>Borderlands/La Frontera: The New Mestiza</source>. <publisher-loc>San Francisco</publisher-loc>: <publisher-name>Aunt Lute Books</publisher-name>. [Traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>Terres frontali&#232;res &#8211; La frontera: la nouvelle mestiza</italic>, Paris, Cambourakis, 2024.]</mixed-citation></ref>
<ref id="B4"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Ashiagbor</surname>, <given-names>Diamond</given-names></string-name> (dir.). <year>2019</year>. <source>Re-imagining Labour Law for Development: Informal Work in the Global North and South</source>. <publisher-loc>Oxford</publisher-loc>: <publisher-name>Hart</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B5"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Ashiagbor</surname>, <given-names>Diamond</given-names></string-name> (dir.). <year>2021</year>. <article-title>&#171;Race and Colonialism in the Construction of Labour Markets and Precarity&#187;</article-title>, <source>Industrial Law Journal</source>, <volume>50</volume> (<issue>4</issue>): <fpage>506</fpage>-<lpage>531</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1093/indlaw/dwab020</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B6"><mixed-citation publication-type="book"><collab>Banque mondiale</collab>. <year>1996</year>. <chapter-title>&#171;A Mining Strategy for Latin America and the Caribbean&#187;</chapter-title>, World Bank Technical Paper No. 345. <publisher-loc>Washington</publisher-loc>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B7"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Bhambra</surname>, <given-names>Gurminder K</given-names></string-name>. <year>2021</year>. <article-title>&#171;Colonial Global Economy: Towards a Theoretical Reorientation of Political Economy&#187;</article-title>, <source>Review of International Political Economy</source>, <volume>28</volume> (<issue>2</issue>): <fpage>307</fpage>-<lpage>322</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1080/09692290.2020.1830831</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B8"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Bispo dos Santos</surname>, <given-names>Ant&#244;nio</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <article-title>&#171;Somos da Terra&#187;</article-title>, <source>PISEAGRAMA</source>, <volume>12</volume> (<issue>ao&#251;t</issue>): <fpage>44</fpage>-<lpage>51</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B9"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Blackett</surname>, <given-names>Adelle</given-names></string-name>. <year>2020</year>. <article-title>&#171;On the Presence of the Past in the Future of International Labour Law&#187;</article-title>, <source>Dalhousie Law Journal</source>, <volume>43</volume> (<issue>2</issue>): <fpage>947</fpage>-<lpage>962</lpage>. <uri>https://digitalcommons.schulichlaw.dal.ca/dlj/vol43/iss2/17/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B10"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Boerchers</surname>, <given-names>Morrissa</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Patricia</given-names> <surname>Fitzpatrick</surname></string-name>, <string-name><given-names>Christopher</given-names> <surname>Storie</surname></string-name> et <string-name><given-names>Glen</given-names> <surname>Hostetler</surname></string-name>. <year>2016</year>. <article-title>&#171;Reinvention through Regreening: Examining Environmental Change in Sudbury, Ontario&#187;</article-title>, <source>Extractive Industries and Society</source>, <volume>3</volume> (<issue>3</issue>): <fpage>793</fpage>-<lpage>801</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1016/j.exis.2016.03.005</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B11"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Bridge</surname>, <given-names>Gavin</given-names></string-name>. <year>1997</year>. <chapter-title>&#171;Excavating Nature: Environmental Narratives and Discursive Regulation in the Mining Industry&#187;</chapter-title>, dans <source>An Unruly World? Globalization, Governance and Geography</source>, publ. sous la dir. <string-name><surname>d&#8217;Andrew Herod</surname>, <given-names>Gear&#243;id &#211; Tuathail</given-names></string-name> et <string-name><given-names>Susan M.</given-names> <surname>Roberts</surname></string-name>, <fpage>219</fpage>-<lpage>244</lpage>. <publisher-loc>Londres</publisher-loc>: <publisher-name>Routledge</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B12"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Brown</surname>, <given-names>Tenille E</given-names></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Anishinaabe Law at the Margins: Treaty Law in Northern Ontario, Canada, as Colonial Expansion&#187;</article-title>, <source>Social Inclusion</source>, <volume>11</volume> (<issue>2</issue>): <fpage>177</fpage>-<lpage>186</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.17645/si.v11i2.6497</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B13"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Caine</surname>, <given-names>Ken J.</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>Naomi</given-names> <surname>Krogman</surname></string-name>. <year>2010</year>. <article-title>&#171;Powerful or Just Plain Power-Full? A Power Analysis of Impact and Benefit Agreements in Canada&#8217;s North&#187;</article-title>, <source>Organization &amp; Environment</source>, <volume>23</volume> (<issue>1</issue>): <fpage>76</fpage>-<lpage>98</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1177/1086026609358969</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B14"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Canada</surname>, <given-names>minist&#232;re de la Justice</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <source>Principes r&#233;gissant la relation du Gouvernement du Canada avec les peuples autochtones</source>. <publisher-loc>Ottawa</publisher-loc>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B15"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Carneiro</surname>, <given-names>Karine Gon&#231;alves</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>Tatiana Ribeiro</given-names> <surname>de Souza</surname></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Desastraliza&#231;&#227;o &#8211; a proposta de uma ferramenta-conceito para analisar casos de desastres criados&#187;</article-title>, <source>Insurg&#234;ncia</source>, <volume>9</volume> (<issue>1</issue>): <fpage>505</fpage>-<lpage>524</lpage>. <uri>https://periodicos.unb.br/index.php/insurgencia/article/view/46865</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B16"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Coelho</surname>, <given-names>Polyana Pereira</given-names></string-name>. <year>2017</year>. <chapter-title>&#171;O germe da insurrei&#231;&#227;o para al&#233;m da metr&#243;pole: narrativas da participa&#231;&#227;o e da luta popular em Ant&#244;nio Pereira, Ouro Preto &#8211; MG&#187;</chapter-title>, m&#233;moire de ma&#238;trise, <publisher-name>Universidade Federal de Minas Gerais</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B17"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Corntassel</surname>, <given-names>Jeff</given-names></string-name>. <year>2012</year>. <article-title>&#171;Re-envisioning Resurgence: Indigenous Pathways to Decolonization and Sustainable Self-Determination&#187;</article-title>, <source>Decolonization: Indigeneity, Education &amp; Society</source>, <volume>1</volume> (<issue>1</issue>): <fpage>86</fpage>-<lpage>101</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B18"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Costa</surname>, <given-names>Luciano Rodrigues</given-names></string-name>. <year>2009</year>. <article-title>&#171;Os garimpos clandestinos de ouro em Minas Gerais e no Brasil: tradi&#231;&#227;o e mudan&#231;a&#187;</article-title>, <source>Revista Hist&#243;ria &amp; Perspectivas</source>, <volume>1</volume> (<issue>36-37</issue>): <fpage>247</fpage>-<lpage>279</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B19"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Coulthard</surname>, <given-names>Glen Sean</given-names></string-name>. <year>2014</year>. <source>Red Skin, White Masks: Rejecting the Colonial Politics of Recognition</source>. <publisher-loc>Minneapolis</publisher-loc>: <publisher-name>University of Minnesota Press</publisher-name>. [Traduit en fran&#231;ais sous le titre <italic>Peau rouge, masques blancs: contre la politique coloniale de la reconnaissance</italic>, Montr&#233;al, Lux &#201;diteur, 2018.]</mixed-citation></ref>
<ref id="B20"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Cruz</surname>, <given-names>Carlos</given-names></string-name>. <year>2019</year>. <article-title>&#171;A Cidade de Sudbury, no Canad&#225;, &#233; exemplo para Itabira de como se deve negociar e cobrar da Vale&#187;</article-title>, <source>Vila de Utopia</source>, <day>30</day> <month>octobre</month> 2019. <uri>https://viladeutopia.com.br/a-cidade-de-sudbury-no-canada-e-exemplo-para-itabira-de-como-se-deve-negociar-e-cobrar-da-vale/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B21"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Datta</surname>, <given-names>Ranjan</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <article-title>&#171;Decolonizing Both Researcher and Research and Its Effectiveness in Indigenous Research&#187;</article-title>, <source>Research Ethics</source>, <volume>14</volume> (<issue>2</issue>): <fpage>1</fpage>-<lpage>24</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1177/1747016117733296</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B22"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>de Castro</surname>, <given-names>Clodomiro</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Gilson</given-names> <surname>Felipe de Resende</surname></string-name>, <string-name><given-names>Herm&#237;nio Amaro</given-names> <surname>do Nascimento</surname></string-name> et <string-name><given-names>S&#233;rgio</given-names> <surname>Papagaio</surname></string-name>. <year>2020</year>. <article-title>&#171;Se a Vale pode minerar, por que os garimpeiros n&#227;o podem garimpar?&#187;</article-title>, <source>A Sirene</source>, <month>novembre</month> 2020, <fpage>22</fpage>-<lpage>24</lpage>. <uri>https://issuu.com/jornalasirene/docs/edi_c3_a7_c3_a3o_2055_20-_20novembro_20de_202020_2</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B23"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Denzin</surname>, <given-names>Norman K.</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Yvonna S.</given-names> <surname>Lincoln</surname></string-name> et <string-name><given-names>Linda Tuhiwai</given-names> <surname>Smith</surname></string-name> (dir.). <year>2008</year>. <source>Handbook of Critical and Indigenous Methodologies</source>. 2008. <publisher-loc>Thousand Oaks</publisher-loc>: <publisher-name>SAGE</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B24"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab><italic>Di&#225;rio de Ouro Preto</italic></collab>. <year>2021</year>. <article-title>&#171;&#8220;As Mulheres Guerreiras de Ant&#244;nio Pereira&#8221; questionam a n&#227;o participa&#231;&#227;o em reuni&#227;o que define como ser&#227;o as remo&#231;&#245;es&#187;, 18 f&#233;vrier 2021</article-title>. <uri>https://www.diariodeouropreto.com.br/as-mulheres-guerreiras-de-antonio-pereira-questionam-a-nao-participacao-em-reuniao-que-define-como-serao-as-remocoes/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B25"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Diebel</surname>, <given-names>Linda</given-names></string-name>. <year>2010</year>. <article-title>&#171;Inside Sudbury&#8217;s Bitter Vale Strike&#187;</article-title>, <source>Toronto Star</source>, <day>6</day> <month>juin</month> 2010. <uri>https://thestar.com/news/ontario/2010/06/06/inside_sudburys_bitter_vale_strike.html</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B26"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Dotta</surname>, <given-names>Rafaella</given-names></string-name>. <year>2016</year>. <article-title>&#171;Protesto re&#250;ne 100 pessoas pela volta de Samarco&#187;</article-title>, <source>Brasil de Fato</source>, <day>7</day> <month>novembre</month> 2016.</mixed-citation></ref>
<ref id="B27"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Goodwin</surname>, <given-names>Geoff</given-names></string-name>. <year>2024</year>. <chapter-title>&#171;The Double Movement in the Global South: Critiques, Extensions, and New Horizons&#187;</chapter-title>, dans <source>The Routledge Handbook on Karl Polanyi</source>, publ. sous la dir. <string-name><given-names>de Michele</given-names> <surname>Cangiani</surname></string-name> et <string-name><given-names>Claus</given-names> <surname>Thomasberger</surname></string-name>, <fpage>335</fpage>-<lpage>348</lpage>. <publisher-loc>Abingdon</publisher-loc>: <publisher-name>Routledge</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B28"><mixed-citation publication-type="book"><collab>Gouvernement de l&#8217;Ontario</collab>. <year>2022</year>. <source>Strat&#233;gie ontarienne relative aux min&#233;raux critiques: lib&#233;rer le potentiel pour favoriser la relance et la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomiques 2022-2027</source>. <publisher-loc>Toronto</publisher-loc>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B29"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Gramsci</surname>, <given-names>Antonio</given-names></string-name>. <year>1975</year>. <source>Quaderni del carcere</source>. Edizione critica dell&#8217;Istituto Gramsci a cura di Valentino Gerratana, deuxi&#232;me &#233;dition. <publisher-loc>Turin</publisher-loc>: <publisher-name>Einaudi</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B30"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>Green Party of Ontario</collab>. <year>2022</year>. <article-title>&#171;Schreiner Tours Sudbury in Support of Local Sustainable Mining and Green Jobs&#187;</article-title>, <day>16</day> <month>mars</month> 2022. <uri>https://gpo.ca/2022/03/16/schreiner-tours-sudbury-in-support-of-local-sustainable-mining-and-green-jobs/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B31"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Gudynas</surname>, <given-names>Eduardo</given-names></string-name>. <year>2011</year>. <article-title>&#171;Buen Vivir: Today&#8217;s Tomorrow&#187;</article-title>, <source>Development</source>, <volume>54</volume> (<issue>4</issue>): <fpage>441</fpage>-<lpage>447</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1057/dev.2011.86</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B32"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Herzog</surname>, <given-names>Lisa</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>B&#233;n&#233;dicte</given-names> <surname>Zimmermann</surname></string-name>. <year>2025</year>. <article-title>&#171;Travail soutenable: une carte conceptuelle en vue d&#8217;une approche sociale-&#233;cologique&#187;</article-title>, <source>Revue internationale du Travail</source>, <volume>164</volume> (<issue>1</issue>), article accept&#233; en attente de publication dans ce num&#233;ro. <pub-id pub-id-type="doi">10.16995/ilr.18834</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B33"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Hund</surname>, <given-names>Kirsten</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Daniele</given-names> <surname>La Porta</surname></string-name>, <string-name><given-names>Thao P.</given-names> <surname>Fabregas</surname></string-name>, <string-name><given-names>Tim</given-names> <surname>Laing</surname></string-name> et <string-name><given-names>John</given-names> <surname>Drexhage</surname></string-name>. <year>2020</year>. <source>Minerals for Climate Action: The Mineral Intensity of the Clean Energy Transition</source>. <publisher-loc>Washington</publisher-loc>: <publisher-name>Banque mondiale</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B34"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>Instituto Guaicuy</collab>. <year>2024</year>. <article-title>&#171;The Cost of Vale&#187;</article-title>, <day>6</day> <month>juillet</month> 2024, vid&#233;o trente et une minutes, huit secondes. <uri>https://www.youtube.com/watch?v=nhNvH-0fVvA</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B35"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Ismi</surname>, <given-names>Asad</given-names></string-name>. <year>2009</year>. <article-title>&#171;Path of Destruction: Canadian Mining Companies on Rampage around the World&#187;</article-title>, <source>The Monitor</source>, 1<sup>er</sup> f&#233;vrier 2009. <uri>https://policyalternatives.ca/publications/monitor/path-destruction</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B36"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Kelly</surname>, <given-names>Lindsay</given-names></string-name>. <year>2017</year>. <article-title>&#171;Taking a &#8220;Seven Generations&#8221; View of Sustainable Mining&#187;</article-title>, <source>Northern Ontario Business</source>, <day>5</day> <month>avril</month> 2017. <uri>https://www.northernontariobusiness.com/industry-news/mining/taking-a-seven-generations-view-of-sustainable-mining-580103</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B37"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Kothari</surname>, <given-names>Ashish</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Federico</given-names> <surname>Demaria</surname></string-name> et <string-name><given-names>Alberto</given-names> <surname>Acosta</surname></string-name>. <year>2014</year>. <article-title>&#171;Buen Vivir, Degrowth and Ecological Swaraj: Alternatives to Sustainable Development and the Green Economy&#187;</article-title>, <source>Development</source>, <volume>57</volume> (<issue>3-4</issue>): <fpage>362</fpage>-<lpage>375</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1057/dev.2015.24</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B38"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Littig</surname>, <given-names>Beate</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <article-title>&#171;Good Work? Sustainable Work and Sustainable Development: A Critical Gender Perspective from the Global North&#187;</article-title>, <source>Globalizations</source>, <volume>15</volume> (<issue>4</issue>): <fpage>565</fpage>-<lpage>579</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1080/14747731.2018.1454676</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B39"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Lugones</surname>, <given-names>Mar&#237;a</given-names></string-name>. <year>2008</year>. <article-title>&#171;Colonialidad y G&#233;nero&#187;</article-title>, <source>Tabula Rasa</source>, <volume>9</volume> (<issue>juillet-d&#233;cembre</issue>): <fpage>73</fpage>-<lpage>101</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B40"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Machado Araoz</surname>, <given-names>Hor&#225;cio</given-names></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;El extractivismo y las ra&#237;ces del &#8220;Antropoceno&#8221;. Reg&#237;menes de sensibilidad, r&#233;gimen clim&#225;tico y derechos de la Naturaleza&#187;</article-title>, <source>Direito e Pr&#225;xis</source>, <volume>14</volume> (<issue>1</issue>): <fpage>407</fpage>-<lpage>435</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1590/2179-8966/2023/73117e</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B41"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Maldonado-Torres</surname>, <given-names>Nelson</given-names></string-name>. <year>2007</year>. <chapter-title>&#171;Sobre la colonialidad del ser: contribuciones al desarrollo de un concepto&#187;</chapter-title>, dans <source>El giro decolonial: Reflexiones para una diversidad epist&#233;mica m&#225;s all&#225; del capitalismo global</source>, publ. sous la dir. <string-name><given-names>de Santiago</given-names> <surname>Castro-G&#243;mez</surname></string-name> et <string-name><given-names>Ram&#243;n</given-names> <surname>Grosfoguel</surname></string-name>, <fpage>127</fpage>-<lpage>168</lpage>. <publisher-loc>Bogot&#225;</publisher-loc>: <publisher-name>Siglo del Hombre</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B42"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Marshall</surname>, <given-names>Judith</given-names></string-name>. <year>2015</year>. <chapter-title>&#171;Behind the Image of South&#8211;South Solidarity at Brazil&#8217;s Vale&#187;</chapter-title>, dans <source>BRICS: An Anti-Capitalist Critique</source>, publ. sous la dir. <string-name><given-names>de Patrick</given-names> <surname>Bond</surname></string-name> et <string-name><given-names>Ana</given-names> <surname>Garcia</surname></string-name>, <fpage>162</fpage>-<lpage>185</lpage>. <publisher-loc>Londres</publisher-loc>: <publisher-name>Pluto Press</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B43"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Martins</surname>, <given-names>Marcos Lobato</given-names></string-name>. <year>2009</year>. <article-title>&#171;As mudan&#231;as nos marcos regulat&#243;rios da minera&#231;&#227;o diamant&#237;fera e as rea&#231;&#245;es dos garimpeiros: o caso da Regi&#227;o do Alto Jequitinhonha&#187;</article-title>, <source>Revista Geografias</source>, <volume>5</volume> (<issue>1</issue>): <fpage>37</fpage>-<lpage>49</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.35699/2237-549X..13262</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B44"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>McCracken</surname>, <given-names>Krista</given-names></string-name>. <year>2013</year>. <article-title>&#171;Sudbury: The Journey from Moonscape to Sustainably Green&#187;</article-title>, <source>Active History</source> (billet de blog), <day>10</day> <month>juin</month> 2013. <uri>https://activehistory.ca/blog/2013/06/10/11360/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B45"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>Metabase</collab>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Andr&#233; Viana reeleito para o Conselho Administrativo da Vale&#187;</article-title>, <day>13</day> <month>f&#233;vrier</month> 2023. <uri>https://www.metabase.com.br/andre-viana-e-eleito-com-expressiva-votacao-em-todo-pais-para-representar-os-trabalhadores-da-vale-no-seu-conselho-de-administracao</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B46"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Miller Llana</surname>, <given-names>Sara</given-names></string-name>. <year>2020</year>. <article-title>&#171;The Sudbury Model: How One of the World&#8217;s Major Polluters Went Green&#187;</article-title>, <source>The Christian Science Monitor</source>, <day>6</day> <month>octobre</month> 2020. <uri>https://www.csmonitor.com/Environment/2020/0924/The-Sudbury-model-How-one-of-the-world-s-major-polluters-went-green?cmpid=shared-email&amp;src=shared</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B47"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Mondardo</surname>, <given-names>Marcos Leandro</given-names></string-name>. <year>2022</year>. <article-title>&#171;In Defense of Indigenous Territories in Brazil: Rights, Demarcations and Land Retake&#187;</article-title>, <source>Geousp</source>, <volume>26</volume> (<issue>1</issue>): <elocation-id>e-176224</elocation-id>. <pub-id pub-id-type="doi">10.11606/issn.2179-0892.geousp.2022.176224</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B48"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Morin</surname>, <given-names>Jean-Pierre</given-names></string-name>. <year>2018</year>. <source>Solemn Words and Foundational Documents: An Annotated Discussion of Indigenous-Crown Treaties in Canada, 1752&#8211;1923</source>. <publisher-loc>Toronto</publisher-loc>: <publisher-name>University of Toronto Press</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B49"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>Nation Anishinabek</collab>. Sans date. <article-title>&#171;Robinson-Huron Treaty Rights: 1850 and Today&#187;</article-title>. North Bay. <uri>https://www.anishinabek.ca/wp-content/uploads/2016/06/Robinson-Huron-Treaty-Rights.pdf</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B55"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab><italic>Northern Ontario Business</italic></collab>. <year>2019</year>. <article-title>&#171;Development Group Lands $1.1 million for Mining Centre&#187;</article-title>, <day>15</day> <month>janvier</month> 2019. <uri>https://www.northernontariobusiness.com/industry-news/aboriginal-businesses/development-group-lands-11-million-for-mining-centre-1197006</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B56"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab><italic>Northern Ontario Business</italic></collab>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Clean and Green Mining in Sudbury takes a Step Forward&#187;</article-title>, <day>7</day> <month>mars</month> 2023. <uri>https://www.northernontariobusiness.com/industry-news/mining/clean-and-green-mining-in-sudbury-takes-a-step-forward-6659690</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B50"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>OIT</collab>. <year>2012</year>. <source>Working towards Sustainable Development: Opportunities for Decent Work and Social Inclusion in a Green Economy</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>. [Un r&#233;sum&#233; en fran&#231;ais est disponible sous le titre &#171;Vers le d&#233;veloppement durable: travail d&#233;cent et int&#233;gration sociale dans une &#233;conomie verte&#187;, &#224; l&#8217;adresse <uri>https://www.ilo.org/fr/publications/vers-le-d%C3%A9veloppement-durable-travail-d%C3%A9cent-et-int%C3%A9gration-sociale-dans</uri>.]</mixed-citation></ref>
<ref id="B51"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>OIT</collab>. <year>2014</year>. <article-title>&#171;En quoi consiste un emploi vert?&#187;</article-title>, <day>4</day> <month>d&#233;cembre</month> 2014. <uri>https://www.ilo.org/fr/resource/article/en-quoi-consiste-un-emploi-vert</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B52"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OIT</collab>. <year>2015</year>. <source>Principes directeurs pour une transition juste vers des &#233;conomies et des soci&#233;t&#233;s &#233;cologiquement durables pour tous</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B53"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OIT</collab>. <year>2019</year>. <source>Travailler pour b&#226;tir un avenir meilleur: Commission mondiale sur l&#8217;avenir du travail</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B54"><mixed-citation publication-type="book"><collab>OIT</collab>. <year>2020</year>. <source>Application de la convention n&#176; 169 relative aux peuples indig&#232;nes et tribaux: pour un avenir inclusif, durable et juste</source>. <publisher-loc>Gen&#232;ve</publisher-loc>: <publisher-name>BIT</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B57"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Peterson St-Laurent</surname>, <given-names>Guillaume</given-names></string-name> et <string-name><given-names>Philippe</given-names> <surname>Le Billon</surname></string-name>. <year>2015</year>. <article-title>&#171;Staking Claims and Shaking Hands: Impact and Benefit Agreements as a Technology of Government in the Mining Sector&#187;</article-title>, <source>Extractive Industries and Society</source>, <volume>2</volume> (<issue>3</issue>): <fpage>590</fpage>-<lpage>602</lpage> <pub-id pub-id-type="doi">10.1016/j.exis.2015.06.001</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B58"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Picq</surname>, <given-names>Manuela</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Manuel Paza</given-names> <surname>Guanolema</surname></string-name> et <string-name><given-names>Carlos P&#233;rez</given-names> <surname>Guartambel</surname></string-name>. <year>2017</year>. <chapter-title>&#171;Activismo y academia: Complementariedad en la resistencia&#187;</chapter-title>, dans <source>Pedagog&#237;as decoloniales: Pr&#225;cticas insurgentes de resistir, (re)existir y (re)vivir</source>, tome II, publ. sous la dir. de Catherine Walsh, <fpage>413</fpage>-<lpage>424</lpage>. <publisher-loc>Quito</publisher-loc>: <publisher-name>Ediciones Abya-Yala</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B59"><mixed-citation publication-type="book"><collab>PNUD (Programme des Nations Unies pour le d&#233;veloppement)</collab>. <year>2015</year>. <source>Rapport sur le d&#233;veloppement humain 2015: le travail au service du d&#233;veloppement humain</source>. <publisher-loc>New York</publisher-loc>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B60"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Polanyi</surname>, <given-names>Karl</given-names></string-name>. <year>(1944) 1983</year>. <source>La grande transformation: aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps</source>. <publisher-loc>Paris</publisher-loc>: <publisher-name>Gallimard</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B61"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Quijano</surname>, <given-names>Anibal</given-names></string-name>. <year>2000</year>. <article-title>&#171;Coloniality of Power, Eurocentrism, and Latin America&#187;</article-title>, <source>Nepantla: Views from South</source>, <volume>1</volume> (<issue>3</issue>): <fpage>533</fpage>-<lpage>580</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B62"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Rai</surname>, <given-names>Shirin M.</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Benjamin D.</given-names> <surname>Brown</surname></string-name> et <string-name><given-names>Kanchana N.</given-names> <surname>Ruwanpura</surname></string-name>. <year>2019</year>. <article-title>&#171;SDG 8: Decent Work and Economic Growth &#8211; A Gendered Analysis&#187;</article-title>, <source>World Development</source>, <volume>113</volume> (<issue>janvier</issue>): <fpage>368</fpage>-<lpage>380</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1016/j.worlddev.2018.09.006</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B63"><mixed-citation publication-type="book"><collab>Ressources naturelles Canada</collab>. <year>2022</year>. <source>Strat&#233;gie canadienne sur les min&#233;raux critiques &#8211; De l&#8217;exploration au recyclage: alimenter l&#8217;&#233;conomie verte et num&#233;rique du Canada et du monde entier</source>. <publisher-loc>Ottawa</publisher-loc>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B64"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Rivera Cusicanqui</surname>, <given-names>Silvia</given-names></string-name>. <year>2010</year>. <source>Ch&#8217;ixinakak utxiwa: Una reflexi&#243;n sobre pr&#225;cticas y discursos descolonizadores</source>. <publisher-loc>Buenos Aires</publisher-loc>: <publisher-name>Tinta Lim&#243;n</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B65"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Ross</surname>, <given-names>Ian</given-names></string-name>. <year>2021</year>. <article-title>&#171;Vale Mining Boss Looks ahead to a Sustainable Future in the Sudbury Basin&#187;</article-title>, <source>Elliott Lake Today</source>, <day>24</day> <month>mars</month> 2021. <uri>https://elliotlaketoday.com/local-business/vale-mining-boss-looks-ahead-to-a-sustainable-future-in-the-sudbury-basin-3570455</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B66"><mixed-citation publication-type="book"><collab>Samarco</collab>. <year>2021</year>. <source>Relat&#243;rio de Sustentabilidade 2021</source>. <publisher-name>Belo Horizonte</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B67"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Saraiva</surname>, <given-names>Carolina Machado</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>Girressi L&#250;cio</given-names> <surname>da Silva</surname></string-name>. <year>2021</year>. <article-title>&#171;No Garimpo sou Mestre: os Impactos da queda da barragem de Fund&#227;o e o trabalho dos garimpeiros em Ant&#244;nio Pereira (MG)&#187;</article-title>, <source>Revista Re&#250;na</source>, <volume>26</volume> (<issue>4</issue>): <fpage>62</fpage>-<lpage>85</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B68"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>SEDE (Secretaria de Desenvolvimento Economico)</collab>, <string-name><given-names>Minas</given-names> <surname>Gerais</surname></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Plataforma Sustent&#225;vel da Gerdau vai gerar mais de 5 mil empregos em Minas Gerais&#187;</article-title>, <day>16</day> <month>juin</month> 2023. <uri>https://desenvolvimento.mg.gov.br/index.php/inicio/noticias/noticia/2182/plataforma-sustent%3Fvel-da-gerdau-vai-gerar-mais-de-5-mil-empregos-em-minas-gerais</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B69"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Shapiro</surname>, <given-names>Judith</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>John-Andrew</given-names> <surname>McNeish</surname></string-name> (dir.). <year>2021</year>. <source>Our Extractive Age: Expressions of Violence and Resistance</source>. <publisher-loc>Abingdon</publisher-loc>: <publisher-name>Routledge</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B70"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Simpson</surname>, <given-names>Leanne Betasamosake</given-names></string-name>. <year>2017</year>. <source>As We Have Always Done: Indigenous Freedom through Radical Resistance</source>. <publisher-loc>Minneapolis</publisher-loc>: <publisher-name>University of Minnesota Press</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B71"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Smith</surname>, <given-names>Linda Tuhiwai</given-names></string-name>. <year>1999</year>. <source>Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples</source>. <publisher-loc>Londres</publisher-loc>: <publisher-name>Zed Books</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B72"><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Spivak</surname>, <given-names>Gayatri Chakravorty</given-names></string-name>. <year>1988</year>. <chapter-title>&#171;Can the Subaltern Speak?&#187;</chapter-title>, dans <source>Marxism and the Interpretation of Culture</source>, publ. sous la dir. <string-name><given-names>de Cary</given-names> <surname>Nelson</surname></string-name> et <string-name><given-names>Lawrence</given-names> <surname>Grossberg</surname></string-name>, <fpage>271</fpage>-<lpage>315</lpage>. <publisher-loc>Basingstoke</publisher-loc>: <publisher-name>Macmillan</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B73"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab><italic>Sudbury.com</italic></collab>. <year>2021</year>. <article-title>&#171;&#8220;Sustainability Hub&#8221; Focuses on Northern Ont. Youth Outmigration, Indigenous Cultural Reclamation&#187;</article-title>, <day>28</day> <month>mai</month> 2021. <uri>https://www.sudbury.com/local-news/sustainability-hub-focuses-on-northern-ont-youth-outmigration-indigenous-cultural-reclamation-3818619</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B74"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab><italic>Sudbury Star</italic></collab>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;LU Students, Prof Share Sudbury Regreening Story at COP15: Biodiversity a Focus of international UN conference in Montreal&#187;</article-title>, <day>3</day> <month>janvier</month> 2023. <uri>https://www.thesudburystar.com/news/local-news/lu-students-prof-share-sudbury-regreening-story-at-cop15</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B75"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Tzul Tzul</surname>, <given-names>Gladys</given-names></string-name>. <year>2015</year>. <article-title>&#171;Sistemas de gobierno comunal ind&#237;gena: la organizaci&#243;n de la reproducci&#243;n de la vida&#187;</article-title>, <source>El Apantle</source>, <day>1</day> (<month>octobre</month>): <fpage>125</fpage>-<lpage>140</lpage>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B76"><mixed-citation publication-type="webpage"><collab>USW (United Steelworkers/M&#233;tallos)</collab>. <year>2022</year>. <article-title>&#171;Le Syndicat des M&#233;tallos accueille favorablement une entente li&#233;e &#224; la fabrication de v&#233;hicules &#233;lectriques&#187;</article-title>, <day>19</day> <month>novembre</month> 2022. <uri>https://metallos.ca/vehicules-electriques/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B77"><mixed-citation publication-type="webpage"><string-name><surname>Viana</surname>, <given-names>Mariana</given-names></string-name>. <year>2024</year>. <article-title>&#171;Troca de sementes e conex&#227;o com a terra: conhe&#231;a o grupo tem&#225;tico Quintais Produtivos em Ant&#244;nio Pereira&#187;</article-title>, <source>Instituto Guaicuy</source>, <day>21</day> <month>juin</month> 2024. <uri>https://guaicuy.org.br/conheca-o-grupo-tematico-quintais-produtivos-em-antonio-pereira/</uri>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B78"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Watkinson</surname>, <given-names>Autumn</given-names></string-name>, <string-name><given-names>Myra</given-names> <surname>Juckers</surname></string-name>, <string-name><given-names>Liana</given-names> <surname>D&#8217;Andrea</surname></string-name>, <string-name><given-names>Peter</given-names> <surname>Beckett</surname></string-name> et <string-name><given-names>Graeme</given-names> <surname>Spiers</surname></string-name>. <year>2022</year>. <article-title>&#171;Ecosystem Recovery of the Sudbury Technogenic Barrens 30 Years Post-Restoration&#187;</article-title>, <source>Eurasian Soil Science</source>, <volume>55</volume> (<issue>5</issue>): <fpage>663</fpage>-<lpage>672</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1134/S106422932205012X</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B79"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Winterhalder</surname>, <given-names>Keith</given-names></string-name>. <year>1996</year>. <article-title>&#171;Environmental Degradation and Rehabilitation of the Landscape around Sudbury, a Major Mining and Smelting Area&#187;</article-title>, <source>Environmental Reviews</source>, <volume>4</volume> (<issue>3</issue>): <fpage>185</fpage>-<lpage>224</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.1139/a96-011</pub-id>.</mixed-citation></ref>
<ref id="B80"><mixed-citation publication-type="journal"><string-name><surname>Zbyszewska</surname>, <given-names>Ania</given-names></string-name>, et <string-name><given-names>Flavia</given-names> <surname>Maximo</surname></string-name>. <year>2023</year>. <article-title>&#171;Rethinking the Labour-Environment (Land) Nexus: Beyond Coloniality, Towards New Epistemologies for Labour Law&#187;</article-title>, <source>International Journal of Comparative Labour Law and Industrial Relations</source>, <volume>39</volume> (<issue>3-4</issue>): <fpage>293</fpage>-<lpage>314</lpage>. <pub-id pub-id-type="doi">10.54648/ijcl2023021</pub-id>.</mixed-citation></ref>
</ref-list>
</back>
</article>